France-Niger : la coopération au beau fixe en dépit de quelques nuages

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Le premier ministre nigérien Brigi Rafini et son homologue français Bernard Cazeneuve.
Le premier ministre nigérien Brigi Rafini et son homologue français Bernard Cazeneuve. (Crédits : DR)
Le Niger et la France viennent de signer un nouvel accord de coopération qui s’étalera sur les trois prochaines années. Le document qui a été paraphé à l’occasion de la visite que vient d’effectuer le chef du gouvernement nigérien à Paris, est doté d’un financement de plus de 60 millions d’euros en faveur notamment du projet de construction du premier barrage hydroélectrique du pays. L’occasion également pour le Niger de faire quelques emplettes auprès de certaines entreprises françaises avec des contrats pour la fourniture de matériel de défense ainsi que l’assainissement de la capitale.

La coopération franco-nigérienne se porte à merveille et vient de s'enrichir de cinq nouveaux accords bilatéraux qui ont été paraphés à l'occasion de la visite officielle de travail que vient d'effectuer du 7 au 10 février, Brigi Rafini, le premier ministre nigérien en France. Les deux pays ont d'ailleurs renouvelé l'accord cadre général régissant leurs coopérations pour les trois prochaines années et qui a été signé par le chef du gouvernement Brigi Rafini et son homologue français Bernard Cazeneuve.

Les nouveaux accords de coopération portent sur plusieurs domaines dont une convention de financement de 10 millions d'euros entre le Niger et l'Agence française de développement (AFD) pour l'exécution  d'un projet destinée à la jeunesse de Diffa, une région située dans le sud-est du pays à la frontière avec le Nigéria et le Tchad où sévit la secte islamiste Boko Haram. Les deux parties ont également signés un protocole d'accord pour un financement d'une enveloppe de 50 millions d'euros en faveur de la centrale hydroélectrique de Kandadji, le premier barrage que le pays attend depuis plusieurs décennies.

Des contrats pour Renault et Veolia Africa

Au cours de sa visite, le premier ministre nigérien qui a rencontré également des officiels et des investisseurs français a profité pour faire quelques emplettes qui ont fait les affaires des entreprises hexagonales. C'est ainsi que le Niger a négocié les termes  d'un marché  par entente directe avec Renault Trucks Défense pour  l'acquisition de véhicules et de matériels au profit des Forces armées nigériennes (FAN).

Le gouvernement nigérien a également convenu d'un accord avec Veolia Africa pour des propositions de prestation de services en matière de gestion des déchets de la ville de Niamey, la capitale du pays.

Le Niger, un fidèle allié de la France

Le Niger est un partenaire stratégique pour la France notamment dans le domaine  de la lutte contre le terrorisme dans la zone sahélienne. La France dispose de plusieurs bases militaires au Niger dans le cadre de l'opération Barkhane. Ces relations s'étendent également dans le domaine de la gestion des migrations.

En plus de l'appui budgétaire que la France accorde régulièrement au Niger, c'est surtout  à travers les interventions de l'AFD que se traduit la coopération franco-nigérienne en matière de développement. En 2016, l'agence a engagé des financements de l'ordre de 60,68 milliards de francs CFA soit 92,5 millions d'euros et  a décaissé 34,4 milliards de francs CFA dans le cadre des différents projets qu'elle finance dans le pays. En 2017, l'AFD  prévoit de décaisser près de 32,8 milliards de francs CFA sur les projets qu'elle finance au Niger.

Uranium et chemin de fer

Cependant, c'est surtout dans le domaine économique que la France est très attendue au Niger. Plusieurs entreprises françaises sont installés dans le pays notamment Bolloré Africa Logistics (BAL) et  surtout AREVA qui exploite, avec l'état du Niger, deux mines d'uranium dans le nord du pays. Les responsables de ces deux multinationales françaises ont également profité de l'occasion pour rencontrer le chef du gouvernement nigérien pour notamment évoquer des dossiers communs.

Le groupe Bolloré qui a bénéficié l'année dernière de la concession de la gestion d'une partie des opérations douanières est actuellement empêtré dans une procédure judiciaire qui a bloqué la réalisation de la boucle ferroviaire au Niger. Un marché qui lui a été attribué et dont près de 140 kilomètres de rails ont été déjà posés avant que le chantier ne soit suspendu à la suite d'un contentieux entre BAL et l'homme d'affaires béninois Samuel Dossou, premier adjudicataire du marché. Selon les autorités nigériennes, la médiation est en cours pour parvenir à un accord pour la reprise de cette branche de la boucle ferroviaire ouste-africaine qui devrait raccorder le Niger au Bénin.

Avec AREVA, les échanges avec la délégation nigérienne ont surtout portés sur les perspectives du marché mondial de l'uranium et l'entrée en service de la mine géante d'Imouraren. La France exploite l'uranium nigérien depuis près de quatre décennies à travers deux sociétés situés dans le nord du pays, la SOMAIR et la COMINAK, entreprises  dans le tour de table desquelles  AREVA détient respectivement 63,4 et 34% des parts.

En 2009,  AREVA s'est également vu attribuée, l'exploitation de la nouvelle mine géante d'Imouraren, un projet ui nécessitera un investissement de près de 1,9 milliards d'euros et dans lequel le géant nucléaire français détient 66,65% des parts. Il devrait initialement entrée en service en 2014 mais la chute brutale des cours à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima a fait reporter à plusieurs reprises le projet dont le potentiel est estimé à quelques 5. 000 tonnes par an durant au moins  une trentaine d'année. Alors que les travaux du site devront reprendre en début 2017 conformément à un accord signé en 2014 entre le Niger et AREVA, la conjoncture actuelle sur les marchés internationaux risque encore de décaler le processus pour l'horizon 2020 et cela dans le meilleur des scénarii. Ce qui contrarie les projets du gouvernement nigérien qui table, entre autres, sur les recettes tirées de l'exploitation de cette mine pour financer d'autres projets socio-économiques dans le pays.

Dossiers en suspens

Alors que le pays représente plus de 25% des approvisionnements en uranium du groupe nucléaire français et 10 % du combustible utilisé dans les centrales de la compagnie Electricité de France (EDF), le Niger continue à figurer au dernier rang du classement mondial des pays en matière d'indice de développement humain. Lors de son séjour parisien, le premier ministre nigérien n'a pas d'ailleurs manqué de relever que les recettes que tirent le pays de l'exploitation de son uranium ne représente qu'actuellement que 5% de son budget. Un constat qui rejoint les multiples critiques que formulent régulièrement la société civile nigérienne à l'endroit de la multinationale française.

S'il est certain que les deux dossiers, celui de Bolloré et surtout d'AREVA, ont été au centre des échanges avec la délégation nigérienne, rien n'a pourtant officiellement filtré des mesures envisagées entre les différents parties. Ce qui laisse un goût d'inachevé à cette visite qui intervient quelques mois avec celle conduite par le chef d'Etat Issoufou Mahamadou en France.

Contentieux judiciaire

Il convient par ailleurs de noter que la visite du premier ministre nigérien Brigi Rafini est intervenue à la veille de l'examen par le Tribunal de Nanterre,  d'une rocambolesque affaire qui oppose l'Etat du Niger à la société Africard, spécialisée dans la délivrance de passeports biométriques.

A la suite d'un contentieux né de la résiliation d'un contrat qu'elle avait initialement bénéficié au Niger, cette dernière a saisi les juridictions compétentes pour obtenir réparation et a eu gain de cause. Mais le gouvernement nigérien rechigne à passer à la caisse, en contestant l'arbitrage et les décisions judiciaires, ce qui a poussé les avocats d'Africard a demandé à la justice française la saisine de plusieurs biens matériels et financiers appartenant à l'Etat du Niger en France, en plus de la même opération menée aux Etats-Unis. C'est ainsi que cette dernière a provisoirement ordonnée la saisie provisoire d'une somme de  67,5 millions d'euros soit un peu plus de 44 milliards de Fcfa et qui sont « sous la main d'Areva ».

Cette somme correspond  en fait à l'investissement consenti par  AREVA, en 2014, pour des projets d'infrastructures et de développement au Niger qui entend obtenir de la justice française la suspension de la saisie ordonnée. Le procès, prévu pour le 9 février, a été repoussé pour mars et mai prochain.

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