CEDEAO : Gambie, sécurité et intégration au menu du sommet des chefs d’Etat

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(Crédits : DR)
La situation politique en Gambie a dominé les travaux du 50e sommet ordinaire de la CEDEAO dont les travaux se sont ouverts ce samedi à Abuja. Entre la manière forte et la poursuite de la médiation, les chefs d’Etats devront veiller à contenir les risque d’explosion d’un nouveau foyer de tension politique alors que la sous-région fait déjà face à l’amplification aux menaces sécuritaires.

Comme il fallait s'y attendre, c'est la Gambie qui a constitué le plat de résistance du menu à l'ordre du jour du 50e sommet ordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), dont les travaux se sont ouverts ce samedi à Abuja au Nigeria. A l'ouverture du sommet ainsi que durant le huis-clos qui a suivi, l'évolution de la situation dans ce pays membre, était au centre de toutes les allocutions notamment celle de la présidente en exercice de l'institution, la présidente libérienne Ellen Jonhson Sirlaef. « Nous devons examiner les mesures qui seront soumises à notre appréciation afin d'aboutir à une bonne conclusion sur l'impasse politique dans ce pays avant le 19 janvier 2017, date d'expiration du mandat du président sortant, Yayha Jammeh » a indiqué le chef de l'Etat libérien en référence aux conclusions du conseil de médiation et de sécurité de l'organisation qui s'est préalablement réunie pour proposer les solutions à valider par les chefs d'Etat présent à Abuja. La présidente libérienne a, auparavant, fait part à ses pairs de la sous-région, du compte de la visite de médiation qu'elle avait effectuée, le 13 décembre 2016, en Gambie, en compagnie des présidents nigérian, Muhamadu Buhari, sierra léonais, Dr Ernest Bai Koroma, et ghanéen, John Dramani Mahama. Selon un communiqué de l'organisation, la mission de médiation a rencontré à deux reprises le président sortant Yahya Jammeh ainsi que le président élu Adama Barrow qui était entouré pour la circonstance de plusieurs leaders de l'opposition politique. Les quatre chefs d'Etat se sont également entretenu, durant leur séjour à Banjul, avec plusieurs autres acteurs politiques du pays et d'après la même source, « ils ont dans l'ensemble fait part de leur volonté à s'engager pour une transition pacifique ». Le communiqué n'a toutefois pas précisé dans quelles conditions et pour quelles fins se déroulera le processus et surtout si Yahya Jammeh entend transmettre le relais à Adama Barrow au terme de son mandat constitutionnel.

« Les chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) se préoccupent sérieusement de la situation politique actuelle en Gambie, née du revirement du président Yayha Jammeh, qui a rejeté les résultats du scrutin présidentiel du 1er décembre 2016 remporté par l'opposition, alors qu'il les avait acceptés auparavant ».

Il faudrait donc attendre la fin du sommet, prévue en principe pour cette journée du samedi, pour connaitre la feuille de route de l'organisation sous-régionale sur les voies et moyens qui devront permettre de sortir de l'impasse politique en Gambie. Si la communauté internationale notamment l'ONU, ne cesse d'intensifier les pressions, le sommet de la CEDEAO ne devrait, selon nos sources, que déboucher sur des recommandations sur la marche à suivre afin de faire fléchir Yahya Jammeh.

En l'état actuel des choses, la CEDEAO ne pouvait faire mieux en attendant le 19 janvier, date à laquelle le mandat de l'homme fort de Banjul arrivera à échéance selon la constitution en vigueur. Toutefois, il n'est pas exclut que le sommet débouche sur un message de fermeté à l'égard du régime de Jammeh afin d'écarter tout risque de dégradation de la situation. C'est en effet l'un des enjeux de ce sommet annuel de la CEDEAO, faire en sorte que la situation ne s'envenime davantage avec les risques d'une nouvelle tension politique alors que l'organisation peine déjà à contenir plusieurs foyers de conflits politiques et surtout sécuritaire qui affecte plusieurs pays de la sous-région.

Sécurité et lutte contre le terrorisme

En plus de la Gambie, la situation politique en Guinée Bissau a été également à l'ordre du jour de ce sommet.  Les choses semblent se normaliser progressivement dans ce dernier pays avec la prise fonction, il y a quelques jours,  du nouveau gouvernement, ce n'est pas le cas pour ce qui est de la situation sécuritaire régionale. Les menaces s'intensifient davantage avec  les attaques récurrentes du groupe terroriste Boko Haram au Nigeria et dans d'autres pays du Lac Tchad ainsi que celle d'autres groupes terroristes notamment au Burkina, au Mali et au Niger. Les chefs d'Etat et de gouvernement devront se pencher sur la nécessité d'une meilleure coordination en matière de réponse à ces préoccupations urgentes qui plombent l'effort de développement des Etats membres de l'organisation.

Pour le président de la Commission de la CEDEAO, Marcel de Souza, l'un de ces défis demeure l'aggravation de la crise humanitaire au Niger et au Nigeria, en raison des mouvements de populations que provoquent les attaques du groupe Boko Haram. « La situation des réfugiés et des personnes déplacées est fort inquiétante et nécessite une attention particulière », a déclaré De Souza, avant d'ajouter que  la crise humanitaire dans cette région a des répercussions transfrontalières dans les pays du Bassin du Lac Tchad, notamment le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Mali. Le défi est d'autant plus urgent que ces pays sont affectés par une crise économique qui ne cesse de prendre de l'ampleur.

 Renforcer le processus d'intégration

C'est d'ailleurs un des autres points inscrits à l'ordre du jour de ce sommet, la situation économique régionale au niveau de la CEDEAO. Après avoir dressé l'état et les perspectives d'évolution de la situation  notamment en matière d'intégration, la président Sirlaef a invité les Etats membres à « une meilleure mise en œuvre du Protocole relatif à la libre circulation des personnes et des biens dans l'espace communautaire, à appliquer le Tarif extérieur commun, à honorer leurs engagements liés aux prélèvements communautaires, et à accroître leurs échanges commerciaux ». Ces derniers ne sont actuellement que de 12%, "ce qui est trop faible" a estimé la présidente libérienne. C'est en ce sens qu'elle a décliné certaines réformes institutionnelles, l'une des priorités de son mandat, et qui visent à donner plus de moyens d'actions à l'organisation sous-régionale.

Le président de la République fédérale du Nigéria et hôte du sommet, Muhamadu Buhari, s'est également inscrit dans ce sens lors de son discours d'ouverture. Il a ainsi mis en exergue le fait que ces réformes , une fois terminées, devront permettre à la CEDEAO de faire face aux nouveaux défis qui s'imposent à elle, « en particulier la lutte contre le changement climatique, le chômage des jeunes ouest-africains, et la pauvreté ».

«Nous devons nous assurer que la priorité sera désormais accordée à la mise en œuvre des projets et programmes prioritaires de développement devant contribuer à la création d'emplois au profit de la jeunesse ouest-africaine. En plus, les coûts administratifs doivent être réduits dans l'ensemble des institutions de la Cedeao, afin que des ressources plus importantes soient alloués à ces projets et programmes ». Muhamadu Buhari.

 Le chef de l'Etat nigérian a ainsi insisté sur la nécessité de prendre des dispositions pour une révision dans les meilleurs délais duTraité de la CEDEAO,  afin que cette dernière soit en mesure de répondre efficacement aux nouveaux défis aux plans national et régional. Au cours de la cérémonie, les chefs d'Etat et de gouvernement ont  d'ailleurs suivi la projection d'un documentaire, « Taxi Cedeao », qui dénonce les entraves à la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services au niveau des frontières de certains Etats membres.

Il convient de noter que onze chefs d'états sur les 15 pays que comptent l'organisation, ont répondu présent  à Abuja. Le président g ambien n'a pas estimé utile de faire le déplacement, ce qui est loin d'être une surprise, alors que son homologue du  Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a annulé sa participation à la dernière minute, à la suite de l'attaque terroriste qui a visé, la veille du sommet, une position de l'armée du pays et qui s'est soldée par une dizaine de morts. Le président du Cap Vert ainsi que celui du Bénin n'ont pas également assisté au sommet.

Selon un communiqué de la CEDEAO, les chefs d'Etat  devront également examiner au cours du sommet,  le rapport annuel 2016 du président de la Commission, le rapport de la 77ème réunion ordinaire du Conseil des ministres, et celui de la 37ème session du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO. Les dirigeants ouest-africains passeront aussi en revue la stratégie régionale pour les élections aux postes de l'Union africain avant de fixer la date et le lieu de la 51ème session ordinaire de leur Conférence.

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