L'influence des politiques locales sur l'implantation des entreprises françaises

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(Crédits : DR)
Le développement à l'international des entreprises françaises - porté ou non par la « Marque France », aidé ou non par les différentes politiques d'aide à l'export - prend une autre dimension lorsque ces entreprises sont confrontées, de manière positive ou négative, aux politiques locales. [...]

[...] Ces dernières, incitatives ou protectionnistes, sont diversement perçues ou utilisées par les entreprises. Mais au-delà des opportunités et des risques que comportent les différents environnements locaux vers lesquelles les entreprises tendent à se développer, de quelle manière les politiques influencent-elles la décision d'investir à l'international ? Nous avons interrogé 800 entreprises dans le cadre de l'Observatoire du Développement International, BearingPoint et HEC.

Les facteurs économiques en top 3 des facteurs cités par les investisseurs

Les entreprises françaises considèrent en priorité les caractéristiques fondamentales des pays d'accueil pour un développement dans un territoire étranger.

Plus de ¾ des investisseurs français regardent en premier la situation politique et économique, l'instabilité sous-tendant éventuellement des risques sécuritaires, juridiques, voire fiscaux et rendant difficile la continuité de l'activité et la vision à moyen et long terme.

Derrière, 73% des entreprises interrogées indiquent par ailleurs regarder la taille et le potentiel d'un marché ainsi que la libéralisation des politiques commerciales. Ceci est tout à fait compréhensible dans le cas d'un investissement classique : Il s'agit de rechercher de nouveaux débouchés pour les produits en s'implantant dans des économies où la demande domestique, voire voisine, est prometteuse.

Les entreprises regardent également des facteurs non économiques

Il est cependant important de noter que les déterminants des investissements des entreprises françaises relèvent également du juridique, des infrastructures ou de la qualité main d'œuvre.

Ainsi, la moitié des entreprises françaises est influencée par la législation et le système juridique. Ceci n'est guère surprenant car derrière, c'est à la fois la protection des intérêts notamment lors des investissements mais aussi la recherche d'une stabilité de l'environnement.

Par ailleurs, les facteurs infrastructurels représentent également un puissant vecteur de croissance économique et d'attractivité. Ainsi, lorsque sur un territoire, l'infrastructure de base est développée, le coût de l'investissement est faible ainsi que son coût d'exploitation ; ce qui augmente le rendement de l'investissement.

Enfin, concernant le marché du travail, 42% des entreprises interrogées accordent aujourd'hui une grande importance à la qualité de la main-d'œuvre. L'existence d'ingénieurs, de techniciens supérieurs, ayant un bon niveau de formation initiale et donc pouvant être mobilisés facilement dans l'utilisation de technologies plus modernes, constitue un avantage comparatif majeur pour un pays. Désormais, les compétences scientifiques, techniques et culturelles constituent des forces d'attraction des territoires. Ainsi les gouvernements des pays en développement doivent fournir davantage d'efforts afin de surmonter les contraintes relatives aux ressources humaines.

La politique locale, un levier pour attirer les investisseurs étrangers

Attirer les investisseurs étrangers - ou les maintenir sur le territoire - constitue une préoccupation pour bon nombre de pays, compte tenu de leur impact vraisemblable sur des variables économiques clés comme l'emploi, l'investissement, la R&D, et donc in fine la croissance.

Beaucoup de pays maintiennent des efforts politiques pour attirer les investissements étrangers. D'après le CNUCED, en 2017, 65 pays et économies ont adopté pas moins de 126 mesures politiques d'investissement, dont 86% sont favorables aux investisseurs. Et 70% des entreprises françaises seraient beaucoup influencés par les mesures locales mises en place, 27,5% le seraient un peu et 2,5% pas du tout. C'est donc bel et bien un enjeu clé de décision.

Une administration conciliante, atout principal

Plus de la moitié des entreprises françaises serait intéressé par une administration conciliante et rapide et cela tombe bien, car de nombreux pays facilitent et favorisent les investissements en simplifiant les procédures administratives, proposant des incitations et établissant de nouvelles zones économiques spéciales (SEZ). Cette dimension est clé et est plus importante que tous les autres incitations mises bout à bout. La facilité de l'environnement administratif est donc structurante.

Dans une autre mesure, près d'une entreprise française sur 4 a répondu être intéressée par des mesures fiscales avantageuses et quelques entreprises sont intéressées par des franchises douanières, des exonérations d'impôts ou des primes d'investissements. Il n'est donc pas étonnant de voir de plus en plus de pays introduire des incitations fiscales et financières pour attirer les investissements étrangers.

La politique locale comme outil de régulation

Cependant, si les initiatives politiques pour attirer les investissements étrangers dans un monde de plus en plus globalisée sont nombreuses, le nombre de pays adoptant une posture plus critique à l'égard des investissements étrangers augmentent également. Les nouvelles régulations ou restrictions sur les investissements sont souvent le reflet d'inquiétudes internes à propos de la sécurité nationale, l'emploi ou la possession de terrains et de ressources naturelles par des pays étrangers.

Certains pays ont renforcé les examens des prises de contrôle des entreprises étrangères, en particulier pour les ressources stratégiques et les compagnies technologiques. De nombreux pays ont considéré prendre des procédures plus restrictives pour l'analyse des investissements.

Les pays instables, un risque à calculer

L'évolution de la stabilité politique et économique dans les pays instables amènent la plupart des compagnies à annuler ou reporter une implantation dans un pays étranger. Pourtant, l'opportunité d'affaire dans un pays en défaillance peut amener de très bon retour bien que le processus pour entrer dans ces marchés peut être extrêmement difficile et onéreux.

Toutefois, chaque pays instable possède ses propres particularités, comme par exemple l'origine de l'instabilité. A la question «l'instabilité peut-elle vous décourager d'investir à l'international», 44% des entreprises répondent oui mais 49% des entreprises affirment que cela peut dépendre de certains critères comme le niveau d'instabilité, le type d'activité ou même du pays.

Le business dans les pays en conflit / post conflit peut présenter les mêmes risques opérationnels, financiers, légaux que les états relativement stables mais peut imposer des challenges spécifiques en termes de sécurité ou juridique par exemple

Par ailleurs, de nombreux pays post-conflit et zones de gouvernance instable sont susceptibles d'être affecté par des sanctions imposés à un niveau international ou national. Par conséquent, les compagnies multinationales opérant ou faisant du business dans ces pays sont encouragées à bien vérifier que leurs activités commerciales ne contredisent pas des sanctions locales et ne sont pas exposées à des amendes significatives ou même l'emprisonnement de leurs dirigeants.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2019 à 9:58 :
Avant de s'implanter, il serait peut être nécessaire de chercher à vendre dans ces pays. La France a supprimé bon nombre de fonctionnaires chargés des relations et du développement économiques dans ses ambassades. S'implanter dans ces pays de manière industrielle serait diminuer la capacité de production en France dans un but purement spéculatif. Ne pourrait s'implanter que les entreprises françaises désirant vendre hors de France, ces produits qui ne devraient pas revenir pour le marché français. Si c'était le cas, une taxe sur le chiffre d'affaires réalisé sur ces produits devrait être instaurer afin de protéger l'emploi.

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