Bill et Melinda Gates : "La surprise qui a changé nos vies"

 |   |  1012  mots
L'année dernière, il semble que des forces imprévues ont eu un impact assez démesuré. 2018 nous a offert une série de surprises. Bill et Melinda Gates.
"L'année dernière, il semble que des forces imprévues ont eu un impact assez démesuré. 2018 nous a offert une série de surprises". Bill et Melinda Gates. (Crédits : The Gates Notes, LLC)
"Le monde d'aujourd'hui ressemble-t-il à ce que vous imaginiez il y a une décennie?" Dans leur lettre annuelle 2019, publiée dans sa version francophone en exclusivité par La Tribune Afrique, Bill et Melinda Gates donnent leur vision des choses.

Le monde d'aujourd'hui ressemble-t-il à ce que vous imaginiez il y a une décennie? Pour nous, la réponse est à la fois oui et non. D'une part, le monde dans son ensemble continue de réaliser les vastes progrès que nous espérions et auxquels nous nous attendions. De nombreuses courbes de tendance de la dernière décennie continuent de suivre la même trajectoire positive : moins de personnes meurent de maladies évitables. De plus en plus de filles vont à l'école chaque année et de plus en plus d'enfants survivent à l'âge adulte. En Afrique subsaharienne, le nombre d'enfants décédés avant l'âge de cinq ans a diminué de 32% entre 2000 et 2017.

D'un autre côté, des événements inattendus ont transformé le monde d'une manière que personne (y compris nous !) n'a pu prédire. Cela serait vrai pour n'importe quelle année choisie au hasard - mais l'année dernière, il semble que des forces imprévues ont eu un impact assez démesuré. 2018 nous a offert une série de surprises : des catastrophes naturelles particulièrement dévastatrices, en passant par un nombre record de femmes faisant campagne pour un poste aux États-Unis.

L'un des avantages des surprises est qu'elles incitent souvent à agir. Lorsque vous réalisez que les réalités du monde ne correspondent pas à vos attentes, cela vous ronge.

Il y a vingt-cinq ans, une surprise a changé le cours de nos vies. En lisant le journal, nous avons vu un article qui faisait une déclaration choquante : des centaines de milliers d'enfants des pays pauvres mouraient de diarrhée. Cette révélation nous a déroutés. Nous avons envoyé une copie de l'article au père de Bill et lui avons dit : « Peut-être que nous pouvons faire quelque chose à ce sujet.»

Cette surprise a été l'une des étapes les plus importantes de notre cheminement vers la philanthropie. Cela a contribué à cristalliser nos valeurs : nous croyons en un monde où l'innovation est accessible à tous - où aucun enfant ne meurt d'une maladie qu'il est possible de prévenir. Mais ce que nous avons vu, c'est un monde toujours marqué par les inégalités.

Dans notre lettre annuelle de cette année, nous avons parlé de neuf choses qui nous ont surpris tout au long de ce voyage. Certaines nous ont aidé à comprendre que le statu quo doit être perturbé, comme le fait que la collecte de données peut être sexiste et ne prend souvent pas en compte les femmes et les filles. D'autres soulignent qu'une transformation est déjà en cours, comme la notion selon laquelle les manuels deviennent obsolètes concurrencés par les nouvelles technologies.

Une des surprises dont nous avons parlé est particulièrement frappante dans des pays comme le Nigeria, l'Éthiopie et le Kenya : l'Afrique est le continent le plus jeune. Alors que le monde vieillit, l'Afrique, et en particulier l'Afrique subsaharienne, reste jeune.

L'âge médian global est à la hausse. Partout dans le monde, les gens vivent plus longtemps. Alors que de plus en plus d'enfants survivent à l'âge adulte, et plus que jamais les femmes ont moins d'enfants. Il en résulte une population mondiale qui avance lentement vers l'âge moyen.

Sauf en Afrique, où l'âge médian n'est que de 18 ans. Il est de 17,3 ans au Burkina Faso et en Ouganda, de 15,8 ans. Comparez cela à l'Amérique du Nord, où il est 35.

Il y a beaucoup de raisons à cela. La première est que le nombre annuel de naissances augmente dans les régions les plus pauvres de l'Afrique subsaharienne, alors même qu'il diminue dans d'autres parties de l'Afrique. Cela peut être soit un atout, soit une source d'instabilité. Les gouvernements subsahariens consacrent actuellement en moyenne 16,9% de leur budget à l'éducation, contre 11,8% en Europe et 14,1% en Amérique du Nord. Nous pensons que les bons investissements libéreront l'énorme potentiel du continent. Les jeunes Africains façonneront l'avenir non seulement de leurs propres communautés mais du monde entier.

Lorsque les économistes décrivent les conditions dans lesquelles les pays prospèrent, l'un des facteurs sur lesquels ils insistent est le « capital humain », ce qui est une autre façon de dire que l'avenir dépend de l'accès des jeunes à des services de santé et d'éducation de haute qualité. La santé et l'éducation sont les deux moteurs de la croissance économique.

Si l'Afrique subsaharienne s'engage à investir dans ses jeunes, la région pourrait doubler sa part de la main-d'œuvre mondiale d'ici 2050, permettant ainsi à des centaines de millions de personnes de jouir d'une vie meilleure.

L'éducation des filles, en particulier, fait partie des forces les plus puissantes de la planète. Les filles éduquées sont en meilleure santé. Elles sont plus riches. (Si toutes les filles bénéficiaient d'une éducation de qualité supérieure pendant 12 ans, les revenus à vie des femmes augmenteraient jusqu'à avoisiner 30 000 milliards de dollars, ce qui est supérieur à l'ensemble de l'économie américaine.) Et leurs familles en bénéficieraient également. Plus une femme est instruite, mieux elle est en mesure d'élever des enfants en bonne santé. En fait, l'UNESCO estime que si toutes les femmes d'Afrique subsaharienne avaient terminé leurs études secondaires, 1,5 million d'enfants de plus vivraient jusqu'à fêter leurs cinq ans.

Un boom d'une jeunesse africaine en bonne santé, éduquée et habilitée, qui élève les filles au lieu de les laisser pour compte, serait le meilleur indicateur de progrès que nous puissions imaginer.

Nous savons par expérience qu'une surprise peut être un puissant appel à l'action. Lorsque quelque chose ne correspond pas à vos attentes -comme le fait que l'Afrique soit le plus jeune continent du monde- cela vous prend au dépourvu, puis vous devenez curieux, et ensuite vous vous activez. C'est comme ça que le monde s'améliore.

*Les auteurs sont les coprésidents de la Fondation Bill & Melinda Gates. Cet article est une adaptation de leur lettre annuelle de 2019.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/02/2019 à 13:54 :
Melinda et Bill Gates aiment bien l'Afrique mais leurs efforts n'ont pas l'impact attendu sur la vie des populations à cause de la corruption et de la malhonnêteté de nos dirigeants.Au Sénégal toutes PTF sont fermées par qu'on mis des moteurs chinois à la place des moteurs européens plus robustes. Conséquences:le problème de l'exode rurale n'est point réglé, encore moins le maintien des filles à l'école

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :