Développer l'attrait pour l'épargne [Tribune]

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(Crédits : LTA)
On a beaucoup glosé sur la situation de l'épargne en Afrique. Difficultés de captation, faible bancarisation, inadaptation des instruments de collecte qui pénalisent le continent dans son besoin de financement décent de ses économies. Il appert pourtant que ces trous dans la raquette, loin d'être à minimiser, ne sont pas la raison profonde des difficultés de l'épargne en Afrique.

Le citoyen africain est il réellement incité à épargner massivement ? Il est permis d'en douter. L'épargne est une amputation partielle de la capacité de consommation de l'individu. Toute somme d'argent épargnée est un pactole volontairement soustrait de la masse des dépenses indispensables au fonctionnement de toute économie d'échanges. Partant de là, l'épargnant qui se prive d'une partie de son revenu doit trouver un certain attrait auprès des institutions financières pour ne pas le thésauriser. Et c'est à ce niveau que le bât souvent blesse.

 Prenons le cas de la zone UEMOA. Au niveau de l'offre de captation de l'épargne, pas grand chose à signaler. Les possibilité sont larges et vont de l'épargne-jeunes aux bons de caisse en passant par l'épargne logement. Cela n'est pas exhaustif mais tout cela a le beau mérite d'exister. Et c'est précisément là que débutent les difficultés. D'une part l'épargnant qui retient une partie de son gain en épargne doit se voir accorder une rémunération attractive pour qu'il accepte de le confier aux établissements de crédits. Cela s'appelle le taux d'intérêt créditeur. Il permet pour l'établissement financier qui le propose, de remercier l'épargnant de lui mettre à disposition son bas de laine. D'autre part, l'établissement de crédit qui récupère cette somme d'argent et va le mettre à disposition de ses clients sous forme de prêts va demander à ses emprunteurs un paiement pour ce service de mise à disposition de fonds. Cela s'appelle le taux d'intérêt débiteur. En somme, l'argent rentre d'un côté avec un prix de captation et ressort de l'autre pour un prix de mise à disposition. Mais il faut pour que l'opération soit intéressante, que personne n'y soit perdant. Et là, rentre en jeu la situation des prix. L'épargnant qui mettrait 100 FCFA à disposition d'une banque au taux créditeur de 5% par an aura fait une mauvaise affaire si entre temps, et pour des raisons totalement imprévisibles, le coût de la vie a augmenté de 8%. Cela voudrait dire qu'au moment où l'épargnant récupère ses 105 franc CFA (capital + intérêts) il ne peut plus acheter avec cet argent ce qui coûtait 100 franc CFA car il coûte désormais 108 franc CFA avec la hausse. Dans ces conditions, difficile de motiver les individus à épargner. Pour qu'il ne soit pas perdant, il faudrait que le taux d'intérêt créditeur soit au moins de 8%.

 Dans la zone UEMOA, ces situations de perte ont existé d'antan mais cela fait longtemps qu'elles n'ont plus cours. Les produits d'épargne y sont rémunérés entre 3,5% et 4,5% et l'inflation tourne autour de 2% annuels, ce qui fait des taux d'intérêt réels autour de 2%. C'est correct pour l'épargnant mais au vu du caractère stratégique que représente la mobilisation de l'épargne pour la zone un effort supplémentaire est nécessaire pour se rendre plus attrayant.

Alors quelles solutions ? D'évidence il en existe deux. Le plus évident est un réajustement à la hausse des taux d'intérêts créditeurs afin qu'ils s'éloignent un peu plus encore du niveau moyen d'inflation. Le taux d'intérêt réel autour de 2% rémunère certes l'épargnant mais un taux plus fort participerait à attirer de nombreux autres épargnants vers les circuits économiques officiels. Chacun sait que le taux débiteur moyen pratiqué par les banques de la zone est de 8%. A ce niveau en incluant toutes les commissions intermédiaires ainsi que les frais de gestion et la prime de risque, il y a de la marge pour que les banques continuent de se faire de confortables bénéfices. Sans la bonne volonté du système bancaire, le problème de la mobilisation de l'épargne  restera total.

L'autre option, beaucoup plus difficile est le contrôle des prix. En économie de marché, la hausse des prix intervient lorsque l'offre de biens disponible ne fait plus face correctement à la demande. Cela voudrait dire qu'il y un dysfonctionnement de l'appareil productif qui n'a pas généré assez de biens.  Soit la banque centrale n'a pas émis assez de monnaie pour financer les besoins de l'appareil productif ; conséquence la production est exigüe et les prix s'en ressentent à la hausse. Ou alors les banques commerciales chargées de la distribution du crédit en ont pas assez distribué pour que l'appareil productif tourne à plein et produise suffisamment de biens pour absorber la demande. Il appartient donc au système bancaire d'apprécier le comportement des prix afin de prendre les mesures idoines.

La capacité de fonctionnement optimal de nos économies en dépend.

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