SociumJob bouscule le marché du recrutement en Afrique francophone

SociumJob, la nouvelle plateforme de recrutement lancée en septembre 2021, vient de lever un million d'euros auprès des fonds de capital-risque Breega, Teranga Capital, Kima Ventures et Evolem Capital. Le jeune polytechnicien et fondateur de la startup, Samba Lo, revient pour La Tribune Afrique, sur la rapide progression et les ambitions continentales de l'entreprise.
Samba Lo, CEO et fondateur de SociumJob.afrique
Samba Lo, CEO et fondateur de SociumJob.afrique (Crédits : DR.)

La Tribune Afrique : Comment le jeune polytechnicien de 29 ans que vous êtes, a-t-il choisi de se lancer dans le secteur du recrutement en ligne ?

Samba Lo : Je suis Sénégalais et j'ai grandi à Dakar avant de partir étudier en France (diplômé de l'école polytechnique, ndlr). J'ai travaillé comme data scientist chez Deloitte avant de rejoindre les banques d'investissements Goldman Sachs, puis Rothschild au département fusion-acquisition. J'ai ensuite travaillé pour la startup Skeat et à chaque étape de mon parcours, j'ai eu l'envie de rentrer en Afrique.

Malheureusement, je n'avais pas d'accès aux offres d'emplois de manière générale, et je me suis vite aperçu que les candidats qui ne disposaient d'aucun réseau personnel voyaient leurs chances très réduites de trouver un jour, un emploi en Afrique (...).

Après avoir discuté avec près d'une centaine de professionnels des ressources humaines (RH), je me suis aperçu qu'il y avait un vrai besoin de connecter les entreprises qui peinaient à recruter, aux candidats qui rencontraient de grandes difficultés pour accéder aux offres d'emploi. C'est à partir de ce constat qu'est née SociumJob (« partenaire » en latin, ndlr), en septembre 2021.

Que recouvre SociumJob en termes de prestations, de ressources humaines, de clients et de présence géographique ?

SociumJob met en relation les entreprises avec les candidats en recherche d'emploi au Sénégal et en Côte d'Ivoire. Pour ce faire, nous disposons d'un jobboard (une cvthèque en ligne, ndlr). Socium est aussi un outil de communication RH qui permet de valoriser la marque employeur à travers la production de photos et de vidéos disponibles en ligne, dans lesquelles les managers présentent la réalité de leur entreprise. C'est beaucoup moins « froid » qu'une simple fiche de poste. Quand on sait que 70% des candidats postulent dans les entreprises qu'ils connaissent, la question se pose d'attirer les talents dans une entreprise inconnue. Nous sommes aussi capables de déconstruire les « a priori » dont souffrirait une entreprise déjà connue du grand public.

La seconde proposition de valeur de SociumJob repose sur nos outils et en particulier sur notre ATS (Applicant Tracking System, ndlr) très performant que nous avons développé en interne « from scratch ».

Notre plateforme est disponible gratuitement pour les candidats et fait l'objet d'abonnements avec des tarifs graduels, très compétitifs pour les entreprises (...) Dès son lancement, SociumJob a généré un vif intérêt de la part des entreprises et des talents (...) Aujourd'hui, nous sommes une quinzaine de collaborateurs répartis entre un bureau à Dakar et un second à Abidjan. Notre startup est en pleine croissance.

Que représentent les plateformes de recrutement en Afrique comparativement à d'autres régions du monde ? Quid des différences entre l'Afrique francophone et anglophone ?

Les gaps sont importants, mais ils sont à relativiser. Globalement, en dehors du Nigéria, de l'Afrique du Sud, du Kenya et de l'Egypte, les niveaux sont à peu près similaires d'une géographie africaine à l'autre (...) Moins de 5% des offres d'emploi en Afrique, sont postées en ligne alors que dans certains pays européens, des lois vont jusqu'à obliger la mise en ligne des offres en vertu de la lutte contre les discriminations. Sur des marchés beaucoup plus mûrs comme la France, il existe pléthore de plateformes d'emplois et l'essentiel des offres sont postées sur Internet.

Quels sont les secteurs d'activités qui recourent le plus au recrutement en ligne en Afrique ?

Cela dépend de la maturité des entreprises, mais nous avons néanmoins une forte demande au niveau des développeurs web. Il y a une vraie tension sur ces profils. Dans les secteurs plus traditionnels comme la finance, les télécommunications ou l'audit, nous recevons également des demandes récurrentes. Depuis la découverte de pétrole et de gaz au Sénégal et en Côte d'Ivoire, le secteur pétrole et gaz recrute massivement. Cela a un impact important sur les activités connexes comme la métallurgie, les activités portuaires et aéroportuaires notamment. Les entreprises qui viennent de s'implanter ont besoin de recruter leurs cadres et cela  créé une dynamique très intéressante sur le marché de l'emploi.

Quels indicateurs permettent de mesurer vos performances depuis un an ?

Dès la création de SociumJob, tout est allé très vite. Nous avons démarré nos activités en septembre en réalisant un test avec 3 entreprises. Très rapidement, le produit a pris. Nous avons commercialisé dès le mois de novembre et les contrats se sont enchaînés auprès d'entreprises de référence, suscitant un intérêt autour de notre startup. En février-mars, nous avons commencé notre road show pour lever des fonds. Des investisseurs se sont manifestés assez vite, tels que Kima Venture (le fonds de Xavier Niel, ndlr) Evolem, Breega Capital et Teranga Capital. Parallèlement plusieurs business angels comme les fondateurs de Meteojob ou Dimitri Farber, co-fondateur de Tiller, mais aussi des acteurs locaux comme Mohamed Diaby (ex Criteo) en Côte d'Ivoire ou encore Julien Guth (ex Managing Director de Millicom Senegal) par exemple, nous ont soutenus.

Il est encore prématuré de révéler nos chiffres, mais nous enregistrons une forte croissance (...) Quand nous avons lancé SociumJob, nous pensions signer nos premiers contrats avec des PME locales, mais la première entreprise avec laquelle nous avons signé était EY. A ce jour, notre portefeuille est essentiellement composé de grands comptes comme Orange, Philip Morris, La Compagnie fruitière ou Mazars : autant d'entreprises qui sont à la recherche d'une plateforme sur laquelle diffuser leurs offres d'emplois.

Envisagez-vous d'étendre vos prestations RH à du conseil, à de la pré-qualification ou aux contrôles de références par exemple ?

Notre prestation se limite pour l'instant à ce qui relève du logiciel. Nous vendons de la tech. En matière de pré-qualification des candidats, nous pensons bientôt proposer aux clients, un outil de gestion des tests techniques et de personnalité. Nous travaillons aussi sur un outil d'administration du personnel (gestion de la paie, des congés,...,ndlr) qui sera à terme, intégré à notre plateforme.

Après un premier tour de table entre février et mai 2022, vous avez levé 1 million d'euros auprès des fonds de capital-risque. De quelle façon seront ventilés ces fonds ?

Premièrement, cela nous servira au niveau du « go to market ». Nous pourrons procéder à des recrutements qui accompagneront notre croissance régionale, dans la zone francophone pour commencer. Ensuite, nous allons renforcer notre image de marque à travers une stratégie de content marketing assez agressive qui nous fera connaître à travers toute la région. Enfin, ces fonds nous permettront d'investir dans la tech car nous tenons à proposer le produit qui offre la meilleure expérience utilisateur possible, pour conserver notre avance en termes de satisfaction client.

De quelle manière va s'opérer le déploiement géographique de vos activités ?

Nous aurons un « hub sahélien » dont le centre névralgique sera le Sénégal et qui rayonnera en Mauritanie, au Mali, au Niger et en Guinée - bien que cette dernière ne soit pas géographiquement comprise dans la géographie sahélienne. Le second hub autour de la Côte d'Ivoire s'étendra au Burkina Faso, au Bénin, au Togo, au Gabon et au Cameroun. Enfin, le Congo et la République démocratique du Congo feront l'objet d'un traitement particulier, en raison de leurs typologies de marchés du travail très différentes. A terme, nous souhaitons également étendre nos activités à l'Afrique anglophone.

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