Mauritanie : la chute de la maison "Aziz"

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DR/LTA (Crédits : Reuters)
Il se pensait intouchable. Ses adversaires politiques le lui avaient promis, mais l'ex Président mauritanien, le général Mohamed Ould Abdel Aziz n'y croyait pas. Pourtant, le général venu au pouvoir a la faveur d’un coup d’Etat militaire en 2008 a bel et bien été mis en examen par la justice de son pays pour répondre aux « fortes présomptions de mauvaise gouvernance et de détournements de biens publics » dont il fait l’objet. Malgré les liens tribaux, les affidés et les nombreux débiteurs qui lui doivent leur bonne fortune, l’ancien Président semble avoir réussi à faire l’unanimité contre lui. La procédure judiciaire le conduira-t-elle jusqu’à la case prison ?

Ecarté du pouvoir, épinglé par la Commission d'enquête Parlementaire (CEP) pour sa gestion des biens publics, menacé de jugement par la Haute cour de justice, lâché par ses plus fidèles soutiens politiques... Les « ennuis » s'enchaînent pour l'ancien président mauritanien.

Placé en détention provisoire depuis lundi 17 août, peu après sa convocation par la brigade de répression des crimes économiques, l'ancien chef d'Etat sur qui pèsent de lourdes accusations, serait auditionné dans une villa située dans l'enceinte de l'école de la Police de la capitale, Nouakchott. Il est notamment entendu pour son implication présumée dans des affaires de corruption et de détournements de biens publics révélées dans le rapport de l'enquête menée par la commission parlementaire chargée d'enquêter sur la gestion de l'ancien président, durant ses dix ans au pouvoir.

En colère ses avocats, eux, dénoncent une « détention arbitraire » et demandent «sa remise en liberté».

Le rapport accablant, validé par l'Assemblée nationale le 28 juillet, avait été transmis à la justice mauritanienne le 5 août dernier. Parmi les dossiers étudiés figurent notamment la gestion des revenus pétroliers et la vente de domaines de l'état, la liquidation d'une société publique qui assurait l'approvisionnement en denrées alimentaires ou encore les activités d'une société chinoise de pêche, Pully Hong Dong, en plus du projet de cession à d'une île du Banc d'Arguin l'émir du Qatar.

Un remaniement ministériel a également été décidé, écartant dans la foulée quatre ministres mauritaniens pour leur implication présumé dans ces affaires, dont le chef du gouvernement Ismaïl Ould Bedda Ould Cheikh Sidiya. Une mesure annoncée afin de leur « laisser le temps dont ils auront besoin pour prouver leur innocence », précise le secrétaire général de la présidence, Adama Bocar Soko.

En manque de soutien, Aziz entame un bras de fer avec son successeur

Agé de 63 ans, Ould Abdel Aziz avait pris le pouvoir en août 2008 à la suite d'un coup d'État militaire contre son prédécesseur Sidi Ould Cheikh Abdallahi, avant de remporter la présidentielle en 2009, puis lors d'un second mandat en 2014. Son « règne » durera près de 10 ans, avant de céder le fauteuil en août 2019 à son chef de cabinet et ministre de la Défense, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, actuel Président. Depuis lors, il a été mis à l'écart par le nouveau régime.

Connu pour ses relations tumultueuses avec les pouvoirs en place, l'irascible et ombrageux général figurait déjà parmi les meneurs du coup d'État de 2005 qui dépose le président Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, puis celui de 2008 qui renverse le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et le Premier Ministre Yahya Ould Ahmed El Waghef. En 2018, après deux mandats, l'ancien putschiste refuse de jouer les prolongations et annonce sa décision de quitter le pouvoir, conformément aux dispositions de la constitution.

Début juillet dernier, l'homme aux nombreuses zones d'ombre avait ignorait une convocation de la commission parlementaire. Les députés ont ensuite voté quelques semaines plus tard une loi instituant une Haute cour de justice, compétente pour juger le chef de l'Etat et les ministres en cas de «haute trahison».

Après la tentative ratée du rigide et tout puissant général, de reprendre les commandes de l'Union pour la République (UPR), le 29 décembre dernier, C'est à main levée que les 2 250 congressistes ont élu un nouveau Conseil national, en l'absence de tout candidat favorable à Abdel Aziz, rapportait alors le site d'information Jeune Afrique dans un article. Ainsi, Sidi Mohamed Ould Taleb Amar, patron de la Société des eaux, ancien ministre de l'hydraulique et ancien ambassadeur en Russie et aux États-Unis, devient nouveau président de l'UPR avec Salka Mint Yamar, Mohamed Yahya Ould Horma et Djindah Bal qui prennent respectivement les postes de premier, deuxième et troisième vice-présidents.

Un échec qui a visiblement du mal à passer pour Aziz qui a récemment manqué sa tentative de reprendre le Parti unioniste démocratique socialiste (PUSD) initiée il y a moins d'une semaine. L'intraitable ancien chef d'Etat a été placé en garde à vue la veille d'une conférence de presse qui devait avoir lieu ce mardi 18 août visant à "édifier l'opinion publique nationale et internationale sur les graves accusations dont lui, sa famille et son entourage font l'objet".

A la tête de la Mauritanie de 2008 à 2019, Ould Abdel Aziz avait quitté la présidence en laissant derrière lui un pays surendetté auprès du FMI (avec un taux d'endettement frôlant les 100% du PIB), marqué par les inégalités sociales et la corruption.

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