Ghana : sur fond de soupçons de scandale, le président Akufo-Addo limoge son ministre de l’Energie

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Le ministre ghanéen de l'Energie, Boakye Agyarko, démis de ses fonctions ce lundi 6 août 2018 sur décision du président Nana Akufo-Addo.
Le ministre ghanéen de l'Energie, Boakye Agyarko, démis de ses fonctions ce lundi 6 août 2018 sur décision du président Nana Akufo-Addo. (Crédits : GNA)
Le président Nana Akufo-Addo a démis de ses fonctions le ministre de l’Energie, Boakye Agyarko. Le limogeage intervient sur fond de soupçons de scandale portant sur un contrat avec le consortium émirati, AMERI Energy. Un dossier qui implique également l’ancien régime de John Drahmani et qui pourrait laisser des séquelles pour l’actuel gouvernement.

«L'affaire AMERI» a finalement eu raison du ministre ghanéen de l'Energie, Boakye Agyarko, qui a été relevé de ses fonctions, ce lundi 6 août, sur décision du président Nana Akufo-Addo. Selon une annonce de la présidence ghanéenne, cette dernière entre en vigueur «avec effet immédiat» et c'est le ministre des Ressources naturelles qui a été chargé d'assurer l'intérim en attendant la nomination d'un nouveau titulaire pour le poste.

La présidence ghanéenne n'a pas donné les raisons de ce limogeage qui intervient en pleine polémique sur un dossier dont avait la charge Boakye Agyarko et qui porte sur un contrat de fourniture d'énergie, signé en 2015, entre le précédent régime de John Mahama Drahmani et le consortium émirati Africa & Middle East Resources Investment Group (AMERI).

A l'époque déjà, c'était le ministre Agyarko qui avait signé le deal relatif à la construction d'une centrale électrique de 300 MW, sous forme d'un partenariat public-privé (PPP) pour un montant estimé à quelque 510 millions de dollars. Le partenariat qui devait s'opérer sous le mode «BOOT», sur cinq ans, devait permettre au pays, qui faisait face à une pénurie d'électricité, de combler son déficit énergétique.

Controverses et soupçons de surévaluation

L'accord avait déjà suscité, lors de sa signature, une véritable controverse, ce qui a poussé le gouvernement d'Akufo-Addo d'entamer un processus pour la renégociation des termes du contrat initial qui, d'après les autorités, mais aussi les experts, n'étaient pas rentable pour le pays et allait coûter cher à l'Etat. De plus, il a été estimé par le gouvernement que le coût du projet avait été surévalué de près de 150 millions de dollars, alors même que le consortium n'a pas honoré ses engagements contractuels, d'où la nécessité d'amender les termes.

L'ancien ministre a donc préparé un nouveau texte qui a été adopté par le gouvernement puis envoyé au Parlement, en juillet dernier. Toutefois, les parlementaires ghanéens ont également rejeté le nouveau contrat qui étalait sa durée de cinq à quinze ans avec donc une baisse des paiements annuels à effectuer par le gouvernement en faveur d'AMERI, mais avec une augmentation significative du montant total du projet. Selon par exemple les estimations du Centre africain pour la politique énergétique (ACEP), l'accord qui a été modifié et qui impliquait une nouvelle société, Mytilineous, coûterait plus d'un milliard de dollars au pays s'il entre en vigueur.

Le nouveau contrat a donc été retiré du circuit d'adoption et alors que le contrat initial avec AMERI devrait prendre fin dans 36 mois, le consortium annonçait qu'il n'était pas concerné par les nouveaux engagements et se tenait donc au contrat initial. AMERI Energy Group envisage même de recourir à la justice pour gagner ses droits.

C'est dans ce contexte qu'est intervenue l'éviction du ministre de l'Energie, Boakye Agyarko, alors que la polémique ne serait pas près de s'estomper. Des parlementaires de l'opposition accusent en effet le président Akufo-Addo d'avoir validé le processus de négociation, ainsi que les nouveaux termes du contrat qui a été soumis au Parlement avant de décider de l'annuler face à la fronde.

L'affaire ne serait pas près de tirer son épilogue avec le limogeage du ministre qui a été certes l'acteur principal de la négociation du marché. En 2017 d'ailleurs, l'ancien président John Mahama, sous le mandat duquel a été signé le contrat, avait été accusé par la presse locale d'avoir joué les VRP du consortium AMERI en Namibie, pour l'obtention de marchés dans le secteur énergétique.

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