Remaniement au Gabon : comment Ali Bongo a neutralisé certains de ses ex-opposants

 |   |  774  mots
(Crédits : Reuters)
Dans le casting du nouveau gouvernement dévoilé ce lundi 21 août, Ali Bongo a ouvert les portes du gouvernement à ses opposants. Une stratégie d’encerclement de l’opposition dévoilée avec la publication de la liste du nouveau gouvernement. Celle-ci est venue mettre fin au « suspense » et aux rumeurs sur les nouveaux visages du gouvernement. Dans son lot de surprises, un fait assez rare pour être signalé : un désormais ex-opposant va siéger au conseil des ministres aux côtés de son fils !

Pour Ali Bongo Ondimba (ABO), c'est l'expérimentation d'une vieille stratégie politique qui avait contribué au record de longévité - 42 ans - au pouvoir de feu Omar Bongo son père. Cette méthode politique s'articule en deux points : confirmer les fidèles et harponner les plus récalcitrants.

Les fidèles confirmés à leur poste

Sur la liste des entrées confirmées, Emmanuel Issoze-Ngondet. A 56 ans, ce fidèle militant du Parti démocratique gabonais (PDG), nommé Premier ministre au lendemain de la réélection contestée d'Ali Bongo, conserve son fauteuil à la Primature. Ce diplomate confirmé, discret mais efficace, presque ministre sans interruption d'Ali Bongo a su s'acclimater à la température politique du Palais du bord de mer, ce qui lui vaut sans doute sa confirmation.

A ses côtés dans le cercle présidentiel, Régis Immongault Tatagani conserve son maroquin au ministère de l'Économie et des Finances. Ce haut commis de l'Etat, doit sa confirmation par sa longue carrière dans l'Administration dont il pratiquement traversé tous les départements, du Trésor Public gabonais aux ministères des Affaires étrangères, de l'Hydraulique, des Mines et même du Tourisme.

Ali Bongo ne pouvait pas se passer du bagout d'Alain-Claude Bilie-By-Nze. Depuis 2015, ce cinquantenaire a pris la place d'Ounaïda Bongo Ondimba, la demi-sœur d'Ali Bongo, à la communication présidentielle puis à celle gouvernementale. Mais avant de devenir l'homme lige d'ABO, Alain Claude Bilie-By-Nze, cet ancien syndicaliste étudiant avait été un virulent opposant de Bongo Père avant de rejoindre son gouvernement pour ensuite travailler pour le fils.

Les opposants d'hier, domptés en fidèles

D'un autre côté, avec l'annonce de la liste des noms issus du remaniement ministériel, Ali Bongo a attiré certains de ses opposants en leur ouvrant l'entrée dans la nouvelle équipe gouvernementale. La pêche a été fructueuse avec la nomination de Pierre-Claver Maganga Moussavou au poste de vice-président, poste ressuscité dans l'ordonnance constitutionnelle après avoir été éclipsé en 2009.

Il faut croire que les 0,32% récoltés par ce candidat malheureux à la dernière présidentielle l'auraient parachuté à la vice-présidence du Gabon après avoir occupé le poste de vice-président du dialogue politique national. Petite cocasserie dont la politique a le secret : dans les couloirs du Palais, le nouveau vice-président va côtoyer Biendi Maganga Moussavou, son fils de 43 ans. Benjamin du gouvernement Issoze-Ngondet pendant que son père était dans l'opposition, il conserve son portefeuille de Ministre des PME.

Nomination au parfum de revanche politique, Ali Bongo a « débauché » René Ndemezo'o Obiang. A 69 ans, ce baron politique avait boudé le Parti démocratique gabonais (PDG) pour rejoindre et coordonner la campagne de Jean-Ping lors de la présidentielle d'août 2016.

Un peu plus tard, l'ancien directeur de campagne de Jean-Ping a succombé aux sirènes de l'appel au dialogue pouvoir pour co-présider les travaux. Il est désormais le président du Conseil économique et social. Avec la lettre d'Emmanuel Macron qui lui a glissé un « Monsieur le Président », Ali Bongo semble désormais plus que jamais sur le point d'enterrer l'épisode de la contestation de sa réélection.

Jean Ping fait de la résistance

Le président gabonais a pleinement profité des conclaves du dialogue politique pour mener des négociations en coulisses pour attirer dans ses filets, des membres de l'opposition. Une tactique destinée à les avoir à l'œil et même de les peindre à la couleur de la majorité présidentielle.

C'est ainsi que Patrick Eyogo Edzang a hérité du maroquin de l'Energie. Alors que l'Union nationale (UN) avait décliné l'invitation présidentielle au dialogue, le député de la commune de Bitam avait craché sur la discipline de parti et annoncé sa présence au conclave. Une attitude qui lui a valu une procédure disciplinaire de l'instance politique. Sa collègue Estelle Ondo, a perdu son poste de 4ème vice-présidente de l'UN après son entrée au gouvernement au poste aux Eaux et Forêts. Elle est désormais Ministre des Transports dans la nouvelle équipe.

A un an de l'anniversaire de sa réélection, Ali Bongo semble avoir puisé dans l'héritage politique de son père pour déployer d'anciennes méthodes politiques pour neutraliser des opposants politiques. Un anniversaire qui intervient alors que Jean-Ping, l'absent le plus omniprésent de cette nouvelle équipe, qui se considère toujours comme le « président élu » du Gabon tente tant bien que mal de maintenir la flamme de sa contestation. Pour combien de temps encore ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/08/2017 à 13:38 :
Pourquoi sommes nous toujours dans la défensive, nous les africains quand au commentaire que nous formulons ici???
y a t'il toujours un complot caché des blancs envers les Africains??? Est ce la raison pour laquelle nous africains sommes toujours des éternels assistés par occidentaux??? quand allons nous développer nos propres théories politiques adaptées à nos mœurs et coutumes, devons nous toujours avoir honte de cela???
le ton de cet article me semble normale et présente simplement une stratégie politique parmi tant d'autre et une de celle qui a permis à son père d’être appelé par les français "le stratège en politique".
En Afrique les vrais démocrates sont rares, le martyres n'est pas dans nos cultures mais par contre le nombrilisme ou le culte de la personnalité sa c'est vraiment dans les mœurs, les Bongo surf la dessus. l'avantage est que cela évite des affrontement entre "Homme Forts" comme au Soudan du Sud, en Libye ou au Congo zair.
comme pour contourner l'adage du président OBAMA. L'Afrique n'a pas besoin des d'hommes forts mais de d'institutions fortes.
a écrit le 22/08/2017 à 20:59 :
Pourquoi " vieilles méthodes " ? En politique, depuis la nuit des temps, c'est la seule méthode qui marche ! Voyez Sarkozy en 2007, quand il a débauché Besson et Kouchner ... Et Macron cette année qui puise dans tous les camps de l'opposition ! Pourquoi ce ton condescendant des qu'on parle de l'Afrique et de ses dirigeants ?
Réponse de le 23/08/2017 à 9:21 :
les presses Français font toujours les mépris lorsqu'ils parlent des pays africains,mais ne voient pas ce qui se passent chez eux.
shame on you

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :