Lutte anti-corruption en Tunisie : Slim Riahi pris dans les filets de Youssef Chahed

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(Crédits : Reuters)
Lancés il y a un mois, les filets anti-corruption de Youssef Chahed viennent d’attraper un gros poisson. Après les arrestations en série des businessmen Chafik Jarraya et Nejib Ben Ismaïl, de l'ex-candidat à la présidence Yassine Chennoufi et de l'officier de douanes Ridha Ayari, c’est le richissime homme d’affaires Slim Riahi qui a vu ses avoirs gelés sur la base de soupçons de blanchiment d’argent. Mais le chef du parti de l’Union Patriotique Libre (UPL) et du Club Africain(football) n’a pas dit son dernier mot. Il compte apporter une riposte tant politique que judiciaire au premier ministre tunisien.

« Un chantage politique ! », dénonce Slim Riahi. De simples « soupçons de corruption et de blanchiment d'argent ! », réplique Sofiène Sliti, le porte-parole du parquet financier tunisien. La bataille autour du gel des avoirs du richissime homme d'affaires tunisien ne sera pas que judiciaire. Elle sera aussi médiatique, eu égard à la personnalité du prévenu.

Avoirs gelés, le Club Africain inquiet, Slim Riahi tremble

Motivée par « une affaire relative à du blanchiment d'argent, le juge d'instruction au sein du Pôle judiciaire, économique et financier a décidé, ce mercredi [28 juin 2017, NDLR] le gel de toutes les actions en bourse, de tous les comptes bancaires et de tous les biens de l'homme d'affaires Slim Riahi », a annoncé le parquet tunisien.

Déjà dans une position délicate au sein du Club Africain qu'il préside depuis 2012, Slim Riahi voit ainsi tous ses avoirs détenus en Tunisie gelés par la justice. Ce mardi 27 juin avant même que les sirènes de la décadence ne se fassent entendre, l'homme d'affaires s'était fait copieusement hué lors d'une assemblée générale du Club Africain.

Le Club Africain, vainqueur de la Coupe de Tunisie 2017 est l'un des plus grands clubs de foot du pays notamment grâce aux millions injectés par le businessman bizertin dans les finances de la formation. Son retrait annoncé du Conseil d'administration risque d'impacter à coup sûr, la trésorerie du club sportif.

Au-delà, que reproche-t-on à l'homme d'affaires et par ailleurs président de l'Union Patriotique Libre (UPL) ? Apparemment, un faisceau de soupçons autour de Slim Riahi qui pourrait alimenter des accusations de corruption et de blanchiment d'argent.

Aux premières heures de l'annonce du parquet, une autre affaire de corruption visant Slim Riahi a refait surface. Fin 2011, Moncef Marzouki, l'ancien président tunisien avait porté plainte pour corruption contre l'homme d'affaires qu'il accusait d'avoir eu recours à des financements frauduleux pour son parti. Le parquet tunisien indique que le gel des avoirs n'a pas de lien avec la plainte Marzouki. C'est peut-être donc un nouveau scandale financier qui guette Slim Riahi.

Fortune nébuleuse et plainte à Londres pour échapper aux filets de Chahed

Au-delà, c'est la nébuleuse autour de la fortune du jeune milliardaire de 45 ans qui contribue à entretenir le feu de la polémique. Egalement de nationalité britannique, Slim Riahi a débarqué en Tunisie en 2001, juste après la « révolution du Jasmin » après avoir accumulé une fortune en Libye où il a grandi avec une famille d'opposants à Bourguiba puis Ben Ali. Une famille que l'on soupçonne d'avoir cultivé des accointances familiales avec le cercle de Mouammar Kadhafi.

Manifestement, le gel des avoirs du candidat à la présidentielle de 2014 s'inscrit dans l'opération « mains propres » lancée il y a un peu plus d'un mois par le premier ministre Youssef Chahed. Mais la riposte de Slim Riahi ne s'est pas faite attendre. Dans une déclaration à la chaîne Nessma TV, Slim Riahi dénonce le gel de ses avoirs comme un « chantage politique » et juge l'opération gouvernementale de lutte contre la corruption « sélective ».

Pour être complet dans sa riposte, le chef du parti patriotique a annoncé le dépôt à Londres, son lieu de résidence habituelle, d'une plainte contre le chef du gouvernement tunisien en « tant que représentant de l'Etat tunisien ». Toute la question est maintenant de savoir si sa double nationalité pourra le protéger des filets anti-corruption de Youssef Chahed.

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