Mswati III, le dernier monarque absolu d’Afrique

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(Crédits : Reuters)
Son règne suscite parfois l’admiration, quelques fois le dépit et beaucoup de fois, la révolte. Dans une Afrique où les Négus, les Pharaons, les Mansah, les Kaya Manga, les Ingonyama ou encore les Almamy n’appartiennent plus qu’au lexique des griots, le roi Mswati, troisième du nom, est le dernier monarque absolu du continent et peut-être même du monde. Découverte.

Ce qui frappe en premier chez le roi Mswati, c'est son attirail vestimentaire traditionnel haut en couleurs. Le souverain, torse nu, se drape dans un pagne surmonté d'une peau de léopard, des plumes sur la tête, un collier de perles autour du cou et un sceptre en bois à la main.

Mswati II

Un Roi qui règne et gouverne...

C'est paré de ses atours que le roi se rend chaque année à la traditionnelle danse des roseaux dont il est la figure centrale. Cette cérémonie inscrite dans la tradition séculaire du royaume, c'est un peu le « bal des débutantes » swazi. Chaque année, toutes les jeunes filles vierges de ce petit royaume enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique, sont réunies pour danser en l'honneur de Sa Majesté Mswati III. Objectif affiché pour les participantes, accrocher l'œil royal pour espérer rejoindre le harem des quinze épouses de ce monarque polygame. Et qui sait, peut-être devenir la mère de l'héritier qui sera porté un jour sur le trône.

Mswati II

Et c'est par ce singulier concours de circonstance génétique que Makhosetive Dlamini, de son vrai nom, est devenu roi sous le titre de Mswati III. Il a quatorze ans lorsque son père, Sobhuza II meurt d'une pneumonie en 1982. L'héritier est mineur, c'est alors sa mère, Ntombi Thwala et une autre épouse de son père Dzeliwe Shonwe qui régentent le royaume dans une rivalité qui aura duré quatre ans. Il est officiellement couronné en avril 1986, malgré sa position de 67ème fils du défunt roi. La règle salique du Swaziland veut que le successeur du roi soit l'enfant mâle de la Grande Epouse (Ndlovukazi) qui n'a eu qu'un seul enfant du roi défunt.

... dans un petit royaume pauvre

Au-delà de ces clichés qui font fantasmer les Occidentaux, Mswati III est un roi de 48 ans, qui règne par droit divin et gouverne par décret sur 1,5 millions de sujets et 17.000 kilomètres carrés. La personne du roi ainsi que ses puissants conseillers du cabinet royal ne peuvent être poursuivis en justice. Un privilège entériné par la constitution du pays votée en 2005 par un parlement dont certains membres sont directement nommés par le souverain surnommé « Le Lion ». Les partis politiques sont interdits ou tolérés en tant qu'associations et la presse largement acquise au Palais Ludzidzini, à Mbabane, la capitale.

Le roi mène grand train avec des voitures de luxe quand ses nombreuses épouses font du shopping dans les grandes capitales mondiales. Avec 50 millions de dollars de fortune personnelle, c'est le deuxième souverain régnant le plus riche d'Afrique, selon Forbes. L'envers du décor est moins faste. Deux sujets du roi sur trois vivent en dessous du seuil de pauvreté et survivent grâce à l'aide alimentaire. Le royaume a le taux de prévalence du Sida le plus élevé du monde (plus de 25%). Le cri de révolte venue d'une opposition souvent clandestine est étouffé par les redoutables services secrets swazis. Une triste réalité dans la dernière monarchie absolue d'Afrique et même du monde.

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