RD Congo : enlèvements, rançons, intimidations,... Le nouveau visage de la menace sur l'industrie minière

 |   |  1269  mots
(Crédits : Reuters/Banro)
Regain de tensions, fermetures de mines, l’insécurité menace l’industrie minière dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Au Maniema, la fermeture de trois unités de production de la compagnie minière canadienne Banro sous la pression de milices locales révèle la tension régnante. La région est une poudrière qui a été façonnée par les manquements de l’Etat, des entreprises minières et des groupes armés.

Confrontée à des menaces et attaques récurrentes sur ses mines, la société canadienne aurifère Banro a annoncé la suspension de ses activités dans le Maniema, une province située à l'est de la République démocratique du Congo (RDC) frontalière du Sud Kivu. Le Maniema est depuis 2015 l'une des 26 provinces de la RDC voisine des provinces nord et sud Kivu où des groupes armés s'affrontent pour le contrôle des ressources minières. Des forces armées de la RDC (FARDC) s'y opposent régulièrement aux milices Maï-Maï Malaika de Sheih Assani.

Lire aussi : RDC : la Monusco double ses effectifs à Lodja, dans la province de Sankuru

Banro, principale compagnie minière de la région justifie sa décision par l'insécurité et la menace permanente sur ces employés dans une lettre datée du 24 septembre consultée par l'AFP. Le document adressé à l'inspection générale du travail fait état de raids, de harcèlements, d'attaques sur les sites miniers et de menaces contre les employés notamment à Namoya à la cité minière de Salamabila. La société d'origine canadienne exploite des mines d'or à Namoya à Maniema, à Twangiza dans le Sud-Kivu et mène plusieurs explorations dans le pays. Le 26 juillet dernier, quatre employés de la compagnie dirigée par Brett Richards ont été kidnappés à Maniema, après l'enlèvement de cinq employés du groupe en 2017. En RDC, Banro est en difficulté avec les communautés locales et doit faire face à des groupes armés de la région, les Maï Maï qui ont trouvé de nouvelles sources de revenus. Depuis quelques années, les enlèvements d'employés expatriés des mines avec demandes de rançons ou d'exigences spécifiques ont tendance à remplacer les raquettes classiques auprès des populations locales.

«C'est un véritable marché qui consiste à prendre des otages et à réclamer une rançon à payer pour leur libération », nous précise Bob Kabamba, professeur à l'Université de Liège et coordonnateur de la cellule d'appui politologique en Afrique centrale.

Les cibles sont les employés expatriés des compagnies minières dans une région qui souffre d'un déficit de ressources humaines qualifiées et sous surveillance militaire.

« La région a la réputation d'être fortement militarisée, mais les forces de sécurité sont abandonnées à elles-mêmes dans ces zones isolées et cumulent les impayés. Ce qui les poussent à se nourrir sur le dos des populations et d'être tentées de tirer profit des ressources minières de la région comme le font d'autres groupes armés », explique Kabamba. Des dizaines de milices sévissent dans la zone et se disputent des richesses minières de la région qui concentre une bonne partie des mines artisanales avec des exploitations illégales.

Carte mines

Insécurité et militarisation des zones minières

Dans le cadre de ses recherches, l'International Peace Information Service (IPIS) a depuis décembre 2016 visité 123 sites miniers à Maniema. L'ensemble des données cumulées porte sur 2 700 mines - employant environ 382 000 groupes artisanaux. Le rapport fournit des chiffres détaillés sur le niveau d'interférence des groupes armés dans les différentes provinces de l'est de la RDC. La fréquence des interventions militaires sur les sites miniers est limitée à Maniema, mais reste particulièrement élevée dans le Nord Kivu, le Sud Kivu et en Ituri. Dans l'ensemble, les unités de l'armée congolaise (FARDC) sont les principaux responsables de ces interférences armées. « Cela s'illustre parfaitement dans la province du Maniema où les conflits armés sont très limités, mais où 38 % des mines sont encore « militarisées » par des unités de l'armé », détaille l'étude l'IPIS.

Lire aussi : Mines : cinq pays africains dans le collimateur des cours arbitrales internationales

 Pour les officiels, cette forte militarisation est surtout destinée à protéger les miniers comme Banro, présents dans la région et aussi d'empêcher l'exploitation anarchique à l'origine de graves accidents. Au moins 16 mineurs clandestins ont été tués le 2 octobre dans cette région, alourdissant le bilan macabre d'une série de glissements de terrain sur l'ensemble du territoire. « L'orpaillage clandestin est un sérieux problème dans la région. A suite de l'arrêt des activités de Banro, les sites risquent d'être envahis par des orpailleurs clandestins qui utilisent des équipements rudimentaires, souvent à l'origine des éboulements mortels » analyse Bob Kabamba.

La solution résiderait dans la capacité de l'Etat congolais à démanteler ces groupes armés, en les identifiant, en les réintégrant dans la vie civile ou dans l'armée régulière ou encore en les délocalisant vers d'autres régions pour rétablir l'autorité de l'Etat, selon les spécialistes.

« Les tensions entre les industriels, les artisanaux et la militarisation des sites miniers sont les résultats des gouvernances défaillantes dans cette région de l'Est. Si l'on ne parvient pas à résoudre cette question de gouvernance, toutes les initiatives sont vouées à l'échec sur le long terme », nous explique Ken Matthysen, chercheur à l'IPIS.

Pour les compagnies minières, il s'agit surtout d'être en mesure de travailler davantage en connivence avec les communautés locales, puisque la plupart de ces groupes armées sont communautaires, enfin afin d'en faire des partenaires. Les entreprises tenues de respecter le code minier doivent aussi instaurer une communication fluide et agir en toute transparence, en montrant l'apport de l'exploitation minière et des taxes générées par la production au pays.

Pour une solution durable dans la région est du pays

Dans le cas de Banro, l'entreprise a été accusée par les riverains de recourir à des procédés interdits en violation des lois environnementales. « Il y a eu des cas de bétails morts intoxiqués à cause des sources d'eau contaminées par des produits chimiques », précise une source locale. Aussi, les exploitations de la compagnie minière Banro occupent une partie des villages délogés. Les paysans déplacés dénoncent la perte de leurs terres agricoles et les promesses non tenues de développement d'infrastructures (écoles, hôpitaux, routes). La société, qui a affirmé avoir reversé les financements dus à l'Etat, cristallise les frustrations dans une région où la maind'œuvre locale n'a pas souvent l'expertise requise pour intégrer le groupe qui fait appel à des expatriés. Pour Ken Matthysen, c'est une grosse problématique à résoudre sur le long terme. « Beaucoup d'initiatives très techniques sont expérimentées sur place pour améliorer la situation sur le court terme, mais en réalité, il faudrait beaucoup de prudence avant de parvenir à des résultats probants grâce à une amélioration de l'organisation militaire, de l'administration et de la gouvernance », analyse-t-il.

Lire aussi : Traçabilité des minerais en RDC : la Société minière de Bisunzu opte pour la certification BSP/Geotraceability

Cependant, les marchés financiers internationaux poussent à la mise en place de minerais et de chaines d'approvisionnement propres sur le court terme. Selon les chiffres sur les minerais congolais, de l'or artisanal d'une valeur approximative de 600 millions de dollars quitte chaque année la RDC à travers des réseaux clandestins au profit des groupes armés. Dans une circulaire de ce  mois d'octobre, la douane américaine a imposé des restrictions sur des ressources en provenance de la RD Congo pour s'assurer que les minerais ne sont pas  produits sous la pression des armes ou par des enfants.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :