[Covid-19] Yves Cuypers : « En RDC, la capacité de résistance des banques sera fondamentale »

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Yves Cuypers, directeur général de la BCDC, est le président de l'Association congolaise des banques (ACB) qui réunit tous les établissements bancaires opérant en République démocratique du Congo (RDC).
Yves Cuypers, directeur général de la BCDC, est le président de l'Association congolaise des banques (ACB) qui réunit tous les établissements bancaires opérant en République démocratique du Congo (RDC). (Crédits : DR)
En République démocratique du Congo (RDC), où la capitale Kinshasa est en confinement partiel, les banques scrutent l’horizon sur fond des dispositions prises par la Banque centrale (BCC) et le gouvernement pour faire face aux répercussions de la crise du COVID-19 sur l’économie. Yves Cuypers, directeur général de la Banque commerciale du Congo (BCDC), est le président de l’Association congolaise des banques (ACB). Pour La Tribune Afrique, il revient sur la situation du secteur au moment où la crise annonce ses premiers signaux dans le pays et livre son analyse prospective.

Au centre de Kinshasa, la commune de la Gombe, cœur battant des affaires et quartier général des banques opérant en République démocratique du Congo (RDC) est en confinement depuis lundi 6 avril. Si plusieurs voix s'élèvent encore pour réclamer un durcissement des mesures visant à limiter au maximum la propagation du coronavirus, la Banque centrale du Congo (BCC) a pris des dispositions mettant à contribution les banques, afin d'atténuer les conséquences économiques de la crise sanitaire qui fait 215 cas de contamination à ce jour.

Ainsi, entreprises et particuliers pourront notamment bénéficier du report de leurs échéances de crédits. La BCC a également baissé le taux directeur de 9% à 7,5% pour alléger le coût du crédit. L'entrée en vigueur des dispositions relatives au relèvement du niveau de capital minimum des banques a été reportée à janvier 2022 et la classification des prêts a été gelée pour permettre aux institutions financières de suspendre les pénalités de retard sur les créances en souffrance pendant la crise. En outre, les banques disposeront d'un guichet spécial de refinancement d'une maturité de 3 à 24 mois. L'objectif est d'augmenter leurs ressources pour un financement adéquat de l'économie dans un contexte difficile.

La Tribune Afrique - Comment les banques gèrent-elles cette situation de crise en RD Congo ?

Yves Cuypers - Le secteur bancaire a pris un certain nombre de dispositions pour rester opérationnel, puisqu'en dehors de la Gombe, les banques poursuivent leurs activités en l'état dans les autres communes de la capitale et sur l'ensemble du territoire national, bien sûr dans le respect des règles sanitaires définies par l'OMS et les autorités de la RDC pour limiter la propagation du coronavirus.

En pratique, les banques n'ont pas beaucoup de choix. Plusieurs mesures ont été prises. Parmi celles-ci, le report des échéances de crédit dans des conditions bien spécifiques, à la demande du client et pour autant que cela se justifie. Je précise que cela ne concerne que les remboursements en principal. Les paiements des intérêts sont maintenus. Malgré ces dispositions et conformément aux instructions de la Banque centrale, les banques restent tenues de constituer des provisions en cas de non-respect des dispositions de l'instruction concernant le provisionnement des créances.

En d'autres termes, d'un point de vue économique et opérationnel, les banques comprennent qu'un certain nombre d'opérateurs sont ou seront en difficulté en raison de ce cas de force majeure. Nous prenons donc des dispositions pour aider les entreprises en difficulté. La Banque centrale va mettre à leur disposition une enveloppe de 50 millions de dollars qui sera déployée selon des conditions précises. Ces fonds sont destinés à répondre aux besoins urgents qui pourraient émerger dans le secteur de la l'agriculture et après des importateurs de biens de première nécessité.

Que se passerait-il si les banques devaient gérer la crise au-delà de 90 jours ?

90 jours représentent déjà un délai relativement long. Si, indépendamment des dispositions prises actuellement, il arrivait qu'il soit nécessaire de proposer des reports de remboursement supérieurs à trois mois, nous serions obligés de constituer les provisions. Dans ce cas de figure, les banques porteront logiquement un poids lié à la crise qui pèsera sur leur rentabilité, elle-même liée à la baisse de l'activité. Cela dégraderait leurs comptes de résultat et par ricochet leur solvabilité. Mais nous restons attentifs à l'évolution de la situation.

Ces dispositions garantissent-elles les banques de problèmes de liquidité ? A quelles contraintes peuvent-elles être exposées ?

Il faut dire que les banques en République démocratique du Congo n'ont pas, pour l'instant, de problèmes de liquidité. Je pense que pour le moment, les banques sont relativement bien armées. Après, les choses ne font que commencer ici. Les deux premiers mois de l'année, janvier et février 2020, ont été satisfaisants de manière générale. La tendance s'est maintenue en mars.

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 Avec cette crise, les banques vont d'abord chercher à se protéger et essayer d'absorber le choc que pourrait constituer une dégradation de leurs portefeuilles crédits. Il est encore trop tôt pour le dire, mais le risque est réel. Car c'est maintenant que le ralentissement de l'activité économique commence à se faire ressentir. Les opérateurs risquent d'avoir des problèmes d'approvisionnement en intrants, pour ceux qui s'approvisionnent à l'étranger, notamment via Kasumbalesa [la frontière avec la Zambie]. On a également le cours du cuivre qui est actuellement à 4 500 - 4 800 dollars la tonne.

Les grands opérateurs approchent tout doucement leur break-even point. Mais, s'ils décident tous de suspendre leurs opérations parce qu'il n'y a plus de rentabilité et qu'il faut comme en 2016 attendre quelque mois, les fournisseurs aussi auront des difficultés. A côté, l'Etat peine à collecter ses recettes fiscales et a des dettes auprès des opérateurs, ... Cette situation requiert beaucoup d'attention. La capacité de résistance des banques à une dégradation de l'environnement va être un élément fondamental dans un futur proche

Pour le moment, la grande difficulté à laquelle nous risquons d'être confrontés est la difficulté d'alimenter l'ensemble du réseau en numéraire. C'est un défi qui pourrait se présenter assez rapidement à nous, si le confinement devait être prolongé. Mais nous restons confiants que des pistes de solution pourront être rapidement explorées.

L'ACB a financièrement contribué à la riposte de l'Etat contre le coronavirus. Etait-ce important pour les banques de mettre la main à proche ?

Absolument. Comme beaucoup d'autres entités, l'Association congolaise des banques a fourni un effort pour contribuer à la lutte contre le coronavirus par une participation financière. Nous laissons le soin aux autorités d'en révéler les termes, si elles le souhaitent. Ce que je peux dire c'est que connaissant l'état général des infrastructures médicales en République démocratique du Congo, les besoins sont gigantesques. Chacun essaie de contribuer à l'amélioration de la situation.

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