Africa Investment Forum : à Johannesburg, la BAD inaugure son «marché des investissements»

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(Crédits : DR)
La première édition du Forum africain des investissements (AIF) de la BAD s’est ouvert ce mercredi 7 novembre à Johannesburg. Bien plus qu’un raout d’officiels et d’experts, l’évènement se veut d'abord comme une plateforme de mobilisation des investissements privés pour accélérer le développement du Continent. Pour le président de la banque panafricaine qui en porte l’initiative, l’enjeu est d’accélérer les procédures et faciliter les transactions afin de résorber le déficit d’infrastructures de l’Afrique. Et déjà, plusieurs deals viennent d'être conclus.

Des affaires comme au marché et non pas seulement que des panels de discussions. C'est l'idée qui porte le Forum africain de l'investissement (AIF, en anglais), un événement initié par la Banque africaine de développement (BAD). La première édition, qui se tient du 7 au 9 novembre au Sandton Convention Centre de Johannesburg, s'est ouverte en grande pompe mercredi 7 novembre, en présence de plusieurs chefs d'Etat du Continent, de responsables d'institutions financières multilatérales, ainsi que de plusieurs hommes d'affaires représentant le secteur privé panafricain.

Il y avait ainsi, aux côtés du président de la BAD, Akinwumi Adesina, et du président sud-africain Cyril Ramaphosa, les présidents, Macky Sall du Sénégal ; Alpha Condé de la Guinée ; Sahle-Work Zewde de l'Ethiopie, Nana Akuffo Addo du Ghana, ainsi que le vice-président du Nigeria, Oluyemi Oluleke Yemi Osinbajo ; les Premiers ministres, Philémon Yunji Yang du Cameroun, et Édouard Ngirente du Rwanda.

On notait également la présence à l'évènement du PDG du fonds Africa50, Alain Ebobisse ; de Benedict Oramah, CEO d'Afreximbank, ainsi que celle de Bandar M. H. Hajjar, président de la Banque islamique de développement (BID) ; Patrick Dlamini, directeur général de la Banque de développement de l'Afrique australe ; et Mallam Samaila Zubairu, directeur général d'Africa Finance Corporation (AFC). Le secteur privé africain était représenté, entre autres, par l'homme d'affaires Aliko Dangote, président de Dangote Group ; Majid Al Ghurair, CEO of the Al Ghurair Group ; le banquier et philanthrope nigérian, Tony Elumelu, ainsi que le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe.

Investir en Afrique et pour l'Afrique

Du beau monde donc et beaucoup de discours et d'échanges sur les enjeux stratégiques du Continent en matière de développement des infrastructures, les opportunités de mobilisation des fonds, notamment privés, ainsi que le potentiel pour les investisseurs africains, mais aussi internationaux. Autour du thème choisi pour cette première édition, «Agir ensemble pour l'Afrique», les réflexions ont porté sur les voies et moyens pour les décideurs de renforcer les partenariats avec et entre les institutions financières pour mobiliser des investissements en Afrique. C'est du reste tout le plaidoyer qu'a développé à la tribune de l'AIF, le président du groupe de la BAD, qui a appelé une fois encore les investisseurs à saisir «l'opportunité qui s'offre à eux pour accélérer le développement du Continent».

«Nous nous sommes engagés à accélérer le développement de l'Afrique. Nous savons que les pays ne se développent pas à partir de l'aide financière, mais grâce à une discipline en matière d'investissements. Nous avons besoin de partenariats élargis et d'une action commune avec le secteur privé et les investisseurs institutionnels», a plaidé, Akinwumi Adesina, président de la BAD.

Lors de la première plénière d'ouverture qui a réuni les responsables des institutions financières de développement et des partenaires de premier plan du Forum, les différents intervenants ont reconnu qu'ils disposaient de capitaux nécessaires pour infléchir la balance des investissements et canaliser vers l'Afrique ceux dont elle a tant besoin. Les panélistes ont en ce sens mis en avant l'urgence de passer à une nouvelle façon de travailler ensemble, ce implique de travailler à plus grande échelle, plus vite et en synergie.

En ce sens, le rôle crucial des dirigeants africains a été mis en exergue, car ce sont eux qui donnent le ton en termes de politiques, et aussi pour faire émerger un environnement propice aux entreprises pour que celles-ci puissent prospérer.

«Nous travaillons pour implémenter les réformes nécessaires afin d'améliorer notre climat des affaires et renforcer notre partenariat avec le secteur privé pour qu'il contribue à la croissance», a déclaré le vice-président du Nigeria, Yemi Osinbajo. Sur la même lancée, le président Macky Sall a détaillé les réformes mises en œuvre par son gouvernement, notamment dans le secteur de l'énergie, afin d'attirer les investissements nécessaires et surtout garantir aux investisseurs et entreprises privés des retombées, tout en veillant au développement du pays. «Le rôle des gouvernants est de faciliter les affaires afin d'attirer les investisseurs et soutenir le secteur privé, et c'est ce que nous faisons au Ghana», a aussi déclaré le président Nana Akufo-Addo.

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Lors des différentes plénières de ce jeudi 8 novembre, le secteur privé panafricain a fait aussi entendre sa voix aux côtés de celles des décideurs politiques. «Assez souvent, nous n'accordons pas beaucoup de crédit aux opportunités d'investissements que recèle le Continent», a ainsi reconnu le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe, qui a pris exemple sur l'évolution du Continent sur les dix dernières années. Alors que l'homme le plus riche du Continent, Aliko Dangote, a plaidé pour l'industrialisation de l'Afrique, notamment dans le domaine agricole, son compatriote Tony Elumelu a estimé qu'au-delà de l'optimisme ambiant sur les perspectives du Continent, «il est certes bon de signer des deals, mais plus important que ces deals marchent et soient mis en œuvre».

Premiers deals

Le Forum africain de l'investissement se veut, selon l'idée de son initiateur qui en a porté l'idée,  Akinwumi Adesina, un évènement pas comme les autres, mais essentiellement des transactions. «C'est une plateforme qui fait se rencontrer les gouvernements, le secteur privé, les investisseurs et les promoteurs de projets. Nous créons des projets bancables de qualité, réduisons les risques qui y sont associés et veillons à ce qu'ils se réalisent vraiment», a déclaré Adesina.

Selon le président de la Banque panafricaine, le Forum s'inscrit dans une démarche beaucoup plus large, qui ambitionne de puiser dans le vaste réservoir des capitaux mondiaux pour assurer le financement de son plan ambitieux de transformation de l'Afrique. Le Continent a en effet besoin de 130 à 170 milliards de dollars par an pour financer ses besoins de développement les plus urgents, selon les dernières estimations de la Banque. Des besoins en capitaux auxquels les sources de financement traditionnelles que sont les gouvernements nationaux et les institutions de développement ne sont pas en mesure de répondre à elles seules, en raison des restrictions budgétaires. D'où l'idée, à travers l'AIF, de partir à la quête d'autres alternatives. «Les investisseurs institutionnels internationaux et les détenteurs d'actifs contrôlent 131 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion, dont 1% suffirait à combler le déficit de financement des infrastructures», a par exemple indiqué Akinwumi Adesina.

Du concret donc, et c'est ce qui a été prévu au cours de l'AIF, en marge duquel se tient un «Africa investment market», réservé uniquement aux affaires. Et déjà plusieurs deals ont été conclus durant les deux premières journées. Il s'agit notamment de la signature, le mercredi 7 novembre, d'une lettre d'intention entre la BAD et l'Agence marocaine de développement des énergies renouvelables (MASEN), pour accompagner et soutenir les pays africains, en particulier ceux de la région du Sahel, ciblés par l'initiative marocaine, «Desert to Power», dans le développement des technologies d'énergies renouvelables les plus adaptées à leurs conditions naturelles et à leurs besoins énergétiques spécifiques.

L'autre deal phare, conclu dès la première journée, porte sur la signature d'un accord-cadre entre la BAD, le fonds Africa50, ainsi que les gouvernements de la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Congo pour le développement et le financement du premier pont rail-route reliant leurs capitales, Kinshasa et Brazzaville. Aux termes de l'accord-cadre, les deux gouvernements ont mandaté Africa50 et la BAD pour développer le projet en tant que partenariat public-privé, et qui nécessitera un investissement estimé à 550 millions de dollars. D'autres accords sont également annoncés pour de nouveaux projets au cours du forum qui sert également d'occasion pour plusieurs pays de «vendre» leurs projets aux investisseurs présents au premier marché africain des investissements.

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