Minéraux solides : la stratégie du Nigeria pour maximiser les investissements étrangers

Dans sa course vers la diversification économique, le Nigeria mise sur les minéraux solides. Le pays vient de lancer une stratégie en six axes, incluant la création d’une société nationale dédiée. Objectif : attirer le plus d’investisseurs étrangers possible dans un secteur qui aurait « en réalité » le potentiel de contribuer à 50% du PIB selon les officiels. Une opération séduction devrait s’inscrire à l’agenda du président Bola Tinubu au prochain sommet du G20.
Ristel Tchounand
(Crédits : DR)

Légiférer, structurer, promouvoir, négocier, cofinancer..., ce sont quelques mots clés qui résument l'orientation des autorités nigérianes qui espèrent toucher le jackpot grâce à l'exploitation des ressources minérales solides contenues dans sous-sol du pays. Le ministère du Développement des minéraux solides vient de dévoiler son « Agenda pour la transformation des minéraux solides pour la compétitivité internationale et la prospérité nationale », une stratégie en six axes qui démarrera avec la création d'une société nationale de minéraux solides. « La société proposée cherchera et conclura des accords de partenariat d'investissement avec de grandes sociétés multinationales du monde entier afin de tirer parti du régime attrayant et favorable aux investissements en vigueur dans le pays pour garantir des investissements étrangers directs massifs dans le secteur minier », a déclaré le ministre du Développement des minéraux solides, Dele Alake, qui attaque ainsi son mandat avec un vaste chantier sous la main, lui qui est en fonction depuis le 21 août dernier.

« Prendre le taureau par les cornes pour récolter les milliards miniers »

Les autres axes de la stratégie touchent le développement de coentreprises avec des multinationales minières ; le déploiement du Big Data dans l'exploitation de sept minéraux prioritaires et leurs gisements ; la formalisation des mineurs illégaux au sein de coopératives minières artisanales ; l'établissement d'une police des mines pour lutter contre l'exploitation minière illégale et la contribution ; et la création d'un centre de traitement des minéraux qui permettra au pays de développement à la production minérale à valeur ajoutée.

Abuja entend ainsi faire du secteur des minéraux solides un des fers de lance de sa prospérité économique future. Selon la commission finance du Sénat qui a étudié le projet en profondeur, le développement de ce secteur pourrait rapporter 3 milliards de dollars à l'économie nigériane et pourrait contribuer « en réalité » à 50% du PIB. « L'exploitation minière est une grosse affaire. [...] Le ministère doit prendre le taureau par les cornes si le pays veut récolter les milliards de dollars de minéraux souterrains dont il dispose à travers le pays », estime Alake.

Les mines au cœur du plan de diversification économique

Premier producteur africain de pétrole qui pèse 10% du PIB, représente 50% des recettes et 80% des devises étrangères selon la Banque mondiale, le Nigeria s'est souvent retrouvé tributaire de la chute du cours de l'or noir. Après sa sortie de récession il y a cinq ans, le pays avait ficelé un plan de diversification économique qui mettait l'accent sur le secteur des mines, en raison du potentiel du pays en la matière, car riche d'environ 44 minéraux solides contenus dans son sous-sol et généralement classés en cinq catégories : les minéraux industriels (barytine, kaolin, gypse, calcaire feldspath), les minéraux énergétiques (uranium, charbon, bitume, lignite), les minéraux métalliques (or, minerai de fer, cuivre, cassitérite, colombite, plomb-zinc), les minéraux de construction (granit, gravier, sable, latérite) et les pierres précieuses (saphir, tourmaline, émeraude, topaze, améthyste, grenat), détaille un document diplomatique retraçant l'actif du Nigeria en minéraux solides. Leur valeur est estimée à environ 700 milliards de dollars, selon les officiels nigérians.

Cependant, l'économie du pays n'en bénéficie que très peu, puisque les minerais solides n'ont contribué qu'à 0,45% du PIB en 2020, leur plus haut niveau. Désormais, l'objectif est de passer à 3% en 2025. Pour y arriver, Abuja entend notamment reprendre les clés de succès de l'industrie pétrolière afin de développer un secteur des mines dans lequel les investisseurs étrangers se pressent de miser. Jusqu'ici, seules quelques entreprises étrangères -dont le canadien Thor Exploration coté à la Bourse de Toronto- ont investi dans les mines nigérianes.

Tinubu en mode « opération séduction » au G20?

Au pouvoir depuis mai 2023, Bola Tinubu a hérité d'une économie en crise, due à la suppression de la subvention sur l'essence, décidée suite à la conjoncture et la géopolitique internationales qui s'est ajoutée à une économie préalablement fragilisée. Alors qu'il tente de jouer les meilleures cartes pour dorer son passage à la tête du pays, des projets comme celui du développement du secteur minier peuvent revêtir un caractère ultra-stratégique. Participant au sommet du G20 le week-end prochain à New Delhi, la délégation nigériane conduite par le président Bola Tinubu prévoit d'y présenter les opportunités d'investissement dans les minéraux solides de la première puissance économique d'Afrique.

Ristel Tchounand
Rencontres culturelles et économiques au Mucem

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 05/09/2023 à 11:01
Signaler
Il faudrait être fou pour investir en Afrique, un continent où l'Etat de droit n'est qu'un concept sémantique et où toute entreprise étrangère peut se faire exproprier à tout moment .

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.