RDC : sortir du tout minier en misant sur le pétrole et le gaz « propres »

Le président Félix Tshisekedi lance 30 appels d’offres internationaux pour l‘exploitation de 27 blocs pétroliers et trois blocs gaziers dans le pays, soit 22 milliards de barils de pétrole et 66 milliards de m3 de gaz. Objectif : accélérer le développement national et diversifier l’économie. Critiquées par les ONG, les autorités garantissent le respect des normes environnementales dans un pays où 85% du potentiel en hydrocarbures reste inexploré.
Ristel Tchounand
(Crédits : DR)

Une nouvelle ère économique faite d'exploration pétrolière à grande échelle en République Démocratique du Congo (RDC) ? Kinshasa répond résolument par l'affirmative. Hier, jeudi 28 juillet, le président Félix Tshisekedi a personnellement lancé 30 appels à manifestation d'intérêt internationaux pour l'exploitation de 27 blocs pétroliers dans la forêt du bassin du Congo et trois blocs gaziers dans le Lac Kivu. Il s'agirait d'environ 22 milliards de barils de pétrole et 66 milliards de m3 de gaz, selon les estimations du ministère de tutelle. Ici, l'objectif est clair : accélérer l'essor économique du plus grand pays francophone au monde, connu pour ses importantes richesses minières qui pèsent plus de 20% dans le PIB.

Faire face au contexte instauré par le conflit russo-ukrainien

« Ce lancement d'appels d'offres est le témoin de notre volonté à mettre nos potentialités au service du développement de notre pays, ceci dans un contexte où les ressources fossiles y compris le pétrole brut et le gaz sont replacés au centre des enjeux de paix et de stabilité en raison du conflit russo-ukrainien », a déclaré le président congolais.

Depuis la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie en effet, les chaines d'approvisionnement en pétrole et gaz dans le monde ont été bousculées. Plusieurs pays européens se sont d'ailleurs tournés vers certains pays africains. Et alors que le conflit russo-ukrainien ne donne pas encore des signaux d'apaisement, l'incertitude qui plane fait émerger des opportunités pour les pays producteurs d'hydrocarbures. Parallèlement, les pays importateurs de ces ressources comme la RDC doivent casser leurs tirelires pour s'approvisionner dans un contexte d'inflation mondiale.

Rappelant que 48 ans après les premières explorations pétrolières en RDC, le pays ne produit qu'environ 23 000 barils par jour, alors que « 85% du potentiel national en hydrocarbures reste inexploré et inexploité », Félix Tshisekedi identifie les facteurs ayant entravé l'essor de ce secteur. D'abord le fait que « le pays avait misé sur le tout minier, reléguant ainsi au second plan d'autres branches de l'industrie extractive », mais aussi le problème de gouvernance auquel il prévoit de s'attaquer.

« Il était temps que nous nous ressaisissions et que nous emboitions le pas de ces nations qui, avant nous, ont pu faire de leurs dotations aux hydrocarbures de véritables fers de lance de leurs économies », a déclaré le président congolais qui avait notamment à ses côtés, le ministre des Hydrocarbures de la Guinée équatoriale -gros producteur d'Afrique centrale- Gabriel Mbaga Obiang Lima.

De quoi « enrichir » les firmes étrangères selon ONG

Depuis que ce projet d'appels d'offres est annoncé, plusieurs ONG l'ont décrié, dénonçant le risque que représente l'exploitation des énergies fossiles pour l'environnement dans le contexte mondial de changements climatiques. Ce jeudi, l'antenne Afrique de Greenpeace en a rajouté une couche. « La vente de blocs pétroliers dans la forêt du bassin du Congo au plus offrant ne fera qu'enrichir les pays étrangers. Cela n'améliorera pas la vie du peuple congolais », a tweeté l'ONG, appelant à la signature d'une pétition.

Une exploration et une exploitation propres, la promesse de Tshisekedi

A Kinshasa, Tshisekedi se veut rassurant. Reconnaissant le « rôle central » de la RDC dans la protection de l'environnement et la lutte contre le réchauffement climatique, il a insisté sur le fait que l'ambition pétrolière et gazière congolaise « ne constitue en aucun cas un reniement des engagements auxquels nous avions souscrit à l'international, bien au contraire ». Il promet notamment des études approfondies et des travaux sous surveillance technologique, afin de garantir la protection de l'environnement, de la faune et de la flore, mais aussi des écosystèmes et des équilibres écologiques. En d'autres termes, le président congolais promet une exploration et une exploitation propres du pétrole et du gaz.

Et d'après lui, l'exploitation des blocs d'hydrocarbures ne serait qu'une étape dans la stratégie de la RDC qui ambitionne d'aboutir, grâce à des partenariats avec ses pays frontaliers, à la construction d'infrastructures -dont des pipelines- qui permettraient l'approvisionnement d'autres marchés régionaux.

Jusqu'où iront les divergences sur les énergies fossiles en Afrique ?

L'exploitation pétrolière et gazière en Afrique fait l'objet de tensions ces derniers mois, surtout depuis qu'une vingtaine de gouvernements et d'institutions ont décidé d'arrêter le financement des énergies fossiles sur le continent à partir de fin 2022. Une résolution à laquelle de nombreux pays producteurs africains n'adhèrent pas, estimant que l'Afrique -faible émetteur de gaz à effet de serre- ne devrait payer pour les dégâts causés par les nations occidentales au moment où le continent a un besoin criard d'industrialisation. Tout comme Tshisekedi aujourd'hui, plusieurs leaders africains défendaient en mars dernier au Nigeria, la possibilité d'une exploitation des hydrocarbures respectueuse de l'environnement. A la veille de la COP27 en Egypte et au moment où de nombreux pays occidentaux cherchent à sécuriser leur approvisionnement en hydrocarbures, le sujet pourrait davantage revenir au centre des débats.

Ristel Tchounand
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