Mgr. Cristobal Lopez Romero  : «Ici, nous ne sommes pas parfaits, mais nous marchons ensemble»

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(Crédits : DR.)
Evêque de la cathédrale Saint-Pierre et archevêque de la capitale marocaine Rabat depuis mars 2018, Mgr. Cristobal Lopez Romero connaît la terre marocaine depuis les années 2000. Dans cet entretien, il revient notamment sur la question du vivre-ensemble dans le royaume et sur l'originalité d'un institut rassemblant au Maroc chrétiens et protestants.

La tribune Afrique : Quel regard portez-vous sur la pratique au Maroc d'un islam ouvert et tolérant et sur la garantie de la pratique du culte dans le Royaume ?

Mgr. Cristobal Lopez : Un regard très positif. L'islam que j'ai connu au Maroc est véritablement un islam ouvert et tolérant. En ce qui concerne la liberté de culte, elle est totale pour nous les chrétiens ; nous vivons notre foi paisiblement et notre insertion au sein de la communauté et des Marocains est sans faille.

Justement, comment vivez-vous au quotidien le dialogue interreligieux prôné par le Maroc ? Existe-t-il réellement des relations de respect et de confiance entre les communautés de croyances différentes ?

C'est dans la vie quotidienne, dans les relations interpersonnelles d'amitié et de voisinage, dans le travail ensemble pour les grandes causes du monde que nous, musulmans et chrétiens du Maroc, nous faisons du dialogue interreligieux une réalité. La connaissance mutuelle, les relations d'amitié, de confiance et de respect, l'estime de l'autre et la fraternité grandissent de jour en jour. Certes, tout cela ne touche pas toute la population, mais je crois que l'attitude positive envers l'autre se répand chaque fois plus, et les préjugés tombent de plus en plus.

Quelle lecture faites-vous de la visite, les 30 et 31 mars dernier, du Saint-Père, le Pape François, au Maroc ?

roi mohammed VI pape françois

[Le roi Mohammed VI et le pape François à leur arrivée à l'esplanade de la Tour Hassan à Rabat, le 30 mars 2019. Une première depuis la visite de Jean-Paul II au Maroc en 1985]

Un événement extraordinaire, autant pour l'église, que pour le pays et pour le monde entier. La présence du Pape François et sa rencontre avec Sa Majesté le Roi et son peuple, ainsi qu'avec la communauté chrétienne, a lancé le dialogue interreligieux vers une nouvelle étape: il faut déjà laisser en arrière des concepts tels que la coexistence et la tolérance, qui sont positifs, mais très courts, pour commencer à mieux nous connaître et à plus nous respecter et à nous apprécier ; cela sera le chemin qui nous conduira a la fraternité universelle. Pour nous, chrétiens, la visite du Pape a représenté une confirmation de la direction entreprise dans notre action pastorale et un encouragement pour continuer et aller de l'avant courageusement.

L'installation de l'Institut Al Mowafaqa, dont vous êtes co-président, serait l'une des expériences les plus originales au monde en termes de rapprochement entre communautés religieuses. Pourquoi ce choix du Maroc justement ?

Oui, c'est vrai. Je pense qu'il s'agit d'une expérience unique dans le monde : un Institut à la fois protestant et catholique, enraciné et inséré dans une ambiance musulmane. Cet institut n'a pas choisi le Maroc. Non il est né au Maroc, il est sorti de cette terre marocaine comme réponse à des besoins de formation des églises chrétiennes pour leurs fidèles. Et il est fruit de l'amitié de deux pasteurs, l'archevêque Vincent et le pasteur Samuel, et de bonnes relations entre l'église catholique et l'église évangélique au Maroc.

Aujourd'hui, Al Mowafaqa nous offre des formations en théologie chrétienne et en islamologie, non comme deux réalités séparées, mais comme un dialogue permanent.

Pensez-vous que le Maroc peut prétendre à offrir « un modèle » en matière de gestion du religieux ?

Absolument ! C'est un modèle «exportable». Il est fort souhaitable que l'expérience du Maroc soit connue et imitée dans d'autres lieux où on vit encore une ambiance de confrontation, de conflits et de concurrence. Ici, nous ne sommes pas parfaits, mais nous marchons ensemble, nous partageons notre foi, nous faisons des petits pas vers la fraternité. Et il est évident que c'est beaucoup plus ce qui nous unit que ce qui nous sépare.

Propos recueillis par Mounir El Figuigui

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