Maroc  : le leadership monarchique de « l'islam du juste milieu »

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Le roi Mohammed VI présidant une veillée religieuse en commémoration de «Laylat Al-Qadr»  (la nuit du destin), le 1er juin 2019 à la mosquée Hassan à Rabat. Des versets du Coran ont été récités par Aya Mansour, 12 ans, lauréate du Prix national Mohammed VI de mémorisation, de déclamation et de psalmodie du Coran.
Le roi Mohammed VI présidant une veillée religieuse en commémoration de «Laylat Al-Qadr» (la nuit du destin), le 1er juin 2019 à la mosquée Hassan à Rabat. Des versets du Coran ont été récités par Aya Mansour, 12 ans, lauréate du Prix national Mohammed VI de mémorisation, de déclamation et de psalmodie du Coran. (Crédits : DR.)
Dans un système monarchique ancré tel qu'il existe actuellement au Maroc, l'importance de l'autocratisme du roi en matière religieuse est indéniablement la clé de réussite de la politique religieuse nationale qui aujourd'hui, à travers son succès, séduit et attire les pays africains frères.

Dans un objectif de lutte contre l'extrémisme religieux et l'ignorance, le roi Mohammed VI a mis en place plusieurs initiatives contribuant à la création et à la pérennisation d'une identité religieuse marocaine immuable basée sur l'islam du juste milieu tripartite composé d'une école juridique malékite qui représente l'orthodoxie sunnite, d'une école théologique Acharite et d'une école de fraternité, le soufisme. Le roi est le gardien de cet islam de tolérance, comme le stipule la Constitution du Royaume : «Le Roi, Amir Al Mouminine, veille au respect de l'Islam. Il est le Garant du libre exercice des cultes».

L'institutionnalisation de l'islam

En vertu du contrat d'allégeance qui revêt une signification canonico-religieuse, la gestion du champ religieux au Maroc est confiée à la plus haute institution, celle de la Commanderie des croyants qui a pour mission de protéger l'identité de l'orthodoxie sunnite de l'Islam et de veiller à la bonne pratique des religions chrétienne et juive au sein du Royaume, dans le but de préserver la paix spirituelle.

Afin de gérer au mieux le volet religieux qui est d'une importance cruciale au Maroc, une institutionnalisation du champ politico-religieux a dû voir le jour à travers la création d'un ministère souverain, les Habous et les Affaires islamiques, et c'est à l'initiative du roi Mohammed VI que la restructuration du champ religieux a permis une centralisation de la pensée théologique. Le ministère souverain rassemblera l'ensemble des institutions nationales religieuses déjà existantes et s'en inspirera pour créer des institutions à caractère international : le Conseil marocain des oulémas pour l'Europe en 2008 et la Fondation Mohammed VI des oulémas africains en 2016. Deux entités qui ont permis au royaume chérifien de s'imposer en tant que seul expert en la matière.

Toutefois, le coup de maître de cette diplomatie religieuse sera la création en 2014 de l'Institut Mohammed VI pour la formation des imams morchidines et morchidates (des prédicateurs et des prédicatrices) qui œuvre pour la lutte contre l'extrémisme religieux et l'ignorance. C'est d'ailleurs ce qu'a rappelé le roi Mohammed VI dans son discours du 31 mars dernier, à l'occasion de la visite du pape François au Maroc, lorsqu'il déclarait : «Pour faire face aux radicalismes, la réponse n'est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : éducation».

Circonscrire «le choc des ignorances»

Le Maroc est devenu un leader en matière de formation religieuse après avoir mis en place des partenariats de formation des leaders religieux musulmans et chrétiens en Afrique subsaharienne via deux établissements: l'Institut Mohammed VI de formation des imams, mourchidines et mourchidates, rattaché au ministère des Habous et des Affaires islamiques, et l'institut Al Mowafaqa pour la formation des prêtres, et cadres religieux chrétiens, rattaché à l'archevêché. Le premier a notamment pour mission la formation des imams et des morchidines et morchidates dans les domaines de l'Imamat et de l'orientation religieuse ; et la formation, la mise à niveau et le perfectionnement des préposés religieux étrangers. Al Mowafaqa, lui, a été créé en 2012 au service des églises chrétiennes au Maroc. C'est également un lieu de formation, de réflexion ayant pour but la promotion du dialogue interculturel et interreligieux et où les cours sont assurés par des professeurs-visiteurs d'Afrique et d'Europe.

Les églises catholique et protestante présentes au Maroc connaissent depuis quelques années une forte affluence de fidèles, du fait de la migration subsaharienne. L'Institut Al Mowafaqa a été créé dans le but de répondre aux besoins de formation des deux églises. Sa mission première : participer à la lutter contre l'extrémisme religieux et promouvoir le dialogue interculturel et œcuménique. La formation de cadres religieux étant une priorité tant pour les religieux musulmans, que pour les chrétiens, l'institut décide de signer des partenariats visant à un institutionnaliser la formation.

En effet, le Maroc, terre de rencontres, carrefour entre l'Europe, l'Afrique et le monde arabe, a une situation géographique unique. «C'est un lieu d'expérimentation pour dépasser les antagonismes culturels, politiques et religieux, et promouvoir une vraie rencontre entre les cultures et les religions», comme l'explique le staff dirigeant de l'institut. Les chrétiens vivent et témoignent de leur foi en toute liberté au Maroc. Ils sont estimés à quelque 30 000 catholiques et 10 000 protestants, selon le rapport 2017 de l'International religious freedom. Les chrétiens marocains sont quant à eux estimés entre 600 et 2 000, selon la même source.

Pour l'archevêque de Rabat, Mgr Cristobal Lopez, les chrétiens «ne sont pas tolérés au Maroc, nous sommes aimés et respectés pour notre croyance. On tolère quelque chose qui nous dérange, pas quelque chose que l'on aime». Co-président catholique de l'institut Al Mowafaqa, il explique que celui-ci «est un institut œcuménique, c'est-à-dire que les fidèles sont des catholiques et des protestants [...] Ce qui est très intéressant, c'est que ce sont des études faites au Maroc, où l'on insiste sur le dialogue interreligieux, notamment l'islam, qui est très important. Chose que nous ne faisons pas à l'étranger [...] C'est un institut unique au monde, parce que les catholiques et les protestants n'ont pas d'institutions communes».

Pour l'archevêque de Rabat, capitale du Maroc, «les chrétiens au Maroc veulent construire des relations de respect et de confiance avec les autres croyants, de manière à faciliter une plus grande intercompréhension, la réconciliation et la collaboration dans l'objectif de l'intérêt commun. La coopération interreligieuse en faveur de la justice et de la paix est un aspect essentiel de cet engagement».

Le pasteur Karen Thomas Smith, co-présidente protestante de l'église évangélique au Maroc, rappelle quant à elle que l'Institut Al Mowafaqa «est issu de la volonté des églises au Maroc de former des responsables religieux capables de mener ses membres vers une vie œcuménique ouverte à l'autre, nos frères et sœurs d'autres confessions chrétiennes - d'Afrique, d'Europe et d'ailleurs -ainsi que vers nos voisins musulmans marocains. Cet esprit d'ouverture, de respect, d'appréciation et de découverte au cœur du projet se ressent dès l'entrée dans ce lieu de paix : chez les étudiants, les professeurs et le personnel -et tous celles et ceux qui animent l'endroit. L'Institut Al Mowafaqa représente la possibilité et le choix de vivre ici et maintenant le royaume de paix annoncé par le Seigneur Jésus Christ».

La clé de voute du vivre-ensemble

Amir Al Mouminine a d'une manière exceptionnelle compris à l'aube des confits que la meilleure des façons pour lutter contre n'importe quelle forme de radicalisme et d'extrémisme est l'éducation basée sur l'apprentissage des autres cultures et religions. C'est dans cet élan que l'Institut Mohammed VI pour la formation des imams, morchidines et morchidates et l'institut Al Mowafaqa forment tous deux des responsables religieux prônant le vivre ensemble et la cohabitation idéologique comme le veut tradition musulmane en terre d'islam. Attestant de son ouverture sur les autres religions, Hassan II avait accueilli Jean Paul II, le 19 août 1985, et le roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, a accueilli les 30 et 31 mars l'autorité ultime du Vatican, le Saint-Père, le pape François.

L'exception marocaine réside dans son ouverture la plus totale aux autres religions comme a pu le démontrer le royaume chérifien à la communauté internationale lors du rassemblement du Saint-Père et d'Amir Al Mouminine dans l'auditorium de l'Institut Mohammed VI de formation des imams, des morchidines et des morchidates pour offrir un concert exceptionnel sous le signe des «religions à l'unisson», rassemblant le muezzin Smahi Harrati qui a chanté l'appel à la prière, Caroline Casadesus qui a interprété Ave Maria et Françoise Atlan qui a glorifié la prière juive Adonaï, avec l'accompagnement de l'Orchestre philharmonique du Maroc.

Le Royaume du Maroc est de par son histoire un carrefour des civilisations et des religions ; juifs et musulmans y cohabitent depuis des millénaires en partageant un sentiment de nationalisme dépassant les mœurs. Maître de la cohabitation et du vivre-ensemble, le royaume chérifien se positionne en tant que leader dans le domaine, d'autant plus que cette diplomatie religieuse a fait ses preuves au Mali, en Mauritanie et au Sénégal où les leaders religieux prônent un discours de fraternité anti-haine limitant ainsi les conflits et les guerres.

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