Transformer les modèles de gouvernance étatique : un enjeu majeur pour l'Afrique

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Badr Bakhat, ingénieur et expert en intelligence économique
Badr Bakhat, ingénieur et expert en intelligence économique (Crédits : LTA)
« African problems should have African solutions ». C’est la vision réaliste à la fois qu’afro-optimiste du président sud-africain Jacob Zuma. Le réalisme de sa réflexion repose sur l’aveu de l’existence de problèmes proprement Africains. Ces problèmes sont structurels et persistent depuis des décennies. Les solutions africaines sont, par contre, le fruit d’une interconnexion émanant d’un élan à la fois interne - qui se manifeste par une société rajeunie et de plus en plus connectée - et externe porté par le souffle de la diaspora. Face à ce nouveau paradigme, comment les pays d’Afrique doivent-ils revoir leurs modèles de gouvernance pour multiplier les opportunités économiques internes tout en se protégeant de la prédation des puissances outre-africaines ?

Depuis le début des années 2000, et en mettant de côté l'Afrique du Sud, l'Afrique sub-saharienne connait une croissance annuelle moyenne de 6,2%, soit le double de celle affichée par l'Amérique latine pendant la même période. Face à cette croissance et à l'apparition de nouveaux marchés et activités, notamment en lien avec les énergies renouvelables, le changement de paradigme impose une mutation drastique des stratégies étatiques de gouvernance.

Afin que les économies africaines puissent soutenir leurs croissances respectives, elles doivent relever les défis du court terme tout en jetant les bases d'un développement de plus long terme. Les styles de gouvernance varient suivant les Etats, les régions et les classes politiques. Toutefois, il s'avère que les pays qui ont réussi à répondre à l'impératif global d'améliorer l'efficacité du leadership et des institutions du secteur public, à savoir les « Lions Africains », ont tous priorisé leur action autour de trois axes stratégiques.

Développement grâce aux ressources domestiques

Le premier axe consiste en la mobilisation des ressources locales pour financer le développement de l'économie et des infrastructures, physiques et numériques, notamment à travers des Partenariats Public-Privé (PPP). Ce moyen de financement réduit le recours aux crédits qui mène à une envolée certaine de la dette souveraine sur le moyen/long terme, à l'affaiblissement des monnaies locales et à la hausse de la volatilité des actifs. Les caisses de l'Etat peuvent être alimentées grâce à l'augmentation des recettes d'imposition sans pour autant accroître les charges. Ceci est possible grâce à une meilleure estimation du volume du contribuable à l'aide du Big Data et d'outils de veille adaptés, ainsi que par la génération d'économies à l'aide de fonds de pension publics.

Aussi, la simplification des corvées administratives en utilisant les NTIC facilite considérablement la collecte. Le Maroc, par exemple, a fait ce choix et la plupart des déclarations sont aisément réalisables online. Dans d'autres pays comme le Mali, où le taux de pénétration de la téléphonie mobile dépasse les 124% en 2016, l'adoption du « M-Pesa », ou paiement mobile, constituerait un véritable progrès. N'oublions pas que 80% de l'Afrique est couvert par les services d'argent mobile, faisant d'elle le marché le plus développé au monde.

La diversité comme source de richesse

Le second axe repose sur la diversification massive des économies avec comme but d'attirer les investissements directs étrangers (IDE). En effet, le PIB de nombreux pays africains dépend des industries extractives, lesquels se retrouvent surexposés aux fluctuations du cour des matières premières. C'était jusqu'à récemment le cas du Nigéria où les revenus générés par le pétrole ont chuté de 60% entre 2010 et 2015. Mais avec l'arrivée au pouvoir du président Buhati, le pays a commencé à renverser la vapeur en diversifiant son économie suivant l'exemple de l'Ethiopie et du Maroc. Le premier, base sa « Vision 2030 » sur une intégration des marchés régionaux où il se démarque par rapport aux voisins grâce à une politique fiscale attractive pour les investisseurs étrangers :  5 ans dépourvus de taxes pour les entreprises s'y installant et annulation des taxes à l'importation de machineries servant au développement des infrastructures.  Le Maroc, quant à lui, fait partie du select club des quatre pays africains faisant partie des 100 pays les plus connectés. Cette connectivité sur le plan des échanges commerciaux régionaux facilite le développement de ses entreprises par le biais d'un élargissement des espaces concurrentiels encadrés donnant lieu à davantage d'IDE dans la région et à la mise en place d'économies d'échelle.

PPP pour développer les talents de demain

Le troisième axe appelle les Etats à encourager la formation des talents de demain. A l'aide de partenariats avec le secteur privé, il est possible de renforcer les départements universitaires en lien avec les entreprises opérant dans les domaines d'activité stratégique les plus porteurs.

La création de packs d'avantages fiscaux pour les entreprises, une politique de réduction des taxes pour le développement des connaissances et l'augmentation de l'employabilité des jeunes sont un gage de réussite. L'Etat doit inciter aux partenariats entre les universités et les entreprises à travers des investissements de ces dernières dans l'équipement de centres de recherche, d'incubateurs pour les start-ups et dans la conception de projets (projets de fin d'études, travaux pratiques, études de cas et stages). Ceci permettra aux entreprises d'avoir des solutions pour des problèmes réels en même temps qu'elles formeront leurs futurs employés ; une main d'œuvre qualifiée connaissant les process, le matériel et la culture de l'entreprise qui les plébiscitera.

L'accomplissement de ces objectifs demande un sacrifice considérable de la part des pays africains. La difficulté de la mise en place de ces mécanismes de développement pousse les pays vers une course frénétique à l'endettement dans l'espoir d'être catégorisés ou perçus comme suffisamment attractifs pour les investisseurs étrangers. Toutefois, avec l'irruption de pays tels que l'Afrique du Sud et le Maroc dans la scène économique continentale, le rythme d'endettement des pays africains s'est vu amplement réduit. Grâce à un discours encourageant les collaborations « afro-africaines », ces deux pays font barrage à l'approche classique Nord-Sud et se positionnent comme une alternative sérieuse aux puissances occidentales et orientales. Subséquemment, les pays non-africains qui souhaitent investir en Afrique offrent de l'aide au développement au sein de leurs packages diplomatiques, sous une myriade de formes...

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