Pourquoi les pays de la zone CFA doivent avoir leur indépendance monétaire ?

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(Crédits : Reuters)
Une dizaine de conférences anti Franc CFA ont été organisées à l'initiative de Kémi Séba, activiste connu pour son bagout tranchant et soutenu dans ce combat à la teinte manichéenne, par des personnalités africaines de premier plan... Jamais sur le continent, la question du franc CFA n'aura autant déchaîné les passions et provoqué une levée de bouclier pour dénoncer cette « colonisation monétaire » qui plombe les blocs régionaux parmi les plus intégrés d'Afrique. Mais ce haro général sur le franc CFA, introduit l'épineux débat sur l'indépendance monétaire des 15 pays où cette monnaie est encore en vigueur.

Auparavant, cantonnée dans les cercles intellectuels africains sans faire de vagues, la question du franc CFA semble faire des remous qui secouent tant la haute sphère que le commun des Africains. Mais au-delà de cette levée générale de bouclier, le front anti franc CFA pose la question de l'indépendance monétaire des pays africains.

39 monnaies nationales et 15 pays en zone CFA

Quinze pays composent encore la zone CFA administrée via des banques centrales régionales communes directement reliées à la Banque de France. Il s'agit de 8 pays ouest-africains réunis autour la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Il faut y ajouter les 6 pays d'Afrique centrale regroupés au sein de Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) et de la Banque centrale des Comores.

A la différence des pays de la zone CFA où les banques centrales fonctionnent sous tutelle française, plusieurs pays africains battent déjà leur propre monnaie directement gérée et régulée par leur propre banque centrale. Le rand en Afrique du Sud, le naira au Nigéria, le cedi au Ghana, l'Ougiya en Mauritanie, le Lilangeni au Swaziland, le dirham au Maroc ou encore les dinars en Egypte, en Tunisie et en Algérie... au total près d'une quarantaine de pays sur les 54 pays du continent ont leur propre monnaie. Un affranchissement monétaire qui présente plusieurs avantages.

« Un Etat moderne n'existe pas sans sa banque centrale. C'est un attribut de souveraineté existentiel comme le territoire, la population, l'armée et le trésor public. Pour chaque Etat, la banque centrale est l'institution publique chargée de la politique monétaire qui consiste à fournir de manière adéquate les flux d'argent et de crédit dans l'économie de la nation. C'est une institution qui est donc au cœur même de l'existence d'un Etat, de sa souveraineté, de sa performance, de sa puissance et donc des conditions de vie ou du bien-être de sa population », plaide l'économiste camerounais Babissakana, joint à Yaoundé par La Tribune Afrique.

Plusieurs privilèges restent donc attachés à l'administration par un Etat de sa propre banque centrale et chemin faisant de sa propre monnaie. Pour autant, les pays qui battent leur propre monnaie, sont-ils économiquement et monétairement mieux lotis que les pays évoluant en zone CFA ? Si la plongée abyssale de la monnaie nigériane peut empêcher de donner une réponse tranchée et catégorique, Babyssakana répond très vite par l'affirmative. « C'est évident que les Etats africains indépendants et disposant de leur banque centrale gérée exclusivement dans leur intérêt ont une forte avance systémique, méthodologique, et surtout psychologique dans l'appropriation de l'usage des technologies monétaires ».

Vers la création d'une monnaie africaine commune ?

Dans le débat sur le franc CFA, il est difficile de trouver un intellectuel africain ou même occidental qui entreprendrait de défendre cette monnaie au risque d'être traité de « suppôt  de l'Occident » pour le premier et de « néo-colon » pour le second. Sans se positionner sur l'une ou l'autre de ces positions délicates, Macky Sall, le président sénégalais a plaidé pour un débat de fond dépassionné et dépolitisé sur la question. Dans une interview accordée fin décembre à nos confrères du Point Afrique, le chef de l'Etat sénégalais a jeté un gros pavé dans la mare.

Il a qualifié de « stable » le franc CFA, allant jusqu'à dire que « [...] le franc Cfa est une bonne monnaie à garder ». L'économiste camerounais cité plus haut ne s'est pas fait prier pour répliquer. « La stabilité des prix que vous évoquez n'a rien à voir avec la souveraineté monétaire. C'est la souveraineté qui peut permettre de construire la stabilité et non l'inverse. La stabilité monétaire n'est qu'un résultat intermédiaire qui ne sert strictement à rien en l'absence de revenu ou de pouvoir d'achat détenu ou acquis par les citoyens. »

L'espoir se trouve peut-être dans le projet de l'Union Africaine (UA) de mettre en place, d'ici 2030, les structures et moyens nécessaires pour la création de la Banque Centrale Africaine (BCA) devant conduire à la mise en place d'une monnaie commune à toute l'Afrique. Pour parvenir à cet objectif, les 39 pays africains qui ont déjà leur indépendance monétaire, devraient sans doute soutenir les 15 pays encore sous tutelle monétaire française. Le combat enclenché par le front anti-CFA, pourrait être livré à un niveau supérieur par les Etats. Autre combat, autres acteurs !

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Commentaires
a écrit le 10/02/2017 à 19:18 :
Vite vite donnons la liberté d'imprimer de faire tourner la planche à billets, de dévaluer, de faire les marchés financiers comme des grands, marre de payer les dettes africaines contracter par ces pays dépensiers et sans parole pour rembourser au FMI. La banque de France dernier payeur rembourse à tout va vos dettes en tant que prêteur en dernier ressort . Vive le francs XAF/XOF africain sans la garantie par l'état français donc les contribuables français. Sortez du bois vous les présiimpotants et fonctionnaires africains planqués de la beac,bceao. Du vrai boulot de banquier central vous attend.
a écrit le 07/02/2017 à 22:16 :
L affranchissement de l Afrique au franc CFA n est plus une nécessité mais un impératif, un devoir de restauration de notre souveraineté et de la promotion de la culture du patriotisme économique.
a écrit le 07/02/2017 à 22:15 :
L affranchissement de l Afrique au franc CFA n est plus une nécessité mais un impératif, un devoir de restauration de notre souveraineté et de la promotion de la culture du patriotisme économique.

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