Le digital au service des contre-pouvoirs et de la démocratie : opportunité ou menace pour nos dirigeants ?

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(Crédits : Moussamara.com)
Les Technologies de l'information et de la communication (TIC), leurs prolongements dans la vie courante, les applications mises à la disposition des citoyens avec leurs impacts dans la vie de tous les jours sont en passe de structurer les rapports humains un peu partout sur la planète. L'Afrique n'échappe pas à ces évolutions majeures qui accélèrent les mouvements, mettent continuellement à la disposition des individus des biens et services qui améliorent leur confort, soulagent leurs peines et rendent le quotidien toujours plus supportable et agréable. Le monde est devenu un village sur lequel n'ont plus prise ni le temps ni les distances.

Nous vivons une accélération sans précèdent dans la création, la transmission et le stockage des savoirs et des connaissances. Cette accélération est perceptible dans tous les domaines de la vie. Les progrès de la médecine, grâce à ces technologies, font espérer un accroissement important de la longévité avec des succès majeurs contre les fléaux (mortalité maternelle et infantile, maladies endémiques, ...).

En matière d'éducation et de formation, les enfants voient décupler les opportunités s'offrant à eux. Dans les différents secteurs de l'économie, partout, de nouveaux métiers voient le jour, de nouveaux produits également avec des services sans cesse renouvelés. On cultive mieux, on pratique mieux l'élevage, on crée des industries plus rapidement, on paye plus facilement les fournisseurs, on lève plus rapidement les capitaux, on identifie plus efficacement les marchés grâce au digital !

Améliorer l'éveil des citoyens

Progressivement, contraints par le mouvement, les États et leurs administrations publiques s'y mettent pour accélérer les procédures, les rendre transparentes et moins coûteuses, servir les citoyens rapidement et de manière confortable... L'administration digitale et électronique, l'identification numérique sont ainsi des notions visant à améliorer les relations avec l'Etat, renforcer la confiance aux institutions publiques et obtenir davantage de cohésion sociale dans nos pays. Certains pays comme l'Estonie sont à la pointe de cette évolution, mais de nombreux autres, comme certains pays africains (Rwanda, Ghana, île Maurice...) essaient de lui emboîter le pas. Le digital peut également aider les pouvoirs publics sur le segment de la sécurité. Ils pourront accroître leurs capacités de surveillance et d'anticipation des risques. Dans ce secteur comme dans d'autres, des opportunités sont offertes même si des risques inhérents aux technologies existent et persisteront (piratage, détournement d'objets connectés, manipulation des masses, ...).

Il y a un domaine où le digital peut encore aider le continent africain, c'est celui du renforcement de la citoyenneté. Les technologies de l'information et de la communication amélioreront l'éveil citoyen des populations et leur transformation en acteurs au service de la collectivité, aussi bien localement que sur un plan national. L'information et sa démocratisation permettront aux populations de comprendre les enjeux. Elles développeront plus de facultés à comparer et à évaluer leurs gouvernants. Elles auront plus de canaux de socialisation et de mobilisation. Elles pourront s'exprimer plus facilement et toucher des audiences de plus en plus importantes. Grâce au digital, dans un avenir proche, l'identification et l'enrôlement des électeurs, ainsi que leur vote, seront plus aisés, ce qui donnera plus de poids aux populations et donc plus de chances à la démocratisation de nos pays.

Cette nouvelle révolution, portée par la démographie dynamique, le rajeunissement de la population et la jeunesse active, mais aussi l'urbanisation (accès plus facile aux technologies dans les villes) est positive pour le continent africain. Elle rend les citoyens plus conscients et plus aptes à se rebeller et à agir. Elle les renverra aussi à leurs responsabilités.

Un phénomène incontournable

Cependant, les gouvernants y percevront d'abord une menace pour leur mandat, leur gestion et leur sécurité et peuvent être tentés de la brider comme on le voit en certains endroits. Les tentatives de ralentissement des débits d'Internet, de blocage de réseaux sociaux, les perturbations diverses créées par les régulateurs ou encore le vote de textes contraignants et répressifs, voire des arrestations et jugements...participent de cette réaction désemparée de décideurs face à ce qui ressemble à un mouvement déstabilisant.

Les décideurs africains auraient tort d'agir de la sorte, car il est difficile, voire impossible de tenir avec une stratégie de contrôle ou de sanction. Il y aura toujours plus d'acteurs, de jeunes, d'urbains, d'évolutions technologiques, de moyens de contournements face à leurs «barrages». Ils seront inéluctablement submergés ! Ils seraient plus avisés de traiter la révolution digitale pour ce qu'elle constitue, c'est-à-dire un phénomène incontournable, voire souhaitable pour l'avenir et donc l'intégrer comme un élément à accompagner et à piloter en partenariat avec les sociétés civiles et les forces vives de nos pays. Ils doivent investir dans le renforcement des infrastructures et l'amélioration des capacités dans les pays. Ils doivent soutenir le développement des écosystèmes indispensables à la digitalisation des économies et des sociétés. Ils auront à explorer toutes les voies permettant de décupler les possibilités de leurs citoyens à être en même temps, créateurs et producteurs de contenus porteurs de valeurs. Ils doivent aider les citoyens à maîtriser ces technologies, aller vers plus d'innovation, plus de production, plus de création de richesse et plus de développement.

Pour faire prendre aux pays africains, le virage décisif vers la digitalisation maximale, y compris la citoyenneté digitale, les dirigeants seront obligés d'être plus exemplaires et faire partager cette exemplarité aux autres acteurs de leurs pays. C'est la condition minimale pour accroître la confiance et instaurer un partenariat fécond devant aider nos pays à enfourcher le cheval de la digitalisation, non pas dans la position du passager passif, mais dans celle d'un des cavaliers !

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