Nigeria : la campagne électorale reprend sur fond d’amplification des tensions politiques

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Les deux principaux favoris de la présidentielle Muhammadu Buhari de l'APC et Atiku Abubakar du PDP, s'accusent mutuellement de vouloir perturber le processus électoral.
Les deux principaux favoris de la présidentielle Muhammadu Buhari de l'APC et Atiku Abubakar du PDP, s'accusent mutuellement de vouloir perturber le processus électoral. (Crédits : Reuters)
La Commission électorale nigériane indépendante (INEC) a décidé d’accorder trois jours supplémentaires aux candidats pour les élections présidentielles, législatives et sénatoriales qui ont été reportées à la dernière minute du 16 février pour être fixées au samedi 23 février prochain. Un report d’une semaine qui continue à susciter des inquiétudes sur la capacité de la Commission à garantir la transparence du scrutin d’autant que les deux candidats favoris à la présidentielle, s’accusent de tentatives de fraudes. De quoi amplifier les risques de crise post-électorale pour la première économie du Continent.

C'est reparti pour trois jours de campagne électorale au Nigeria. Après avoir reporté d'une semaine et à la dernière minute le triple scrutin présidentiel, législatif et sénatorial, la Commission électorale indépendante (INEC) a décidé, lundi 19 février, d'accorder un délai supplémentaire de trois jours aux partis en compétition pour battre campagne. Ils ont désormais jusqu'au jeudi 21 février prochain pour convaincre les 84 millions d'électeurs inscrits sur les listes électorales, de se remobiliser encore afin d'accomplir leur devoir civique le samedi 23 février.

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La prorogation de la campagne électorale intervient alors que des interrogations et des inquiétudes persistent toujours sur la capacité de l'INEC à garantir la régularité et la transparence du scrutin. Bien que le président de la Commission, Mahmood Yakubu, avait assumé le report qu'il a justifié en raison de problèmes de logistiques, les deux principaux partis en lice pour le fauteuil présidentiel se rejettent toujours la responsabilité de cette confusion. Alors que le PDP de l'ancien vice-président Atiku Abukar accuse le camp du président sortant de vouloir retarder le scrutin afin de « conserver le pouvoir », Muhammadu Buhari s'est lui montré très critique envers l'INEC, assurant que son régime ne tolérerait aucune tentative de fraude ou de sabotage des élections.

Buhari hausse le ton

Dans une intervention prononcée ce lundi 18 février à l'occasion d'une réunion d'urgence à Abuja avec les membres de son parti, le président-candidat a expliqué que « la commission électorale nationale a eu tout le temps qu'elle voulait et toutes les ressources nécessaires afin d'organiser le scrutin dans les délais ».

Le chef de l'Etat sortant s'est alors demandé pourquoi il a fallu moins de 6 heures avant l'ouverture des bureaux pour que l'INEC annonce ne pas être en mesure de l'organiser.

«Il est clair que les raisons pour lesquelles une telle incompétence se manifeste doivent être expliquées à la nation. Après les élections, nous devons savoir exactement ce qui s'est réellement passé », a promis le candidat de l'APC.

Reprenant son statut de président fédérale en exercice et chef des armées, Muhammadu Buhari a d'ailleurs profité de l'occasion pour mettre en garde ceux qui tenteraient de perturber le processus, annonçant qu'il a déjà fait appel aux forces de défense et de sécurité de se montrer ferme et impitoyable avec les fauteurs de troubles.

« J'ai déjà ordonné à la police et a l'armée d'être sans pitié. Nous ne serons pas blâmés ou tenus pour responsables de vouloir truquer ces élections. Tout celui qui pense avoir assez d'influence dans sa localité pour commander des voyous à voler des urnes ou perturber le scrutin, le fera aux dépens de sa vie », a prévenu le président Buhari, candidat de la majorité.

La sortie du président n'a évidemment pas été du goût du PDP qui, dans un communiqué, a aussitôt dénoncé « une menace pour les nigérians et un appel direct à une justice de jungle ».

Surenchères électorales

C'est sur fonds de surenchères électorales entre les deux principaux partis en compétition, que se poursuit donc la campagne électorale. Le pouvoir et l'opposition se rejettent mutuellement la responsabilité des troubles observés jusque-là, et bien que l'APC et le PDP continuent d'appeler à l'apaisement, la tension est palpable dans plusieurs régions du pays le plus peuplé de l'Afrique et une des premières économies du Continent.

Les accusations de part et d'autre présagent des risques de violence post-électorale, un scénario que le pays a connu à plusieurs reprises d'autant qu'en plus de la capacité de l'INEC à réussir l'organisation du scrutin, d'autres défis sont à relever. Il s'agit notamment des menaces sécuritaires surtout avec la reprise des hostilités de la secte Boko Haram dans le nord-est du pays.

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Jusque-là et malgré quelques troubles constatés dans plusieurs localités du pays où du matériel électoral a été saccagé, la situation reste dans l'ensemble contenue. L'armée a assuré qu'elle se mettra au dessus des querelles politiciennes pour assurer la sécurisation du processus. Pas de quoi atténuer les inquiétudes sur des risques de contestation des résultats, un mauvais présage pour la stabilité du géant africain.

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