Tchad/Constitution : et si la nouvelle architecture de l'Etat constituait son tendon d'Achille ?

Une conséquence expresse de la Quatrième République entérinée par l’adoption, le 30 avril dernier par l’Assemblée nationale, de la nouvelle constitution qu’Idriss Deby Itno a promulgué ce vendredi 04 mai 2018. Albert Pahimi Padacké et toute l’équipe gouvernementale ont présenté la veille leur démission au président tchadien qui l’a tout de suite recueillie et acceptée. La nouvelle architecture institutionnelle du pays consacre désormais la préséance d’Idriss Deby, maître tout-puissant du pays.
Ibrahima Bayo Jr.

3 mn

(Crédits : Reuters)

Cérémonie solennelle et faste ce vendredi 4 mai au «Palais du 15 janvier». Dans un discours fleuve, parfois improvisé, Idriss Deby annonce avoir promulgué le texte de la nouvelle constitution que les députés qui applaudissent à tout rompre ont voté le 30 avril dernier. Pour en arriver là, la pièce s'est jouée en trois actes ou presque.

Trois actes ou presque pour mettre en place la Quatrième République

D'abord contre toute opposition, critique et réticence, le président tchadien tient son dialogue national «inclusif» certes boycotté mais qui fait mine de distribuer des concessions à ceux qui avaient naïvement cru pouvoir opposer des arguments pour faire reculer le projet. Puis vient l'étape du vote sous haute sécurité - et intimidation- d'un texte non annoté par un parlement acquis à sa cause. Le troisième acte s'est joué ce jeudi 3 mai, à la veille du discours présidentiel.

Saisi dans un geste de désespoir où le «devoir politique» d'opposition renforce le baroud d'honneur, le Conseil constitutionnel a rejeté la requête en annulation de la nouvelle constitution que le parti au pouvoir a préféré faire passer par l'Assemblée nationale plutôt par voie référendaire. Avant d'être reléguée au rang de «simple chambre» de la Cour suprême, le dernier acte qu'aura pris le Conseil constitutionnel a été de balayer avec célérité, le recours des pourfendeurs du changement de régime. Aurait-il pris le risque de contrecarrer le désir de l'homme fort de N'Djamena ? Rien n'est moins sûr.

Albert Pahimi Padacké lui, n'a pas attendu la «honte» de se faire balayer par la mise en place de la Quatrième République : l'acte avant la fermeture de rideau. Aux ministres qui se sont présentés au Conseil du Cabinet jeudi 03 mai au matin, il a clairement fait ses «adieux».

Exit le PM, le dauphinat présidentiel remis en jeu ?

Le titre de son poste a tout simplement été rayé de l'architecture de l'Administration de l'Etat tchadien par la nouvelle constitution. Mais les annales de l'Histoire retiendront qu'Albert Pahimi Padacké a été le dernier titulaire du poste de Premier ministre au Tchad. En prenant les devants, il a présenté sa démission et celle de son équipe au président tchadien. Une nouvelle rendue publique par un communique du Palais Rose de N'Djamena lu en ouverture du journal du soir de la télévision publique.

Les ministres n'ont plus en charge que «les affaires courantes» qu'ils sont invités à évacuer au plus vite exlique un communiqué du secrétaire général de la présidence de la République, Jean-Bernard Padare. Tous attendent donc, dans les interrogations et les combines politiciennes, de savoir s'ils seront associés à la nouvelle nomenclature étatique. Petit à petit, la promesse électorale d'Idriss Deby d'un «Tchad nouveau» débute par une hyper-présidence dont, sans Premier ministre ni vice-président, il est le seul maître à bord.

Une affirmation de puissance qui laisse des interrogations sur une possible querelle de préséance sur le dauphinat présidentiel qui devrait logiquement revenir au président de l'Assemblée nationale. Mais dans un Tchad où mêmes des soupçons d'ambitions peuvent faire tomber des têtes, les acteurs ne se pressent pas pour commenter les faits. Dans cet attentisme qui attise les appétences, se cachent peut-être les germes de l'éclatement du régime.

Ibrahima Bayo Jr.

3 mn

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