Niger / France : « le Noël africain » d'Emmanuel Macron

A la veille de la célébration de la fête de noël, le président français Emmanuel Macron se déplace au Niger ou il sera aux cotés des soldats de l’opération Barkhane. Un déplacement fort en symbole qu’il mettra à profit pour échanger avec son homologue Mahamadou Issoufou sur deux dossiers prioritaires et stratégiques de la nouvelle politique étrangère française, la lutte contre le terrorisme et la migration. Membre du G5 Sahel, Niamey est un allié inconditionnel de la France qui fait du Niger un exemple en matière de gestion des flux migratoires en plus de disposer dans le pays de plusieurs bases militaires, une présence de plus en plus mal perçue par l’opinion publique nigérienne.

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Le président français Emmanuel Macron en pleine discussion avec  le président du Niger, Mahamadou Issoufou lors d'une réunion avec les chefs d'Etat des pays du G5 Sahel au sujet des moyens d'accélérer la mise en place de la force antiterroriste en Afrique de l'Ouest, le 13 décembre 2017.
Le président français Emmanuel Macron en pleine discussion avec le président du Niger, Mahamadou Issoufou lors d'une réunion avec les chefs d'Etat des pays du G5 Sahel au sujet des moyens d'accélérer la mise en place de la force antiterroriste en Afrique de l'Ouest, le 13 décembre 2017. (Crédits : Reuters)

Décidément, la première année au cours de laquelle Emmanuel Macron a pris ses quartiers à l'Elysée, sera une année très africaine. Quelques jours après sa dernière tournée au Burkina, en Côte d'Ivoire et au Mali et quelques mois après deux visites successives au Mali en début de son mandant, le président français sera, les 22 et 23 décembre, en déplacement au Niger. Officiellement, c'est un déplacement auprès des troupes françaises engagées dans l'opération Barkhane, ce qui selon certains nigériens est une maigre consolation pour le président Issoufou Mahamadou, un fidèle et stratégique allié de la France qui mériterait aussi « sa visite officielle ». D'autant plus que le Niger accueille plusieurs bases militaires françaises de l'opération Barkhane notamment à Niamey, où stationnent des avions de reconnaissance mais aussi des drones français, à Madama dans le nord-est du pays où un détachement français a installé un poste avancé pour surveiller la frontière Tchado-Libyenne ainsi que dans le sud-est du pays où des soldats français participent à la traque des éléments de la secte terroriste Boko Haram.

Au chevet de la force du G5 Sahel

A Niamey, la question de la lutte contre le terrorisme sera l'un des sujets qu'aborderont certainement les deux chefs d'Etat même si officiellement et des deux cotés, aucun détail sur le menu de la visite du président français n'a encore été divulgué. Mais Emmanuel Macron ne pourrait passer deux jours aux cotés de ses troupes sans s'entretenir avec son homologue sur qui il ne tarit pas d'éloges ces derniers temps notamment pour la coopération du pays en matière de lutte contre le terrorisme et la migration. Deux sujets au cœur de la coopération entre les deux pays et sur lesquels le président français entend accélérer les choses.

Membre du G5 Sahel au chevet duquel, Macron se démène particulièrement depuis quelques temps afin d'opérationnaliser la force militaire mixte mise sur pied par les cinq pays membres. La question du financement des opérations a été bouclée avec un budget revu à la baisse et diminuée presque de moitié grâce justement à l'offensive diplomatique de Paris auprès des Nations unies, des USA et dernièrement des pays du Golfe. Désormais et comme il l'a laissé entendre à Paris la semaine dernière à l'occasion du mini sommet de soutien à la force organisée par l'Elysée, Emmanuel Macron veut que les opérations démarrent effectivement dans les prochains mois.

« Les cinq Etats du G5 se sont convenus de renforcer leurs efforts en priorité sur la zone centre avec un effort accru qui sera tant quantitatif que qualitatif illustrant le degré de mobilisation indispensable. Cet effort consistera en une augmentation des effectifs engagés, un renforcement des postes de commandement, une planification accélérée des opérations avec des objectifs pour le premier semestre 2018 ». Emmanuel Macron.

Lutte contre le terrorisme et la migration

Si officiellement, la France entend par là apporter sa contribution à la force sahélienne, à Paris notamment au ministère des armées, on ne se cache pas que l'objectif est de permettre un repositionnement de la force Barkhane avec ses 4.000 soldats opérant depuis 2014 dans la bande sahélienne. A Macron qui laisse entendre que l'opérationnalisation de la FC G5 Sahel (Force Conjointe) ne vise pas un désengagement dans l'immédiat de l'opération Barkhane, la ministre française des Armées Florence Parly, ajoute que les forces françaises déployées au Sahel n'ont certes pas vocation à durer éternellement, mais « qu'au fur et à mesure que la force conjointe du G5 Sahel montera en puissance, la force Barkhane pourra réajuster son dispositif ».

En langage militaire, ce réajustement devrait se traduire par un allègement des forces terrestres et en ce sens d'ailleurs, la France entend solliciter du Niger, l'armement de ses drones stationnés dans le pays comme Niamey en a déjà accordé le droit aux américains également présent dans le pays. Une requête à laquelle on l'imagine que les autorités nigériennes vont accéder, le président Issoufou ayant déjà fait part de toute sa disponibilité à accueillir toute contribution de nature à permettre au pays de lutter contre les menaces sécuritaires auxquels il est particulièrement exposé.

Avec la poudrière malienne au Nord-ouest, le chaos Libyen au nord et Boko Haram à sa frontière Tchado-nigériane au sud-est, le pays a déjà beaucoup pâtit de l'amplification des menaces sécuritaires. En plus des pertes civiles et militaires à la suite de différentes attaques qui ont visé plusieurs localités du pays depuis début 2015, les autorités nigériennes ont dû rehausser significativement le budget consacré aux dépenses militaires et de sécurité au détriment des secteurs sociaux pourtant prioritaires pour ce pays classé parmi les pauvres du monde et affichant l'un des plus faibles Indice de développement humain (IDH).

L'autre dossier au cœur de la coopération franco-nigérienne qui sera au centre des échanges entre les deux chefs d'Etat, c'est celui de la migration. Le Niger est en effet le pays de transit par excellence pour les migrants en route vers l'Europe, et grâce à des accords avec l'UE et certains de ses pays membres comme la France, l'Allemagne ou l'Italie, une stratégie musclée de gestion des flux a été déployée depuis 2015. En contrepartie d'espèces sonnantes et trébuchantes, le Niger a ainsi pu parvenir à démanteler plusieurs réseaux de passeurs, ce qui s'est traduit par un tarissement du nombre de migrants passant par le grand désert situé dans le nord du pays et où des centaines d'infortunés perdent la vie durant leur traversée tout aussi dangereuse que celle de la méditerranée. Pour la France, tout comme pour l'Europe, « le Niger est un modèle » et à Niamey, Macron va mettre les dernières touches avec Issoufou sur l'installation des centres de tri de migrants et de réfugiés, les fameux « hospots délocalisés » annoncés par le président français au Sahel et en Libye, que le Niger s'est déjà dit prêt à abriter.

Lire aussi : Migration : des « centres de tri » bientôt ouverts par la France au Niger et au Tchad

Fronde « anti-française »

Il reste que si à l'Elysée, on met en avant la visite de Macron auprès des troupes de Barkhane, le séjour du président français intervient dans un contexte particulier notamment sur le plan social. Ce samedi d'ailleurs, au second et dernier jour du séjour nigérien d'Emmanuel Macron, plusieurs associations de la société civile projettent d'organiser une marche suivie de meeting pour protester certes d'abord contre la loi de finances 2018 mais aussi et surtout contre ce qu'ils dénoncent comme « un bradage des ressources naturelles du pays ainsi que sa souveraineté ». Dans leur viseur, la France avec la présence depuis des décennies d'AREVA qui exploite les principaux gisements d'uranium dans le pays en plus des bases militaires installées par l'Hexagone dans plusieurs régions du pays.

Cette présence militaire étrangère passe de plus en plus mal au sein de l'opinion nigérienne d'autant plus que la France n'est pas le seul pays à déployer ses forces sur le terrain. Les américains aussi montent en puissance alors que l'Allemagne et l'Italie sont sur le point d'envoyer leurs soldats pour opérer à partir du Niger contre les terroristes et les trafiquants de migrants. Malgré cette présence de plus en plus accommodante, même au sein d'une partie de l'armée, les attaques visant le pays n'ont pas du tout baissé d'intensité, ce qui amplifie la défiance à l'égard des bases étrangères dont celles de Barkhane.

En plus de ces raisons qui risquent d'assombrir le déplacement de Macron au Niger et malgré l'excellence des relations affichée par Niamey et Paris, le président français aura fort à faire avec l'opinion qui ne lui a pas encore pardonné sa phrase polémique sur l'évolution démographique du continent: « le défi de l'Afrique, il est civilisationnel aujourd'hui » . Avec un taux de natalité est de 7,6 enfants par femme, l'un des plus forts au monde, les nigériens se sont en effet sentis particulièrement visés.

Autant d'arguments qui expliquent en grande partie pourquoi la visite de macron n'aura en rien le cachet officiel de « visite de travail et d'amitié » comme au Burkina, en Côte d'ivoire ou au Ghana.

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