Banques : les géants américains en Afrique plus risquophobes qu'on ne l'imaginait ? (1/2)

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(Crédits : DR)
Quasiment à tour de rôle, des banques internationales d’origine américaine affichent peu à peu leurs ambitions pour les marchés africains. Une démarche aux allures apparentes d’une offensive imminente. Mais alors que Citigroup reste l’exception qui confirme la règle, en raison de son implantation dans 16 marchés du Continent, les géants américains de la banque internationale affichent une certaine frilosité au risque qui ralentit considérablement leur rythme d'évolution sur l'Afrique. Selon les experts, le nouveau programme de 60 milliards de dollars du président Donald Trump pourrait accélérer leurs projets -existants ou futurs- surtout dans un contexte de forte concurrence chinoise en matière d’investissements.

« Vous nous verrez nous implanter dans certains pays où nous ne sommes pas. En Afrique, vous entendrez parler de ce genre de choses », annonçait Jamie Dimon, PDG de JP Morgan Chase en janvier 2018 à Bloomberg Television en marge du Forum économique mondial (WEF) tenu à Davos, en Suisse. Il citait précisément deux pays-cibles en Afrique de l'Ouest et de l'Est : le Ghana et le Kenya. Deux marchés où ses tentatives d'implantation il y a quelques années se sont soldées par un échec.

Ces déclarations venaient comme pour préciser le plan d'investissement de 20 millions de dollars annoncé précédemment et consistant notamment en l'ouverture de nouvelles succursales du groupe à l'international, ainsi qu'une nouvelle vague de recrutements. Le géant bancaire new-yorkais y travaille encore aujourd'hui.

Implanté au Nigeria et en Afrique du Sud, JP Morgan recrute actuellement en Afrique, selon les révélations de Bloomberg, et s'active de plus en plus pour concrétiser ses plans d'expansion régionaux. Dimon voit notamment de grandes opportunités d'affaires dans l'actuelle campagne de la London Stock Exchange (LES) auprès des grandes entreprises africaines.

Outre JP Morgan, Citigroup et Goldman Sachs en force

Seize ans après avoir fermé son bureau en Angola, Citigroup annonçait en juin dernier son retour imminent à la demande de compagnies pétrolières qui éprouveraient des difficultés pour leurs transactions en dollars. L'année dernière, la banque américaine la plus active en Afrique -implantée dans 16 pays- affirmait son intention de renforcer sa mise à l'Ouest et au Centre du Continent. Alors qu'elle y pratique généralement des affaires d'institutions financières, la banque veut devenir un partenaire clé des grandes entreprises publiques. Pays-cibles : le Sénégal, le Cameroun, le Gabon et la RDC, mais aussi le Bénin, le Togo et le Burkina Faso pour leurs « plans de développement agressif » qui impliquent d'importants besoins en financement.

Un autre géant new-yorkais de la banque internationale concocte ses plans pour amplifier son empreinte sur le marché africain : Goldman Sachs (GS). Après s'être ouvert une porte vers une plus grande présence en Afrique australe en s'associant à l'aile sud-africaine d'Investec, GS cherche désormais une licence pour étendre son offre aux services bancaires de base, tels que les titres à revenus fixes. Jusqu'ici, la banque se limite au conseil et à la gestion de patrimoine. « Nous voyons une formidable opportunité de mieux servir les clients locaux et mondiaux qui investissent en Afrique du Sud et dans la région », a expliqué Richard Gnodde, directeur général de Goldman Sachs International.

En mai dernier, GS réunissait des investisseurs en conférence à Johannesburg avec la participation du président Cyril Ramaphosa, avec pour objectif sous-jacent de mieux cerner le marché de l'investissement dans l'actuel contexte du pays.

Au Nigeria, GS a dirigé le consortium qui a pourvu à la levée de 20 millions de dollars par Kobo360, une startup locale à la Uber. Ces fonds serviront à l'expansion africaine de cette jeune pousse déjà active au Togo, au Ghana et au Kenya. A noter que le groupe bancaire américain joue également ses cartes au Rwanda et en Angola, mais aussi en Ethiopie où il recherchait récemment des business analystes juniors et seniors à Adama, la troisième ville du pays.

Une pré-crise plutôt dynamique

Tout ceci laisse penser que les géants américains de la banque font preuve d'un certain engouement vis-à-vis des marchés africains. Un engouement qui, rappelons-le, a été assez vif dans les années 1990 et au début des années 2000. « L'intérêt des banques internationales d'origine américaine est né à l'initiative républicaine de Georges W. Bush. S'il y a une administration qui s'est vraiment positionnée en Afrique, c'est bien celle-là, et même plus que les démocrates », analyse dans un entretien avec La Tribune Afrique un expert financier proche des milieux d'affaires américains qui requiert l'anonymat.

C'est à partir de ce moment, estime-t-il, que les premières études profondes ont été menées aux Etats-Unis, démontrant le potentiel du marché africain, lequel « repose sur un triple pilier à savoir démographique, stratégique sécuritaire (nourrie par l'instabilité dans certaines régions) et stratégique économique reposant notamment sur les ressources naturelles » du sous-sol et du sol africain.

Le duo amère-crise des subprimes de 2007 et crise bancaire de 2008 qui ont plongé le monde dans une profonde crise financière pousse plusieurs banques américaines à se retirer de certains marchés dont ceux d'Afrique. « Notre bureau à Johannesburg avait très vite fermé. Nous gérions désormais toutes nos affaires africaines à partir de Londres », se souvient un ex-Morgan Stanley dans un entretien avec La Tribune Afrique. Ce qui deviendra, depuis, une pratique courante dans le milieu : gérer depuis Londres et voyager ponctuellement sur le Continent, même si quelques années plus tard, une banque comme Morgan Stanley a réélu domicile dans la capitale sud-africaine. « Après la crise financière et le renforcement de la réglementation, en particulier les notions de compliance, celles de Know your costumers ..., plusieurs de ces banques ont procédé à un retrait abrupt. Le but à l'époque était de réduire au maximum leur exposition au risque », nous explique un ex-responsable à la Banque mondiale.

La risquophobie engendre la lenteur

Le regain d'intérêt des banques américaines pour l'Afrique observé récemment est cependant caractérisé par une certaine lenteur. JP Morgan en est d'ailleurs un cas d'espèce, puisque près de deux ans après la sortie médiatique de son patron, l'ouverture de nouvelles implantations à travers le Continent n'est toujours qu'un projet.

Certains experts pointent la frilosité au risque des banques américaines, en raison notamment des défis sécuritaires dans certains marchés du Continent. Héritage de la crise de 2008 ? Pour certains experts, cela explique le fait que des banques américaines s'intéressent de plus en plus aux opérations d'introduction en bourse à Londres d'entreprises africaines ou d'émissions d'obligations souveraines par les Etats africains, comme observé récemment.

En effet, ces banques sont en premier plan des opérations récentes comme celle d'Airtel Africa, comme le projet de Dangote Group. « Sur ce créneau, elles essaient de concurrencer les banques européennes comme Standard Chartered, Barclays ou Société Générale », analyse notre source.

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