Sécurité sanitaire : pour en finir avec « la sous-traitance », la BAD lance la fédération africaine pour la technologie pharmaceutique

La Banque africaine de développement (BAD) annonce officiellement ce lundi la création prochaine de la fédération africaine pour la technologie pharmaceutique. Recherche autour des maladies prévalentes à l’échelle régionale, développement pharmaceutique, capacités industrielles aux normes internationales, compétences des Africains…, l’organisation devrait couvrir toutes les grandes problématiques de la sécurité sanitaire du continent.
Ristel Tchounand
Akinwumi Adesina en visite à l'Institut Pasteur du Sénégal, janvier 2022.
Akinwumi Adesina en visite à l'Institut Pasteur du Sénégal, janvier 2022. (Crédits : DR)

Basée au Rwanda, fonctionnant « en toute indépendance » et financée par la collecte de fonds auprès des gouvernements, institutions de financement du développement et organisations philanthropiques, la fédération africaine pour la technologie pharmaceutique promet d'être la nouvelle arme d'indépendance sanitaire du continent. Sa création a été approuvée par le conseil d'administration de la Banque africaine de développement (BAD), annonce officiellement l'institution dans un communiqué ce lundi 27 juin, confirmant une information ayant fuitée il y a quelques jours. Ce projet vient répondre, indique la Banque, à l'appel des dirigeants du continent lors du Sommet de l'Union africaine de février dernier pour la mise en place d'une solution conséquente au défi sanitaire régional, tristement mis en évidence par la pandémie de Covid-19.

« L'Afrique ne peut plus sous-traiter la sécurité sanitaire de ses 1,3 milliard de citoyens et la confier à la bienveillance d'autrui », déclare Akinwumi Adesina, président de la BAD. La création de la fédération africaine pour la technologie pharmaceutique, poursuit-il,  « est une grande avancée pour l'Afrique. L'Afrique doit se doter d'un système de défense sanitaire, basé sur trois grands domaines : la relance de l'industrie pharmaceutique africaine, le renforcement des capacités africaines de fabrication de vaccins et la mise en place d'infrastructures de soins de santé de qualité ».

Réduire la facture de 14 milliards de dollars d'importations

Sur le terrain en effet, les statistiques sont éloquentes. Alors que le continent abrite 17,2% de la population mondiale, il ne représente que 3% de la production pharmaceutique. Plus précisément, l'Afrique importe 70% de ses besoins en médicaments. Annuellement, la facture sillonne autour des 14 milliards de dollars. Sur les 54, seuls quelques rares pays ont pu développer une industrie pharmaceutique, notamment au Nord et au Sud de l'Afrique. D'ailleurs ce sont ces pays qui ont également fortement réagi en faveur de la production locale de vaccins anti-Covid-19. D'abord, l'Afrique du Sud avec la mise en service d'une usine portée par le secteur privé, puis le Maroc avec le lancement des travaux de son usine opérationnelle d'ici 2025. A noter que les deux nations sont les seules proches de l'indépendance en Afrique, avec 70% à 80% de leurs médicaments produits localement. Au sujet du vaccin anti-Covid, le Ghana, qui porte aussi un projet d'usine encore sur le papier, prévoit ses premières productions pour 2024.

Propriété intellectuelle, alliances entre entreprises africaines et étrangères..., une entité multi-casquettes

Des initiatives encourageantes mais insuffisantes, face à une population à la démographie galopante qui devrait atteindre les 2 milliards d'habitants en 2050, dans un contexte de lutte contre la contrefaçon de produits pharmaceutiques et au moment où les discussions mondiales autour des enjeux de production de médicaments et de vaccins se tiennent quasiment sans une voix influente venant du continent. C'est la raison pour laquelle la BAD -déjà engagée à débloquer 3 milliards de dollars au cours des dix prochaines années pour contribuer à combler ce déficit de production- veut faire de la fédération africaine pour la technologie pharmaceutique, le représentant du continent dans le processus d'appui à la mise en œuvre concrète des droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC) sur les licences non exclusives ou exclusives.

Organisation résolument multi-casquettes, cette fédération devrait jouer un rôle clé dans la recherche scientifique autour des maladies prévalentes en Afrique, dans le développement des industries pharmaceutiques africaines, dans le renforcement des capacités, d'une production aux normes internationales et des compétences des Africains y compris les domaines les plus pointus du secteur.

Mettant un point d'honneur sur le transfert technologique, la fédération prévoit d'être le promoteur et le négociateur des intérêts du secteur pharmaceutique africain auprès des majors de l'industrie pharmaceutique mondiale.

Le soutien de Tedros Ghebreyesus et Ngozi Okonjo-Iweala

La fédération sera un partenaire de diverses organisations dont l'Union africaine (UA), l'Union européenne (UE), mais aussi toutes les organisations internationales publiques et privées qui gravitent autour de la santé universelle, y compris les centres d'excellence en recherche et développement. D'ailleurs, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) soutiennent l'initiative.  « La création de la Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique par la Banque africaine de développement change la donne, en accélérant l'accès des entreprises pharmaceutiques africaines aux technologies et au savoir-faire protégés par la propriété intellectuelle en Afrique », a déclaré Tedros Ghebreyesus, directeur général de l'OMS.

Ngozi Okonjo-Iweala, directrice de l'OMC, salue quant à elle « une réflexion et une action novatrices ». Elle estime que cette initiative « fournit une partie de l'infrastructure nécessaire pour qu'une industrie pharmaceutique émerge en Afrique ».

Ristel Tchounand
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