Centrafrique : l'industrie artisanale du diamant ne rapporte rien à l'Etat

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Une mine artisanale près du village de Sam Ouandja, dans le nord-ouest de la RCA. Dans les années 2000, la mine «employait» des Soudanais qui avaient trouvé refuge dans le village.
Une mine artisanale près du village de Sam Ouandja, dans le nord-ouest de la RCA. Dans les années 2000, la mine «employait» des Soudanais qui avaient trouvé refuge dans le village. (Crédits : Reuters)
Les pierres précieuses extraites en République centrafricaine (RCA) ne rapportent quasiment rien à l'Etat, encore moins aux artisans miniers. Pour cause, des méthodes d'extraction encore artisanales, alors qu'une bonne partie des sites d'extraction seraient aujourd'hui sous contrôle des rebelles.

Les pierres précieuses ne contribuent presque en rien aux recettes de la République centrafricaine. C'est ce qu'a affirmé le ministre centrafricain des mines et de la géologie, Léopold Mboli-Fatran. Les pierres précieuses extraites en République centrafricaine (RCA) ne rapportent «presque rien à l'Etat, et encore moins aux artisans miniers», a déclaré dimanche dernier le ministre à l'issue  d'une conférence internationale sur le diamant africain organisée à l'intention de dix pays producteurs et exportateurs par le Conseil mondial du diamant à Bruxelles.

Le cas de la RCA ne serait pas isolé, puisque les populations de plusieurs pays producteurs ne profiteraient pas suffisamment des retombées de l'extraction des pierres précieuses. Léopold Mboli-Fatran a estimé que cette situation s'explique en partie par les méthodes artisanales d'exploitation du diamant dans son pays.

Embargo sur les exportations

L'embargo imposé à la RCA est également l'un des facteurs expliquant le faible impact financier de l'exploitation du diamant en Centrafrique. Une bonne partie du pays étant sous contrôle des rebelles, le Processus de Kimberley craint qu'un tel commerce dans cette zone puisse alimenter la guerre.

Ainsi l'exportation du diamant et de l'or n'est autorisée que dans trois préfectures sur seize que compte le pays, notamment Lobaye, Mambéré Kadéï et Sangha Mbaéré, situées toutes les trois dans le sud-ouest de la Centrafrique. Mais aujourd'hui, le trafic illicite des pierres précieuses dans le pays est plus évolué que jamais.

Une enquête menée par l'ONG Global Witness a révélé que des trafiquants avancent à «visage découvert» sur les réseaux sociaux pour vendre des pierres interdites à l'exportation pour financer la guerre. Sur sept négociants composant le panel de l'ONG et dont cinq sont Centrafricains, seuls deux ont affirmé se conformer au Processus de Kimberley (Kimberley process certification sheme) dans son intégralité, lit-on dans le rapport d'enquête intitulé Une chasse aux pierres, publié le 22 mai 2017.

Le document rapporte que les cinq autres négociants se sont «vantés» d'acheminer des colis -dont un dépassant les 900 carats- vers le Brésil, la France, la Chine, Israël, le Liban, le Liberia, la Sierra Leone ou encore l'Afrique du Sud. «La nouveauté qu'apportent ces outils numériques réside dans la vitesse de création d'un réseau de partenaires et d'intermédiaires pour amener le diamant centrafricain sur le marché international. Constituer cette chaîne d'approvisionnement pouvait prendre un temps important auparavant contre quelques secondes désormais grâce aux réseaux sociaux», a souligné Aliaume Leroy, chargé de campagne à Global Witness. Selon le groupe des experts de l'ONU, 140 000 carats ont quitté illégalement la Centrafrique entre mai 2013 et fin 2014.

Pour rappel, le Kimberley process certification sheme est un régime international de certifications des diamants bruts établit en 2003 pour prévenir l'entrée sur le marché international des diamants de conflits dont le commerce finance des mouvements rebelles et leurs activités militaires pour déstabiliser des gouvernements légitimement élus.

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