Sur fond de montée en puissance de la Chine en Afrique, l'AFD quadruple ses dons

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Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, assistent lors d'une conférence de presse conjointe à Diaoyutai State Guesthouse à Beijing, en Chine, le 24 novembre 2017.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, assistent lors d'une conférence de presse conjointe à Diaoyutai State Guesthouse à Beijing, en Chine, le 24 novembre 2017. (Crédits : Reuters)
Lundi matin, l'Agence Française de Développement (AFD) a présenté son Plan d'orientation stratégique 2018-2020, en présence du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. L'AFD se recentre sur « les pays pauvres et fragiles » en particulier dans la zone du « Tout Afrique » en s'appuyant sur un nouveau logiciel qui privilégie désormais les dons aux prêts. Détails.

Simultanément à l'ouverture du sommet sino-africain à Pékin où Xi Jinping a promis plus de 51 milliards d'euros au seul continent africain, l'AFD a présenté lundi matin, ses engagements globaux qui devraient passer de 10,4 en 2017 à 14 milliards d'euros en 2019. A cette occasion, Jean-Yves Le Drian a rappelé que la politique française de développement restait une priorité hexagonale, dotée de moyens renouvelés avec « l'objectif d'atteindre 0,55% du revenu national brut à l'horizon 2022 ».

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L'aide française au développement a baissé à 0,38% du revenu national brut (RNB) en 2016 avant de s'améliorer légèrement en 2017 pour atteindre 0,43% du RNB. Un résultat qui reste loin de l'objectif mondial de 0,7% du RNB, déjà atteint par l'Angleterre et l'Allemagne.

Une fois n'étant pas coutume, c'est symboliquement au siège de l'AFD que le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, a présenté la stratégie française d'aide publique au développement (APD) à travers la redéfinition de ses partenariats, des acteurs impliqués et des moyens engagés.

« Nous sommes sur une inflexion historique » a quant à lui, déclaré Rémy Rioux, le directeur général de l'AFD, non sans rappeler que la réorganisation profonde du groupe s'était accompagnée de la création de « 500 postes supplémentaires en 2 ans », auxquels devraient prochainement s'ajouter près de 300 salariés avec l'intégration annoncée d'Expertise France. Les équipes renforcées de l'AFD devront répondre à la multiplication des projets soutenus aujourd'hui par le groupe dans plus d'une centaine de pays.

Refonte de la matrice du groupe AFD

Rémy Rioux a présenté les dimensions partenariales, sectorielles, géographiques et innovantes redéfinies par l'agence de développement qui a pris 5 engagements structurants prioritaires.

Premièrement, l'AFD veut s'imposer comme la première agence « 100% Accord de Paris » en consacrant l'intégralité de ses financements à des projets respectant les clauses de l'accord climatique. Elle se positionne ensuite comme une agence « 100% lien social » et s'engage par ailleurs, à s'appuyer sur un « développement 3 D » basé sur le triptyque : défense, diplomatie et développement. « Le nouveau logiciel d'aide au développement -devrait permettre de- crédibiliser les actions politiques et diplomatiques » de la France à l'international, selon le ministre des Affaires étrangères.

Parallèlement, l'agence française veut prioriser les solutions non souveraines en favorisant l'intervention du secteur privé. Enfin, elle tient à faire du « réflexe partenarial » son nouveau cheval de bataille et insiste sur le bien-fondé du renforcement des relations bilatérales.

L'AFD a également revu la cartographie de ses actions en définissant 3 grands espaces: les Amériques et Orients, les 3 Océans et le « Tout Afrique ».

Elle se positionne sur l'accompagnement de 6 transitions majeures: démographique et sociale, énergétique, territoriale et écologique, numérique, économique et financière et enfin politique et citoyenne.

Au niveau sectoriel, 500 millions d'euros (NDR : soit 50% de l'enveloppe additionnelle) devraient être alloués à l'éducation, la jeunesse, l'égalité femme-homme, la santé et la nutrition. « Le climat et la biodiversité, le traitement des crises et des fragilités, bénéficieront chacune d'environ 200 millions d'euros. Le solde sera consacré aux questions de gouvernance » a précisé le directeur général de l'AFD.

Jean-Yves Le Drian est revenu sur le rapport du député LREM, Hervé Berville concernant la modernisation de l'aide au développement dans lequel, apparaît une inadéquation entre les besoins recensés et les bénéficiaires des fonds alloués. Jusqu'à présent, « les pays solvables bénéficiaient de notre aide » a souligné le ministre des affaires étrangères, tandis que les pays les plus faibles demeuraient exsangues. Une tendance qui pourrait bientôt évoluer: « on a augmenté la part des dons tout en baissant celle des prêts » a annoncé Rémy Rioux. Il s'agit d'une augmentation substantielle puisque les dons passeront de 300 millions d'euros à 1,3 milliard d'euros dès 2019.

L'AFD dans une logique du « Tout Afrique »

Dans sa nouvelle stratégie de développement, l'Afrique reste au centre des priorités françaises. Jean-Yves Le Drian a souligné les « choix géographiques assumés », de « l'Afrique en particulier ». Pour en finir avec la parcellisation géographique des opérations africaines, l'AFD a décidé de s'intéresser au continent dans son ensemble. « Nous sommes la seule agence à ne pas diviser l'Afrique en 2 » se félicite Rémy Rioux, rappelant la symbolique frontière entre les pays francophones et anglophones.

Aux questions sécuritaires qui pourraient freiner les projets de développement dans la zone sahélo-saharienne, le ministre répond que l'Alliance Sahel a récemment démontré une certaine « efficacité et une rapidité de mise en œuvre » ainsi qu'une « bonne synergie entre les acteurs (...) l'appel politique lancé en juillet dernier a été entendu et relayé ». Aussi, malgré les limites de l'alliance militaire sahélienne, comme en témoigne la régularité des attaques terroristes dans la sous-région, le ministre parie sur l'avenir : « C'est vrai qu'il y a encore des problèmes de sécurité au Sahel » néanmoins, en dépit « d'une situation sécuritaire non réglée, nous voulons passer rapidement à l'opérationnalisation de nos projets (...) A Mopti (NDR : nord du Mali) nous avons lancé un projet, ACTIF, de 10M€, consacré à la formation et à l'insertion professionnelle qui concerne 3.000 personnes dont 50% de femmes (...) des activités se développent dans la région - grâce à l'appui de - partenaires locaux et d'ONG comme Handicap international.» Et, de rappeler qu'avec l'Alliance Sahel et son budget de 7,5 milliards de dollars destinés à plus de 500 projets de développement, la région devrait avancer sur la voie d'une résolution de crise... Sans oublier que la part des engagements au Sahel est en passe d'augmenter de façon significative avec l'enveloppe additionnelle d'1 milliard d'euros promise par Emmanuel Macron, dès l'année prochaine. « L''Afrique et les pays les moins avancés seront les premiers bénéficiaires, notamment l'ensemble Sahel qui est essentiel !», a d'ailleurs rappelé Jean-Yves Le Drian.

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