Soudan : le régime el-Bechir de nouveau ébranlé par des émeutes de la faim

Depuis près d’une semaine, le Soudan vit au rythme de manifestations, parfois violentes, qui ont fait déjà plusieurs morts. La population manifestait au début contre la hausse des prix de certains produits de première nécessité, avant que le mouvement ne s’étende à une véritable fronde contre le régime d’Omar el-Bechir, qui tente de reprendre la main.
(Crédits : Reuters)

La journée de ce lundi 24 décembre a été relativement calme dans les rues de Khartoum, la capitale du Soudan, mais les tensions restent vives comme c'est le cas depuis le 19 décembre dernier, le jour où de violentes manifestations ont commencé à secouer plusieurs villes du pays.

Tout comme dans les autres grandes villes du pays, les forces de l'ordre quadrillent la ville où écoles et universités ainsi que des commerces sont fermées. La veille, par exemple, la police a dû faire usage de gaz lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants, qui ont profité d'un match de football à Omdurman, ville située près de la capitale, pour essayer de s'infiltrer à Khartoum où ils entendaient poursuivre leur grogne contre le régime du président Omar el-Bechir.

C'est la cinquième journée de protestations d'une partie de la population qui s'insurge contre la hausse des prix, la pénurie de produits de première nécessité ainsi qu'une inflation galopante.

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Des tensions qui ont fini par s'exacerber et à déboucher sur de violentes manifestations dans plusieurs villes, poussant les autorités à déclarer l'état d'urgence et le couvre-feu dans plusieurs États. Selon le gouvernement, les émeutes ont déjà fait 12 décès, (22 selon l'opposition) et de nombreux blessés.

Conjoncture difficile

Depuis quelques mois, le Soudan est confronté à une nouvelle crise économique qui se traduit par une inflation qui frôle les 70%, la dépréciation de la livre soudanaise face au dollar et la pénurie observée sur les principaux marchés du pays, le mouvement risque de s'amplifier d'autant que plusieurs autres organisations socioprofessionnelles, s'apprêtent à se greffer à la contestation générale.

Face à cette situation, les autorités usent de la carotte et du bâton pour étouffer cet embryon de « révolution du pain », qui n'est pas le premier du genre dans le pays, ces dernières années.

Aux manifestants qui s'en prennent aux symboles du régime notamment les locaux du Congrès national (le parti au pouvoir), la police a procédé à plusieurs arrestations notamment dans les rangs de l'opposition.

La situation a failli dégénérer samedi 22 décembre dernier dans plusieurs villes, obligeant le gouvernement à annoncer une série de mesures pour atténuer le vent de contestation qui secoue le pays.

Alors que le gouvernement se préparait à la commémoration du 63e anniversaire de l'indépendance du pays, le premier ministre Ahmed Saad Omar, est intervenu dans les médias publics pour réitérer la volonté des autorités de résoudre la crise économique à travers une série de mesures qui seront bientôt annoncés.

Avant-goût ?

Il a en ce sens plaidé pour maintenir la stabilité et la sécurité du pays, appelant les manifestants à respecter les biens publics. Des partis d'opposition ainsi que des ONG internationales, comme Amnesty International, ne cessent de presser les autorités soudanaises « d'arrêter les tirs injustifiés contre des manifestants désarmés », ainsi que « l'utilisation excessive de la force ».

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Les tensions sont si vives que la situation inquiète plusieurs pays comme le Koweït qui a appelé ses ressortissants à quitter le pays, ce qui a été mal perçu par le gouvernement soudanais qui n'a pas manqué de réagir en convoquant l'ambassadeur du Koweït au Soudan afin qu'ils s'expliquent sur cette décision.

Au pouvoir depuis 1989, Omar el-Bechir, vit son énième fronde sociale. En poste jusqu'en 2020, il pourrait encore rempiler à la suite de l'adoption par le Parlement, d'un amendement constitutionnel destiné faire sauter la limitation des mandats comme c'est le cas actuellement.

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