Manifestations au Soudan : le pain de la discorde

Depuis bientôt un mois, le régime d’Omar Béchir fait face à une multiplication des manifestations contre la hausse des prix. Les longues files devant les boulangeries soudanaises, alimentées par une inflation du prix de la farine, se sont transformées en « émeutes du pain », violemment réprimées. Dans un pays atteint du marasme économique, le régime vacille et manque de peu de se faire rouler dans la farine d’une révolution.
Ibrahima Bayo Jr.
(Crédits : Reuters)

« Non à la faim! ». « Non aux prix élevés! ». Malgré le brouillard de lacrymogènes de la police anti-émeute, les manifestations ont encore battu le pavé ce mercredi 17 janvier dans les rues d'Omdurman, la plus grande ville du pays, située sur le Nil. Depuis le début de l'année, la contestation ne faiblit pas et la rue ne cesse de faire tempêter sa colère.

La farine qui a mis le feu aux poudres

Les longues files observées devant les lieux de vente de pain, se sont finalement transformées en émeutes que les forces de sécurité soudanaises répriment sans états d'âme. Khartoum, Al-Damazine, Nyala, Sennar, Geineina et aujourd'hui Omdurman, la protestation contre la hausse des prix des denrées de première nécessite s'est répandu comme une traînée de poudre.

Une contestation qui trouve son origine dans la décision des autorités soudanaises de suspendre les compensations publiques des produits pour s'inscrire dans le plan d'austérité du Fonds monétaire international (FMI). Mais la privatisation de l'importation des céréales dont le blé -le Soudan en consomme 2,6 millions de tonnes par an pour une production d'à peine 500.000 tonnes- a sans doute été la graine qui a "allégé" le poids du pain, négocié au triple de son prix.

Depuis le début de la contestation, des manifestations quasi-quotidiennes, presque des « émeutes du pain » se font à l'appel de l'opposition. Les étudiants des universités soudanaises qui mènent une véritable intifada contre la police, ont été rejoints par les commerçants qui pestent contre l'épuisement des stocks. En face, la répression fait craindre le retour des émeutes de 2016 ou celles plus meurtrières de 2013.

Vers la "révolution du pain?

Ce mercredi, Mokhtar al-Khatib, le président du Parti communiste (PC) a été arrêté par des éléments du Service national du renseignement et de la sécurité (NISS, services secrets). Une étincelle de plus...

En plus du pain, l'essence, l'électricité ont connu une augmentation spectaculaire des prix avec une inflation qui effleure les 40% et une livre soudanaise, dévaluée après une apnée face au dollar. Le régime, plus occupé aux investissements dans la sécurité que dans l'éducation ou santé, a bouclé son budget 2018 avec beaucoup de retard. Plus que jamais, l'économie soudanaise est à la recherche d'un nouveau souffle.

Amputé de sa production pétrolière depuis la sécession en 2011 du Sud-Soudan, Khartoum n'a pas ramassé les retombées de la levée partielle en 2017, des sanctions américaines. En crise avec ses voisins comme l'Egypte et l'Érythrée, le regard sans doute légèrement (ou totalement) détourné d'alliés comme l'Iran, les Emirats Arabes Unis ou encore l'Arabie Saoudite, Khartoum surfe sur les rivalités entre puissances pour remplir ses caisses avec le plus offrant.

Désormais, l'espoir d'Omar El Béchir, au pouvoir depuis 1989, est placé en la Turquie de Reccep Tayyip Erdogan. La visite de fin décembre du président turc s'est soldée par la promesse d'un gros chèque d'investissement pour lequel Khartoum a cédé pour 99 ans, l'île de Suakin qui devrait abriter une base militaire turque. Mais les promesses tardent à arriver, poussant le Soudan à jouer la carte du rapprochement avec l'Ethiopie. Pendant ce temps, le régime vacille face à la colère de la rue qui pense peut-être déjà à « la révolution du pain ».

Ibrahima Bayo Jr.
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