Le camp de Khalifa Sall active ses réseaux et organise la riposte

 |   |  1079  mots
(Crédits : Reuters)
« Mobilisation ! » Le mot est sur toutes les lèvres des membres de la garde rapprochée de Khalifa Sall qui s’active depuis que leur champion a été écroué. La fatigue est visible, les visages sont tendus et la paranoïa guette les partisans du maire de Dakar qui communiquent désormais exclusivement grâce au réseau sécurisé « Telegram ». La Tribune Afrique vous amène au cœur de la riposte de « Khaff », tel que le surnomment ses compatriotes.

Khalifa Sall a passé sa 72ème heure dans le confort rudimentaire de la Chambre spéciale de la célèbre prison urbaine de Rebeuss. Cela fait aussi trois jours que les troupes du maire de Dakar ne dorment plus. Leurs yeux rougeoyants et cernés portent encore les stigmates du manque de sommeil de ces trois dernières nuits, sans doute les plus longues de l'année.

Une riposte "à la hauteur de l'affront"

Avec la perspective des législatives de juillet 2017, les ambitions du maire de Dakar de réitérer son exploit de 2012 - se faire réélire avec une liste dissidente du Parti Socialiste - viennent de se fracasser brutalement sur les grilles de la prison de Rebeuss. En politicien madré, le maire socialiste ne le sait que trop bien, la bataille ne sera pas que judiciaire. Elle sera d'abord politique et médiatique.

Pour mener la contre-offensive face à ce qu'il dénonce comme une « cabale pour limiter ses ambitions politiques », le camp de Khalifa Sall a ainsi sonné la mobilisation des troupes. Les officiers de "Khaff" s'expriment à la moindre caméra allumée et au plus petit micro tendu par les journalistes. Leurs téléphones surchauffés par les appels aux personnalités influentes dans le pays comme à l'international guettent le moindre soutien. En temps de guerre, aucun allié n'est assez petit.

A la manœuvre pour la contre-attaque politique, Moussa Taye, le corrodant conseiller politique du maire de Dakar a soufflé dans la trompe de la mobilisation. « Sur le plan politique, il y aura une riposte à la hauteur de l'affront », promet-il au camp d'en face. « Nous sommes en train d'étudier toutes les stratégies à déployer avec la dynamique à laquelle appartient Khalifa Sall. Ses militants, ses sympathisants, ses parents, ses amis se réunissent pour organiser la riposte politique à apporter dans cette affaire », confie-t-il à La Tribune Afrique entre deux dodelinements, symboles de ses nuits blanches.

Déterminé à livrer bataille, c'est donc depuis sa cellule de Rebeuss que Khaff va déclencher la riposte en s'appuyant sur un dispositif dont l'écheveau prend forme petit à petit. Le maire de Dakar compte d'abord s'appuyer sur ses réseaux dont les accointances sont directement branchées sur les prescripteurs religieux. Moustapha Sy, l'influent membre de la puissante confrérie musulmane Tidiane lui aurait déjà assuré son soutien tout comme « toutes les confréries religieuses éprises de justice et de démocratie dans ce pays », complète ce proche collaborateur du maire.

 De quels soutiens dispose "Khaff" ?

Jusque dans les rangs de l'opposition, Khalifa Sall veut renforcer son arsenal en préparation de sa réplique. Il est désormais assuré du soutien de plusieurs leaders de l'opposition sénégalaise notamment du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l'ancien président Abdoulaye Wade et du front « Wattù Sénégal ».

Mais la guerre des alliances a pris une envergure internationale. Secrétaire général de l'Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) et président de Cités et gouvernements locaux unis d'Afrique (CGLUA), Khalifa Sall a reçu le soutien de l'organisation mondiale « Cités et Gouvernements locaux unis » (CGLU), appelée en renfort par ses conseillers de l'ombre.

Alors pour s'assurer que personne ne puisse connaître les ressorts de la contre-attaque, les troupes de Khaff ont verrouillé leur système de communication, incluant les  « informations stratégiques et sensibles ». Depuis 3 jours, leurs communications ne se font plus par les réseaux classiques que sont les lignes GSM. Elles passent depuis l'inculpation et l'incarcération de leur chef par le réseau ultra-sécurisé « Telegram ».

L'enjeu est en effet de taille, car cette bataille politique annonce une guerre acharnée dans les prétoires, menée par un collège d'avocats au sein duquel on retrouve le tonitruant Me El Hadji Diouf, avocat connu pour son bagout et sa verve tranchante. Pour affiner les plaidoiries qui vont arpenter les couloirs du Palais de justice de Dakar, « plusieurs cabinets d'avocats étrangers parmi les plus éminents se sont constitués librement et se sont proposés, sans frais, pour défendre M. Khalifa Sall », confie une source proche du dossier.

Le début de la guerre de positionnement pour la présidentielle

Des avocats français pour internationaliser le combat de Khalifa Sall ? Dans la confidence, certaines sources au fait du dossier signalent la présence d'un ancien avocat de Karim Wade dans le comité de défense. De quoi contribuer à conjurer la guillotine de l'article 152 du code pénal ? Ce dernier pend au-dessus de la tête du maire avec une liste de chefs d'inculpation longue comme un roman de Balzac.

« En tant que personne investie d'un mandat public, le Maire Khalifa Sall risque une peine d'emprisonnement comprise entre 5 et 10 ans, à condition que sa culpabilité soit établie », analyse Me Abibatou Samb-Diouck, avocate pénaliste dont le cabinet est basé à Dakar.

« Je conteste formellement avoir jamais détourné le moindre denier public. Je suis un ordonnateur de crédits et non un comptable public, de sorte qu'il ne peut m'être demandé la production de justificatifs de dépenses », s'est défendu le maire de Dakar dans un communiqué de 4 pages livré à la presse avant son incarcération.

Une défense qui se veut ferme face à des accusations de détournements présumés qui auraient été effectués via un système de fausses factures supposées, d'une somme de 1,8 milliard de FCFA issus de la caisse d'avance municipale.

« Les Sénégalais sont quand même restés sur leur faim. Le maire n'a pas trop convaincu suite à ses séances d'explications sur l'affaire de cette caisse d'avance dans laquelle, il y va de sa survie politique », fait remarquer la journaliste politique sénégalaise Bineta Diallo, jointe par La Tribune Afrique.

A quatre mois des élections législatives, Khalifa Sall fait face aux premiers crocs-en-jambe sur la route qu'il s'était tracée pour conduire sa propre liste, dissidente du soutien affiché au pouvoir par le Parti socialiste (PS) d' Ousmane Tanor Dieng.

Ces législatives- dont les listes doivent être clôturées fin mars en pleine instruction de son affaire- devaient constituer la jauge de sa cote de popularité pour se positionner pour la présidentielle de 2019. Une perspective qui semble désormais bien lointaine, même si la politique sénégalaise de même que le calendrier judiciaire savent réserver parfois des surprises inattendues.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :