Coopération Sud-Sud en matière de télémédecine : le partage de l'expérience ivoirienne dans la prise en charge des maladies cardio-vasculaires

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(Crédits : DR.)
Dans cette tribune, Dr Florent Diby, cardiologue, revient sur un projet de télécardiologie lancé en Côte d'Ivoire et présenté lors d'un symposium organisé par la Fondation Saham, le 6 juillet à Casablanca, sur le thème de la télémédecine.

La télémédecine en pratique : quels enjeux pour quels bénéfices ?

La télémédecine n'est pas en soit une pratique nouvelle. De tout temps, les médecins ont eu tendance à échanger les dossiers et demander des avis à leurs confrères. Toutefois, ce qu'apporte la télémédecine c'est la structure de cet échange existant entre médecins, en l'organisant et en faisant en sorte que la responsabilité médicale soit au cœur de cette pratique.

La télémédecine responsabilise et structure la pratique de la médecine à distance

Un projet de télémédecine est, avant tout, un projet médical. En cela, il répond à un besoin de pouvoir offrir des soins de qualité de manière équitable à une population donnée. La télémédecine offre plus d'accessibilité que ce soit d'un point de vue économique, social ou encore géographique à une population donnée par rapport à une problématique de santé observée.

La télémédecine n'est, certes, pas une pratique nouvelle. Toutefois, elle utilise les technologies de l'information et de la communication (TIC) et introduit une nouvelle manière de travailler. Tout cela fait de la télémédecine une pratique relativement récente qui nécessite un accompagnement et une formation de tous les acteurs afin que tous parlent le même langage, celui de la médecine de notre époque.

Aspects juridiques et réglementaires de la télémédecine

Les différents décrets, que ce soit le décret français ou le décret ivoirien, distinguent cinq actes différents qui sont reconnus comme des actes de télémédecine : la téléconsultation (médecin qui consulte à distance un patient à travers une visio-conférence), la téléexpertise (relation de médecin expert à médecin généraliste ou non-spécialiste), la téléassistance (assistance d'un professionnel non-médical par un professionnel de santé médical dans un acte de santé), la télésurveillance (surveillance à distance de paramètres biologiques ou cliniques de patients), le téléconseil (réponse à distance à une urgence).

La télémédecine se fait en ayant, au préalable, obtenu le consentement éclairé du patient. Tout acte de télémédecine ne se fait qu'après avoir obtenu l'accord du patient. Le patient doit, par ailleurs, comprendre qu'il n'est plus dans la relation directe physique médecin/patient.

Ainsi, la télémédecine vient renforcer la sécurité et la protection des données ainsi que les précautions prises pour que le secret médical ne soit pas divulgué ; accentuant donc la confiance du patient dans la relation médecin/patient.

Tel qu'évoqué lors de la conférence organisée par La Fondation Saham sur le thème de la télémédecine le 6 juillet à Casablanca et à laquelle j'ai eu le grand plaisir de participer, la législation ne vient pas contraindre les médecins, mais elle vient, au contraire, faciliter, encadrer et accompagner le processus de télémédecine.

La télémédecine : un énorme potentiel pour les pays d'Afrique subsaharienne

Il y a de nombreuses similitudes entre les pays au nord du Sahara et les pays d'Afrique subsaharienne. En effet, ces pays souffrent d'une pénurie en ressources humaines, mais également d'une pénurie en ressources techniques permettant une prise en charge correcte des patients, et cela dans toutes les spécialités.

La télémédecine apparaît alors comme un moyen d'utiliser le peu de ressources humaines disponibles pour essayer de toucher le plus grand nombre.

En outre, au-delà du service médical rendu, la télémédecine permet d'augmenter le pouvoir d'achat des patients n'ayant plus à se déplacer et à parcourir de grandes distances pour réaliser des examens et avoir l'avis d'experts ; ces patients restant chez eux et bénéficiant de cet avis.

Enfin, la mortalité maternelle et infantile est un vrai drame pour les pays d'Afrique subsaharienne. Aussi, des réflexions sont menées pour que la télémédecine permette de faire face à cette problématique.

Comment la télémédecine a contribué à la prise en charge de patients atteints de maladies cardiovasculaires en Côte d'Ivoire

En Côte d'Ivoire, un projet de télécardiologie a été élaboré. Ce projet est né de la constatation que, au lendemain de 10 années de guerre, toutes les régions du nord, du centre et de l'ouest n'arrivaient pas à prendre correctement en charge les patients souffrant de problèmes cardiaques. Il y avait donc un surcoût d'activité vers les centres du sud qui étaient débordés par ce flux de patients. La télémédecine est venue, en Côte d'Ivoire, répondre à ce besoin-là.

Ce projet permet aux médecins de faire de la cardiologie à distance à partir d'un pool relativement restreint de spécialistes de cardiologie au CHU de Bouaké (centre de la Côte d'Ivoire). A partir de ce CHU, 10 centres ont pu, dans un premier temps, être assistés en matière de problèmes cardiologiques. Après trois années d'activité, 6 000 dossiers ont pu être téléexpertisés.

Aujourd'hui, forts du soutien du gouvernement français, 10 autres centres vont pouvoir être intégrés après sélection et formation. Ces 20 sites au total vont bénéficier de cette expertise et permettre d'améliorer la couverture sanitaire en matière de cardiologie en Côte d'Ivoire.

Au-delà de l'utilisation des TIC, ce projet va intégrer de l'intelligence artificielle (IA). En effet, l'IA va permettre de classer d'emblée les électrocardiogrammes reçus en fonction du niveau de gravité (normal, semi-normal, urgent) améliorant ainsi le pronostic vital des patients. Ce projet a, par la suite, vocation, sur la volonté du Ministère de la Santé ivoirien, d'être étendu à tous les Etablissements sanitaires de premier contact (ESPC).

Il faut le dire clairement, la télémédecine n'est pas en mesure de répondre à toutes les problématiques de santé. Cependant, elle peut considérablement améliorer l'accès aux soins notamment pour certaines populations d'Afrique subsaharienne comme d'Afrique du Nord vivant encore dans des zones reculées et n'ayant pas accès aux examens les plus basiques.

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