Présidentielle au Sénégal : alea jacta est, place au vote

Vendredi soir, la campagne présidentielle a officiellement pris fin au Sénégal. Les électeurs se rendent aujourd’hui, dimanche 24 février, aux urnes, pour élire leur prochain chef d’Etat. Dans les rues de la capitale, les candidats ont maintenu leurs efforts dans la course à la présidence jusqu’au dernier moment. Désormais, c'est aux Sénégalais de faire leur choix...

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(Crédits : Reuters)

«Il ne peut pas y avoir de combat, car il n'y a pas photo», a déclaré confiant le président sortant, vendredi au stade Léopold Sedar Senghor de Dakar, face à plusieurs milliers de partisans tandis qu'Ousmane Sonko achevait sa campagne dans les banlieues dakaroises et qu'Idrissa Seck battait le pavé du côté de la place de l'Obélisque.

Si Dakar est depuis quelques jours au centre de l'attention, avec ses 1 687 826 électeurs recensés (soit 1 électeur sur 6), la campagne présidentielle s'est largement tenue dans les provinces sénégalaises, sans déchaîner les passions... «Rien ne se passera» assure Macky Sall, en réponse aux menaces de sabotage du scrutin de l'opposition, précisant que l'Etat maintiendra l'ordre dans le pays. La crainte d'un échauffement des esprits s'éloigne, les débordements de Tambacounda du 11 février dernier, qui ont fait 3 victimes, relevant davantage d'une discorde qui aurait mal tournée, que d'une véritable confrontation politique. De plus, Abdoulaye Wade semble avoir calmé ses ardeurs et a stoppé ses déclarations incendiaires, depuis son retour de Conakry...

Ce sont donc 6 683 043 électeurs répartis dans les quelque 15 397 bureaux de vote qui sont attendus aujourd'hui aux urnes, tandis que 8 000 policiers seront réquisitionnés pour assurer la sécurité et le bon déroulement du scrutin. Dès vendredi, un couvre-feu a été instauré à minuit et ce, jusqu'à ce dimanche. Quant à ceux qui voudraient se déplacer hors de la capitale demain, ils devront présenter «patte blanche», munis d'un laissez-passer.

Dakar sonne le glas de la campagne électorale

Malgré une campagne en demi-teinte à Dakar, c'est néanmoins dans l'effervescence qu'elle s'est achevée hier soir dans la capitale, redynamisée par les meetings des grands favoris et chacun se disait encore confiant à J-2 du «D-Day».

La capitale a vibré au son des tambours et des chants de supporters. Dès 17h, les partisans d'Idrissa Seck s'étaient donné rendez-vous place de l'Obélisque, non loin du point de rencontre du concurrent Issa Sall, du Parti de l'Unité et du Rassemblement (PUR). Aucune échauffourée à signaler, les véhicules de campagne du PUR de couleur vert-sombre, ont traversé la « marée orange » des partisans d'Idrissa Seck du Rewmi dans une ambiance « bon enfant », au son des klaxons et des vuvuzela. Les partisans des camps opposés se saluent avec enthousiasme: «On leur fait signe et on se salue parce que finalement, nous sommes tous des Sénégalais et nos candidats sont tous les deux opposés à Macky Sall», explique Mame-Coumba, 32 ans ralliée à Idrissa Seck après l'éviction de son candidat, Khalifa Sall.

A la nuit tombée, plusieurs centaines de supporters du candidat Seck sont arrivés au point de rendez-vous.

«Macky a fait de bonnes choses à Thiès où il a aidé les cultivateurs mais il fait aussi des affaires à Dubaï et il a gaspillé l'argent des Sénégalais», déplore Mariam, la cinquantaine, à la tête d'une petite entreprise qui emploie une douzaine de personnes. «Il a construit l'autoroute jusqu'à Touba et le train aussi... mais pour moi, ça ne suffit pas», déclare Omar 18 ans, qui votera dimanche pour la première fois. «Je pense que ça va être dur de le battre», concède le jeune homme. «J'aurais bien voté Sonko s'il n'était pas si radical. Mais avec lui, beaucoup trop de choses changeraient. Les femmes ne pourraient même plus porter de pantalon par exemple et tout ça ne me plaît pas», poursuit le lycéen.

Un changement de paradigme

Alors que Sonko -la révélation de cette campagne-, pourrait créer la surprise avec un score significatif et s'installer durablement dans le paysage politique sénégalais, Idrissa Seck, candidat pour la troisième fois aux présidentielles, pense quant à lui, que son heure venue...

Khalifa Sall et Karim Wade écartés, Macky Sall se retrouve aujourd'hui, dans une situation relativement confortable, en l'absence de poids lourds de la politique sénégalaise, hors Idrissa Seck, d'autant que le jeune Sonko qui galvanise les foules, inquiète autant qu'il séduit. Par ailleurs, le président sortant reste populaire dans les campagnes où les populations manifestent régulièrement leur soutien à celui qui leur a permis de disposer de soins gratuits...

Quant à Abdoulaye Wade, il a récemment modéré ses positions, renonçant in fine, à mobiliser les foules autour d'une marche de contestation pacifique ce dimanche. «Je ne voterai pas le 24 février 2019» a-t-il déclaré. «Gorgui» le stratège préparait-il la prochaine échéance présidentielle de 2026 pour son fils Karim, aujourd'hui à Dubaï, loin du tumulte électoral ?

Une stratégie en 3 temps : de la volonté de blocage du processus électoral à l'absence de consigne de vote, en passant par la mobilisation des acteurs extérieurs, il se murmure dans les faubourgs de Dakar, que «Ndombor» (le lièvre en wolof, autre surnom donné à Abdoulaye Wade), se serait entretenu avec Macky Sall, depuis son retour de Guinée. Celui qui avait un temps appelé les foules à se mobiliser pour dénoncer les conditions du scrutin, apparaît résigné... Compterait-il sur une amnistie négociée en coulisse le cas échéant, pour permettre à Karim Wade de se présenter en 2026 ?

Par ailleurs, en cas de victoire de Macky Sall ce soir, ce serait son dernier mandat, alors qu'un nouvel arrivant au palais présidentiel pourrait durablement menacer les chances de succès de Karim Wade à la magistrature suprême lors des prochaines présidentielles. Les Sénégalais ont pour habitude électorale de reconduire leur président pour un second mandat et 10 ans : c'est long, y compris pour le « fils prodigue » d'Abdoulaye Wade, âgé aujourd'hui de 50 ans.

Quoi qu'il en soit, cette élection reflète un profond changement dans le paysage politique sénégalais qui devra cette année, se passer du PDS (le parti de Wade) mais également du parti socialiste (PS), lequel avait géré le pays entre 1960 et 2000 sous Senghor et Diouf. Le PS a fait savoir par l'intermédiaire d'Ousmane Tanor Dieng, qu'il soutiendra la candidature de Macky Sall (ancien socialiste lui-même).

Serait-ce la fin des idéologies en terre sénégalaise ? C'est en tous cas le point de vue de Monsieur Diop, 62 ans, militaire à la retraite, vêtu d'un boubou blanc étincelant, venu en voisin hier soir, sur la place de l'Obélisque : «Je suis venu traîner par ici par curiosité. Tout ce qu'ils disent, je n'y crois pas ! Il n'y a plus d'idéologues comme Lumumba ou Sankara donc je ne voterai pas dimanche». Reste à attendre les résultats définitifs afin de mesurer le poids de l'abstention chez les Sénégalais qui, tout comme Monsieur Diop, ne se reconnaîtraient dans aucun des cinq candidats en lice pour la magistrature suprême.

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