CACAO : en conclave à Abidjan, les pays producteurs veulent braver la crise

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(Crédits : Reuters)
Les représentants des 51 pays membres de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) sont en conclave à Abidjan pour faire face à la persistance de la baisse des cours. Principalement affectés par la crise que connait la filière, les pays africains comptent désormais agir sur le marché de l’offre afin de contrôler l’évolution des prix et ainsi contenir la spéculation qui explique en grande partie l’effondrement des cours.

L'enthousiasme qui a marqué la cérémonie d'inauguration, le 25 avril à Abidjan, du nouveau siège de l'Organisation internationale du cacao (ICCO), est en partie trompeur. Il est vrai que le déménagement du siège de l'organisation internationale qui était basée depuis 1973 à Londres, l'une des principales places boursières de négoce du cacao, est un événement qu'il convient de célébrer à sa juste valeur mais la crise que connait le secteur depuis presque six mois n'est pas propice à la fête. En cause, la crise que connait la filière à la suite de l'effondrement des cours de la fève qui ont accusé une baisse de 30% sur les six derniers mois selon l'ivoirien Jean Marc Anga, le directeur exécutif de l'ICCO.

La situation n'a pas manqué d'impacter lourdement les comptes des principaux pays exportateurs notamment les pays africains qui concentrent près de 73% de la production mondiale. En Cote d'Ivoire, premier producteur mondial et où la filière représente 15% du PIB et 50% des recettes budgétaires, l'impact de cette baisse a engendré une véritable crise socioéconomique ayant déjà imposé au gouvernement une relative cure d'austérité qui s'est traduite déjà par une réduction de 10 % des dépenses d'investissements prévues cette année. Au Ghana, deuxième producteur mondial de la fève, la situation économique est également assez critique tout comme au Cameroun, un autre exportateur important du continent.

Quelques jours avant la rencontre annoncée comme décisive d'Abidjan, l'agence Moody's a déjà alerté sur la pression que la morosité du marché fait exercer sur l'économie des deux principaux pays exportateurs, même si les mesures d'urgences prises par les gouvernements et la dynamique des autres leviers de croissance de la Côte-D'ivoire et du Ghana, ont permis d'enrayer significativement les répercussions de la crise sur leurs situations internes respectives.

« La baisse de 30% des prix du cacao exercera une pression sur toutes les parties prenantes du secteur du cacao, en particulier la Côte d'Ivoire et le Ghana, par le biais du compte courant, des circuits économiques. Cela dit, les prix minimaux de la ferme ont protégé les agriculteurs en Côte d'Ivoire des fluctuations à court terme des prix, tandis que le secteur pétrolier en plein essor du Ghana contribuera à compenser l'impact sur son profil de crédit », avait alors estimé Aurélien Mali, le  vice-président de Moody's dans une note d'analyse conjoncturelle publiée il y a quelques jours par l'agence de notation internationale.

Les deux pays ont d'ailleurs pris les devants en décidant de coordonner leurs efforts afin de mieux faire face à la situation et ainsi sauvegarder l'intérêt de leurs producteurs locaux contre les fluctuations des marchés. De l'avis de plusieurs analystes, la spéculation sur les prix, qui expliquent en grande partie la baisse engendrée ces six derniers mois.

Sommet de crise

C'est donc sous de mauvaises auspices que se tient, du 24 au 28 avril dans la capitale économique ivoirienne, la 95e session de  l'ICCO à laquelle prennent part les représentants des 21 principaux pays producteurs de cacao parmi lesquels 10 Etats africains ainsi que ceux des 29 principaux importateurs mondiaux à savoir les 27 pays membres de l'Union européenne (UE) auxquels s'ajoutent la Suisse et la Russie.

A l'ordre du jour et conformément à la mission de l'organisation, les voies et moyens devant permettre de contenir la dégradation des prix surtout avec une nouvelle hausse de la production attendue à l'issue de la campagne en cours ainsi que le développement d'une économie durable pour la filière. Comme pour les pays membres de l'OPEP qui se sont entendus sur plusieurs points en fin décembre dernier pour redonner des couleurs aux cours du baril du pétrole, les membres de l'ICCO entendent adopter des décisions destinées à assurer des prix équilibrés pour les producteurs, en atténuant l'impact de la spéculation sur l'évolution des cours et par la même occasion instaurer plus de transparence sur le marché mondial du cacao. L'enjeu est de taille pour les pays africains et surtout pour les plus grands producteurs comme la Cote d'Ivoire ou les autorités insistent sur la transformation locale de la production afin de mieux profiter de cette ressource qui pèse 3% du PIB mondial. Selon l'objectif qu'il s'est fixé à l'horizon 2020, le président ivoirien Alassane Dramane Ouatarra entend transformer localement au moins un tiers de la production locale de cacao en chocolat et produits dérivés.

« On ne peut plus se contenter d'être simplement producteur de cacao ». Amadou Gon Coulibaly, premier ministre de la Cote d'Ivoire

L'ICCO s'inscrit dans cette dynamique  qui vise à soutenir la transformation industrielle locale des productions africaines. A Abidjan, une série de résolutions ont été adoptées au cours du conclave même si les principales mesures envisagées n'ont pas encore été rendues publiques. « Nous sommes tombés d'accord sur la production, et nous devrons davantage faire la promotion de la transformation et de la consommation au niveau local. Et nous devrons également regarder vers les marchés émergents » s'est juste bornée à déclarer à la presse,  le président du conseil de l'ICCO Luis Valverde.

« Il est nécessaire  de nous mettre ensemble pour adopter des stratégies efficaces pour résoudre les problèmes du cacao ». Luis Valverde, président du conseil de l'ICCO.

Pour le directeur exécutif de l'organisation, le rapatriement du siège de l'ICCO de Londres à Abdijan, s'inscrit également dans cette démarche. «A travers cette  implantation dans un pays producteur, nous voulons offrir un meilleur accès à l'information sur le monde du cacao et relever les opportunités qui existent dont les pays producteurs pourraient bénéficier » a souligné Jean Marc Anga, en marge de la rencontre d'Abidjan.

 « Notre objectif est d'améliorer la transparence du marché du cacao en fournissant aux pays membres des études, analyses et statistiques sur le cacao, ainsi que des prévisions sur l'offre et la demande mondiale ». Jean Marc Anga, directeur exécutif de l'ICCO.

En attendant les résultats de la nouvelle stratégie de l'ICCO qui risquent de prendre du temps, la délocalisation du siège de l'ICCO dans le premier pays producteur mondial de fèves de cacao est considérée par le marché comme une juste réparation des choses. La décision était du reste  envisagée depuis 2001 mais a été suspendue à la suite de la crise politique et sécuritaire qu'a connue la Cote d'Ivoire depuis et jusqu'en 2010. Selon certaines sources, l'amélioration de la situation mais surtout les avantages offerts par les autorités ivoiriennes dans le nouvel accord de siège paraphé avec l'ICCO, a accéléré le déménagement de son siège mondial sur le sol ivoirien.

 Le conclave d'Abidjan devrait en tout cas finir sur une bonne note puisqu'en  plus de la convergence des points de vue et des résolutions prises pour faire face à la crise, les prévisions s'attendent à un rebond, à court et moyen terme, des cours en raison d'un regain de la demande mondiale portée par celle de la Chine. La Cote d'Ivoire s'attend également à une production record au sortir de la campagne en cours. Des signes d'embellie pour le marché même s'il est encore tôt pour pousser un ouf de soulagement surtout que l'impact de la crise prendra du temps à se résorber.

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