Côte d'Ivoire  : le cacao équitable est-il rentable  ?

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En Côté d'ivoire, les agriculteurs certifiés n'ont pu écouler que des volumes réduits de leur production.
En Côté d'ivoire, les agriculteurs certifiés n'ont pu écouler que des volumes réduits de leur production. (Crédits : Reuters)
Les producteurs ivoiriens de cacao se lancent de plus en plus dans la culture bio, sous l'étiquette du commerce équitable. Présenté comme l'une des solutions aux problèmes du secteur, ce mode de production a montré ses limites, mais reste un solide outil dans la structuration de la filière.

Premier producteur mondial de Cacao, la Côte d'Ivoire a récolté plus de 2 millions de tonnes au terme de la campagne 2016-2017, selon les chiffres de l'instance ivoirienne de régulation du secteur, le Conseil café-cacao (CCC). Ce chiffre reflète une surproduction qui s'est accompagnée d'une baisse du prix du cacao à 700 Fcfa le kilo, soit 1,07 euros, aggravant également la déforestation du pays. L'une des alternatives souvent proposées pour une culture durable du cacao est la promotion des produits bio, labélisés et certifiés.

«La production bio en tant que telle est très rare.Mais, en Côte d'Ivoire, on estime que 80 % de la production cacaotière peut remplir les critères des produits bio, vue la faible utilisation des fertilisants et autres produits chimiques dans les cultures »,précise Konan Toussaint Nguessan, président de l'Organisation mondiale des Cultivateurs de Cacao (OMCC).

En effet, la culture du cacao certifié commerce équitable a le vent en poupe. Le secteur compte en 2017 le plus grand nombre de coopératives labellisées fair trade en Afrique de l'Ouest. Elles étaient 113 en 2017 contre 18 en 2013. Sur 600 000 producteurs ivoiriens de cacao, 25 000 s'y sont mis, selon une étude de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Comme dans le cas de la production classique, le cacao équitable implique à la fois les exportateurs, les acheteurs, les contrôleurs qualité, entre autres. Perçue comme une solution, la production du cacao certifié ou labellisé a montré ses limités dans l'amélioration des conditions du producteur.

Commerce équitable, mais pas rentable

En effet, près d'une vingtaine d'annéesaprès son arrivée en Afrique, la part du commerce équitable reste encore faible dans le monde et s'établit à près de 6 milliards d'euros par an au niveau mondial. Aussi, les producteurs ivoiriens ne parviennent pas toujours à écouler leurs récoltes.

«Des producteurs ont investi dans la culture de cacao équitable et ont été certifiés pour des volumes allant jusqu'à 4 000 tonnes. Par la suite, ils n'ont pu écouler que près de 700 tonnes», a indiqué le président de l'OMCC.

La certification n'a pas non plus limité les dégâts pendant la période de crise du cacao. Plusieurs contrats ou commandes pour l'achat de cacao certifié n'ont pas été respectés et des producteurs ont été contraints de céder leurs produits au prix du cacao classique. Une situation démotivante d'autant plus que le producteur ivoirien n'est pas demandeur de la certification, qui est davantage une exigence du consommateur occidental.

Les primes dans la production du cacao certifié équitable, devant motiver les cultivateurs, sont souvent perçues par les intermédiaires, a révélé en 2016, une étude intitulée La face cachée du chocolat et menée par l'Association Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne (BASIC). Toutefois, en dépit des contraintes majeures, le recours à la certification est un atout pour les producteurs de cacao.

Labelliser pour structurer la filière et protéger l'environnement

La labellisation à la standardisation des pratiques agricoles et de management, à la prise en compte de la question de traçabilité, de la promotion et de la professionnalisation des acteurs est une plus-value précieuse. Elle permet de structurer et de renforcer les capacités de négociation et de gestion démocratique des producteurs, mais aussi de protéger les droits des employés et surtout de prendre en compte la question du respect de l'environnement.

Il est maintenant avéré que le marché créé par le secteur du chocolat est le premier facteur de déforestation en Côte d'Ivoire et au Ghana, les deux plus importants producteurs mondiaux de cacao.

«Pour satisfaire la demande de géants de la chocolaterie comme Nestlé, Cadbury et Mars, de nombreux parcs nationaux du pays et d'aires protégées ont été défrichés pour laisser place à des exploitations de cacao», selon Toussaint Nguessan.

Le cacao est principalement utilisé dans la confection du chocolat, qui est une affaire juteuse. «En 2015, le marché du chocolat à l'échelle mondiale s'élevait à 100 milliards de dollars», a révélé une enquête de Mighty Earth, publiée fin 2017. La consommation mondiale de chocolat et de produits dérivés du cacao représente environ 3 millions de tonnes par an, et la demande croît chaque année de 2 à 5 %, précise l'étude.

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