Secteur du Sport : Football, un terrain sans filet pour les féminines africaines

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(Crédits : Reuters)
Si l’on peut saluer les efforts de la CAF qui, depuis 2018, tente de sensibiliser grâce à des workshops sur l’intérêt économique et sociétale du foot féminin, on notera cependant que ses initiatives peinent à susciter de l’intérêt.

Le football est sans aucun doute le sport le plus populaire et le plus pratiqué sur la planète. Le football fédère, véhicule des valeurs d'intégration, de convivialité et surtout porteur d'enjeux sociaux majeurs. De plus en plus présentes dans le domaine du football, les femmes sont aujourd'hui journalistes, entraîneuses, cadres techniques, arbitres mais aussi et surtout joueuses. Elles tendent à s'imposer par leurs compétences et leur aplomb, malgré le peu de place qui leur est fait. Sur le continent africain, bien plus qu'en Europe, la footballeuse reste encore dénuée d'intérêt aussi bien aux yeux du grand public que des instances politiques.

CAF et FIFA même combat !

Sur le continent africain, le développement du football féminin a été porté de manière disparate par quelques nations et par la Confédération Africaine de Football (CAF). Mais force est de constater que le manque de coordination de toutes ces « initiatives individuelles » n'a pas su enclencher une dynamique sur l'ensemble du continent. Si l'on peut saluer les efforts de la CAF qui, depuis 2018, tente de sensibiliser grâce à des workshops sur l'intérêt économique et sociétale du foot féminin, ou encore l'organisation, toujours la même année, d'un symposium sur le football féminin à Marrakech, on notera cependant que ses initiatives peinent à susciter de l'intérêt.

Et la ou le bât blesse, c'est qu'il en est de même pour les compétitions continentales, que ce soit pour les clubs ou les Nations. La coupe d'Afrique des Nations féminine a été tout simplement annulée, alors que les compétitions masculines, elles, ont été reportées. Et la création de la Ligue des champion(ne)s féminines des clubs africains, annonce forte de la CAF pour la saison 2021, n'a toujours pas de de format de compétition. En résumé, même l'organe de tutelle des compétitions africaines n'a pas de stratégie claire, de ligne directive pour les sections, qui pourrait fédérer l'ensemble des acteurs de ce sport.

Quant aux soutiens financiers, techniques et humains aux clubs africains, ils sont quasi nuls, pour ne pas dire inexistants ! Que ce soit la CAF ou l'organe suprême du football qu'est la Fifa, il y a un fossé sidérale entre les filles et les garçons dans le développement des infrastructures, la création et la gestion des championnats féminins locaux. En somme, il n'existe pas de sections féminines, et quand c'est le cas,  elles sont considérées comme un hobby de cour d'école.  Il n'y a, à ce jour, aucune politique volontariste et de suivie sur le long terme pour aider et inciter les fédérations africaines à poser les bases saines (infrastructures, formation, compétition) pour permettre aux jeunes filles de pouvoir pratiquer ce sport.

Valoriser les encadrantes et stariser les joueuses

Au-delà des compétitions, il y a la question du statut de la femme dans le monde du football. Pas encore assez populaires, les joueuses sont loin d'avoir la même reconnaissance et de bénéficier du même traitement médiatique que les joueurs. Pourtant, les joueuses talentueuses ne manquent pas : Gaëlle Enganamouit (camerounaise), Janine Van Wyk (sud-africaine), Ibtissam Bouharat (Marocaine) ou encore Asisat Oshoala (nigériane), elles ont toutes démontré leur légitimité et ont leur petite notoriété dans leurs pays respectifs... Mais pas au niveau continental ou mondial, comme c'est le cas pour Samuel Eto'o ou Didier Drogba. Cette différence de traitement est globale en réalité : salaire dérisoire (quand il y en a) pour les femmes, très peu d'intérêt du côté des médias, accès aux infrastructures restreint, équipements sportifs de fortune, les moyens ne sont pas réellement mis à disposition des femmes pour qu'elles réussissent. Le football féminin a besoin de stars, d'égéries et de références comme c'est le cas dans le football masculin. Tous les petits garçons en Afrique rêvent du fabuleux destin de Sadio Mané ou encore de Yaya Touré. Mais qui représente les jeunes filles aujourd'hui ? Onome Ebi, la Nigériane, a participé à cinq Coupes du Monde (oui, vous avez bien lu!) et a remporté quatre Coupes d'Afrique des Nations avec son pays. Du haut de ses 37 ans, elle joue toujours au football... mais qui peut se vanter de la connaître ? Il est nécessaire de mettre en lumière ces femmes qui s'imposent et qui font avancer la cause du football féminin pour qu'elles montrent la voie.

Il en est de même dans les fonctions institutionnelles et de direction, où les femmes sont très peu nombreuses. Seule Bestine Kazadi, la présidente de l'AS VITA Club en République Démocratique du Congo, fait figure d'ovni. A l'age de 57 ans, elle a été élue en juillet 2020, a la tête d'un des plus importants club de football congolais. C'est la première fois qu'une femme accède à de telles fonctions à l'échelle africaine. Une nomination qui malheureusement n'a pas suscité l'intérêt des médias panafricains et internationaux, ni même des décideurs du football international.

S'inspirer des best practices africaines avec des partages d'expérience

Parmi les bons élèves, le dernier exemple en date est celui du Maroc. En effet, en août 2020, le fédération marocaine de football a annoncé un Plan Marshall qui fixe des objectifs  techniques et financiers claires et crédibles pour faire du pays une des places fortes du football féminin en Afrique. Impulsé par la volonté de M. Faouzi Lekjaa, président de la fédération,  ce projet d'envergure, impliquant toutes les composantes du football marocain, permettra à terme aux équipes nationales d'être plus compétitives sur le plan continental, mais aussi et surtout sur la scène mondiale. Les clubs seront accompagnés pour développer des catégories féminines, les joueuses seront aidées financièrement, les cadres femmes seront formées et suivies pour mieux encadrer le développement des joueuses.

Le lancement de ce Plan Marshall fait suite à la création de la ligue nationale de football féminine en novembre 2019, et présidée par une femme, Illa Khadija. Le but étant d'assainir et de restructurer les championnats nationaux déjà existants selon un modèle professionnel. Autre point important, les équipes nationales féminines ont accès aux mêmes infrastructures que les sélections masculines comme le Centre Mohammed VI de Football de Salé, centre unique en Afrique. Le football masculin est déjà bien développé au Maroc et les clubs se distinguent sur la scène africaine, c'est pour cela qu'il doit y avoir un échange d'expérience et un soutien au football féminin.

Les médias, dont le pouvoir de prescription est très puissant, devront également jouer leur rôle de promoteur de cette discipline. En informant sur la pratique, les résultats et surtout en racontant les belles histoires qui valorisent le foot féminin et suscitent des vocations et changent le regard du grand public sur les joueuses et leur métier.

A l'image de l'initiative du Maroc, il est primordial d'instaurer les bases d'un écosystème vertueux qui permettra de créer de la valeur à tous les niveaux. Et pour cause, investir dans la formation et les infrastructures engendreront une haute de la compétitivité des joueuses, ce qui entraînera plus de visibilité aux joueuses, plus de public dans les stades, plus de filles qui vont s'inscrire dans les écoles de foot, plus de femmes dans les métiers du foot, et plus de revenu généré...

D'après les données de la FIFA, sur le continent africain, seulement 32 fédérations sur 54 ont été actives sur les dix-huit derniers mois en matière de compétition féminine. C'est déjà plus de la moitié, mais c'est insuffisant pour les femmes des 22 autres pays qui malheureusement, ne peuvent pas pratiquer ce sport.

*Fatima Bartali, journaliste sport. Passionnée de football et engagée dans la promotion du football féminin africain.

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