Exporter l'agroécologie en Afrique est immoral [Tribune]

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Bill Wirtz est analyste des politiques publiques pour le Consumer Choice Center
Bill Wirtz est analyste des politiques publiques pour le Consumer Choice Center (Crédits : DR)
Vers la fin du mois de juin, le "World Food Preservation Center", en coopération avec l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (ONUAA), tiendra la première "Conférence internationale sur l'agroécologie transformant les systèmes agricoles et alimentaires en Afrique", à Nairobi, Kenya. L'objectif de cette conférence est de promouvoir l'agriculture biologique et non-OGM dans le cadre d'une "transformation socio-économique" complète de l'Afrique. Une réforme malavisée et non-scientifique qui aurait un impact dévastateur dans les parties de l'Afrique en développement qui ont le plus besoin d'innovation.

La fascination pour l'agriculture biologique n'est pas nouvelle. Le gouvernement français augmente les subventions aux exploitations agricoles biologiques dans le but d'atteindre 15% de production bio d'ici 2022. L'Allemagne et le Luxembourg se sont fixés des objectifs de 20% de production biologique d'ici 2025 et 2030 respectivement.

Même la communauté internationale du développement a adhéré au concept, mais elle l'a porté à un tout autre niveau. Dirigés par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (ONUAA), les programmes de développement et d'aide reposent de plus en plus sur l'adoption de l'agroécologie, qui prend l'agriculture biologique comme point de départ et ajoute une série de théories sociales et économiques visant à réaliser la "transformation totale" de la production agricole, et même la société dans son ensemble.

Selon sa définition originale, l'agroécologie est simplement l'étude des pratiques écologiques appliquées à l'agriculture. Ce qui a commencé comme science, cependant, s'est transformé en une doctrine politique qui non seulement exclut les technologies modernes telles que le génie génétique, les pesticides de dernière génération et les engrais synthétiques, mais qui exalte explicitement les avantages de l'agriculture "paysanne" et "indigène". Dans de nombreux cas, l'agroécologie décourage même la mécanisation comme moyen de libérer les pauvres, et a une hostilité à l'égard du commerce international.

Il ne faut cependant pas oublier que toutes les "transformations" ne sont pas bonnes. Elles peuvent être également mauvaises, voire catastrophiques. Une étude récente menée par des militants pro-agroécologie a montré que l'application de leurs principes à l'Europe réduirait la productivité agricole de 35% en moyenne. Pour ces activistes, c'est positif, car de toute façon nous mangerions déjà trop en Europe. Il est difficile de voir comment une baisse pareille de la productivité parmi les régions les plus pauvres de cette planète - un pourcentage élevé de personnes souffrent actuellement de malnutrition - pourrait être autre chose qu'une calamité.

Issu d'une famille paysanne, je ne peux qu'être abasourdi à l'idée de débarrasser l'agriculture de la mécanisation. Mes ancêtres ont travaillé plus de 60 heures par semaine de dur labeur manuel et c'est l'agriculture moderne qui a pu les rendre plus productifs et leur donner du temps libre : quelque chose dont ils n'avaient jamais pu profiter auparavant.

Il n'y a rien de mal à pratiquer ce que l'on nomme aujourd'hui l'agriculture paysanne" sur une base purement volontaire, au sein d'une communauté de personnes qui aiment à retrouver un contact avec la nature (et/ou s'infliger de terribles maux de dos). En fait, dans un monde occidental d'agriculture mécanisée, il est même soutenable de voir certaines fermes fonctionner de cette façon (même si cela nécessite des subventions accrues), dans le but de satisfaire une clientèle nostalgique. Cependant, ce qui est vraiment troublant, c'est lorsque des militants de l'agroécologie et des institutions internationales censées se consacrer à la lutte contre la pauvreté sont prêts à déformer la réalité scientifique et à imposer leur idéologie à ceux qui peuvent le moins se le permettre.

La conférence de Nairobi

La conférence qui se tiendra au Kenya est une combinaison de deux événements qui devaient initialement être organisés en même temps. "Conférence de l'Afrique de l'Est sur l'intensification de l'agroécologie et du commerce écologique des produits biologiques" et le "1er Congrès panafricain sur les pesticides synthétiques, l'environnement et la santé humaine". En parcourant la liste des organisateurs et des participants, il est à noter que les agences, institutions et organisations qui ne soutiennent pas l'agroécologie ou qui ont une véritable position scientifique à propos des herbicides et des OGM, ne seront pas présentes. Apparemment, certaines personnes n'étaient pas censées gâcher la fête.

Et ce sera une fête. Du moins, si l'on croit que la fin justifie le fait de diffuser de fausses informations sur les pesticides et les OGM.

Parmi les orateurs figurent les scientifiques Don Huber et Judy Carmen, qui ont tous deux fait des déclarations non-scientifiques - et tout aussi discréditées - sur les OGM. Tyrone Hayes, qui est célèbre pour son affirmation, maintenant défendue par Alex Jones, le conspirationniste de InfoWars, selon qui l'herbicide atrazine "rend les grenouilles homosexuelles". Une telle invitation serait discréditante pour toute grande organisation, mais apparemment l'ONUAA/FAO ne semble pas s'en soucier.

Par l'intermédiaire des Nations Unies, ces politiques agroécologiques sont de plus en plus exigées par les organisations gouvernementales internationales et les ONG comme condition pour recevoir des aides financières. Maintenant qu'elle s'étend à l'Afrique, qui a désespérément besoin de mécanisation et de méthodes agricoles efficaces, il faut l'appeler pour ce qu'elle est : de l'activisme anti-science, basé sur des fantasmes écologistes. L'agroécologie, en tant que doctrine politique, n'a pas sa place dans le discours politique fondé sur la science et sa promotion - étant donné les connaissances scientifiques dont nous disposons aujourd'hui - est immorale.

L'Occident peut bien supporter de dépenser des quantités de subventions dans des activités peu productives. Vouloir l'imposer comme modèle dans des pays en voie de développement, où la malnutrition fait des ravages, est criminel.

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a écrit le 11/06/2019 à 18:17 :
"Les programmes de développement et d'aide reposent de plus en plus sur l'adoption de l'agroécologie, qui prend l'agriculture biologique comme point de départ ..."
On est plus dans le sophisme, on est dans l'ânerie la plus complète... Merci de relire les principes de l'agroécologie prôné par Altieri et cie
a écrit le 11/06/2019 à 9:22 :
Quand on voit les dégâts (mesurés bien scientifiquement !) causés sur la biodiversité, l'érosion des sols et la santé par les labours, engrais et pesticides "modernes", bien évidemment qu'on comprend que ça se peut pas durer comme ça !

D'où sort ce lobbie qui rejette en bloc toutes les avancées agroécologiques et adule la "révolution verte" ?
Perdre 35% de rendement en passant à l'agroécologie quand tout le monde est d'accord pour dire qu'au contraire les rendements AUGMENTENT dès que le sol est réparé des dégâts causés par les sacro-sains produits Monsanto&Cie ?

Oui l'Afrique à besoin de développer son agriculture, et oui l'Europe doit arrêter d'exporter là-bas sa surproduction qui tue les paysans locaux. Mais développer l'agriculture de façon durable et responsable est nécessaire et indispensable ! Les engrais à base de pétrole ne sont pas la solution à tout, et surtout pas à long terme...

Quel ramassis d’âneries c'est à désespérer des humains...
a écrit le 09/06/2019 à 8:27 :
On perdrait jusqu'à 35% de prod' en passant à l'agroécologie ? La belle affaire : en Angleterre on jette 50% de la nourriture (en France on doit être bien placé aussi). Du coup on a encore une sacrée marge.
a écrit le 08/06/2019 à 22:57 :
Le "lobbying" tue l'effort des pauvres paysans en Afrique. L'un ou l'autre, vous n'avez que vos intérêts. Tant que les chercheurs africains seront à la recherche des miettes pour survivre, et les dirigeants uniquement à la quête du pouvoir, des pseudos éclaireurs nous donneront des leçons. #privé
a écrit le 08/06/2019 à 19:16 :
Dur, je suis désespérée par ce genre de commentaire. Je me demande si c 'est vraiment véridique. Ce Mr , fait parti des lobbies agroalimentaires, bien évidemment. Sa retorique bien huilée a coup de professionnels de la com, me donne envie de vomir. Je pense a mes enfants, et je me demande quel monde on va leur laisser.
a écrit le 08/06/2019 à 18:45 :
Malheureusement vous n'avez pas compris les principes de l'agroecologie, qui tend donc à préserver le sol, le rendre plus fertile, permettre l'économie d'eau, et préserver la faune et la flore primaire en excluant tout ajout de synthèse, ou chimie efficace sur le court terme mais dramatique sur le long terme. Aussi, l'agroecologie amène à varier les cultures, les associer, bref vos sous entendu sont grotesque à l'heure du dérèglement climatique et de l'effondrement terrifiant de la biodiversité, NOUS avons exporter des méthodes, de l'outillage et de la phyto de la plus irresponsable des manières... Shame on us, shame on you!
a écrit le 08/06/2019 à 12:08 :
Et vous, qu'y a t'il de scientifique dans votre article ? Ce n'est qu'un condensé de la pensée issue de l'idéologie de l'exploitation industrielle et chimique des sols, qui semble de plus en plus monter ses limites en terme de durabilité. Au contraire, je crois qu'il est nécessaire de vous rappeler que l'agroécologie est elle millénaire, et ne menace pas notre survie contrairement à vos bons pesticides dont on découvre chaque jour l'impact suicidaire sur l'environnement. Sans parler des OGM. Non cher monsieur, je crois que ce dont vous avez avant tout besoin c'est de remise en question de ce qui n'existe que depuis quelques décennies, et de documentation objective. À commencer par le fait que la faim dans le monde n'est pas lié à une insuffisance de la production agricole...
a écrit le 07/06/2019 à 22:34 :
Analyse de bon sens qui sera disqualifiée au nom du "progressisme" par des gens pour qui les êtres humains sont quantité négligeable au regard de leur idéologie totalitaire (j'ai vu, il y a longtemps, à Niamey, des paysans caillasser des véhicules "d'humanitaires" qui les avaient ruinés).
Réponse de le 10/06/2019 à 7:19 :
Bonjour D.Baron. J'ai moi- en meme un avis assez tranche sur le sujet. L'article comporte neanmoins quelques points interessants bien que redige par les geants de l'agriculture industrielle (multinationales). Par rapport a votre exemple du Niger, je suis interesse d'en savoir un peu plus. Pouvez-vous me dire de quel projet il s'agissait? Merci par avance.

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