Rindra Rabarinirinarison : «Nous voulons sortir de la domination thermique à Madagascar»

Le 20 septembre, Franck Riester, le ministre français chargé du commerce extérieur et de l'attractivité signait à Paris deux protocoles financiers avec Rindra Rabarinirinarison, ministre de l'Economie et des finances de Madagascar, en présence d'Andry Rajoelina, le président de Madagascar. Elle revient pour La Tribune Afrique sur la réorientation stratégique de la relation entre Paris et Tananarive.

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(Crédits : MEF/Madagascar)

La Tribune Afrique - Le 27 août 2021, suite à l'entretien entre les présidents français et malgache, un accord pour le financement d'un projet de transport par câble à Antananarivo (12 km de desserte, construits par Poma et Colas) avait été trouvé. Le 20 septembre, l'accord a été signé. Sous quelle échéance sera opérationnalisé ce projet ?

Rindra Rabarinirinarison : Les deux protocoles financiers qui ont été signés le 20 septembre concernent la réalisation d'un transport par câble d'une part, et la centrale hydroélectrique Mandraka III, d'autre part. Il nous faudra encore suivre quelques procédures légales avant l'opérationnalisation de ces projets [...] Le financement du projet de téléphérique repose sur un prêt direct du Trésor de 28 millions d'euros et sur un crédit bancaire de la Société Générale d'un montant de 88M€ garanti par Bpifrance. Les négociations relatives au contrat commercial sont toujours en cours. Les accords seront soumis à la ratification de nos parlements et à l'avis de la cour constitutionnelle. Les réalisations commenceront à l'issue de ces étapes qui se tiendront en octobre et en novembre prochains.

Quels sont les principaux impacts attendus ?

Ils sont nombreux. La circulation de Madagascar est vraiment saturée et il nous faut désengorger la capitale, car chaque jour, nous perdons près de 3 heures dans les embouteillages. Cela se répercute en termes de productivité. Le premier impact positif de ce projet sera donc de gagner en temps, en énergie et en productivité, dans le respect des objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Ensuite, cela permettra de redynamiser certains secteurs, comme celui du tourisme.

Ce projet s'inscrit dans une stratégie plus globale, de redéfinition urbaine impulsée par le président Rajoelina. En juin 2021, nous avons inauguré la Rocade d'Iarivo qui permet de fluidifier le trafic interurbain. Cette décongestion du trafic urbain va s'accélérer grâce à la mise en place d'un réseau de transport par câble. En substance, le projet prévoit l'installation de deux lignes : une ligne Jaune qui reliera Anosy, Andohalo, Ambanidia, Ankatso et une ligne Orange qui reliera Anosy, Ambohijatovo, Analakely, Soarano, Antanimena, Ankorondrano, Ivandry et Ambatobe. L'entreprise POMA se chargera de la mise en œuvre du projet en collaboration avec COLAS.

Le deuxième accord va permettre la construction d'une centrale hydroélectrique, Mandraka III. Quels sont les bénéfices en matière de production énergétique et d'inclusivité, qui accompagnent ce projet ?

Cet accord va nous permettre de construire une centrale hydroélectrique d'une puissance de 5 MW pour un montant de 40 millions d'euros avec un prêt du Trésor de 35 millions d'euros. C'est un projet qui répond à un enjeu stratégique défini par le président Andry Rajoelina, de produire une énergie propre et à bas coût, qui allie développement et environnement. Ce projet nous permettra d'atteindre notre objectif de doubler les capacités de production en électricité de Madagascar. Nous ambitionnons de passer d'un taux de 15 % d'électrification de la population actuellement, à 50% d'ici 2023. Nous voulons sortir de la domination thermique à Madagascar, car pour l'instant, elle représente encore près de 90 % de la fourniture en énergie [...]

Notre pays cherche à maîtriser son empreinte carbone en s'engageant sur la voie de la transition énergétique sur tout le territoire national. Plusieurs projets d'énergie renouvelable (solaire et hydroélectrique) sont en cours comme la centrale d'Andranotakatra d'une puissance de 17 MW dans le district de Mahajanga ou les 3 nouvelles centrales photovoltaïques qui devraient voir le jour sur les toits de Tananarive pour une puissance cumulée de 11MW. Parallèlement, le barrage hydroélectrique de Sahofika situé à 100km au sud de la capitale, produira pour la Jirama, quelques 1.650 GWh d'électricité propre par an, avec une puissance installée de 200MW. Je citerai enfin le projet de centrale hydroélectrique de Volobe, dans la région Atsinanana qui produira 750 GWh par an avec une puissance de 120 MW. Ces projets nous permettront de répondre aux besoins des populations, dans le respect des ODD.

En février 2020, Jean-Yves Le Drian, ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères avait annoncé, le soutien de la France au Plan Emergence Madagascar à hauteur de 240 millions d'euros sur quatre ans, pour soutenir en particulier, le développement d'infrastructures durables. Comment ces fonds ont-ils été ventilés jusqu'à présent ?

La France est l'un des nos principaux partenaires commerciaux avec les Etats-Unis, la Chine et l'Union européenne. Elle est à ce jour le quatrième investisseur étranger de Madagascar. Il y a 55 filiales d'entreprises françaises basées à Madagascar qui génèrent plus de 1 milliard d'euros et près de 17 000 emplois. Le président de Madagascar a d'ailleurs appelé au renforcement des relations économiques entre la France et Madagascar à l'occasion de la dernière Rencontre des entrepreneurs de France à Paris [...] Pour le moment, la France a soutenu le programme d'appui au plan sectoriel de l'éducation à hauteur de 14 millions d'euros environ, ainsi que des programmes d'appui au secteur pénitentiaire avec un budget de 5 millions d'euros. A ce jour, la plupart des aides venues de France ont été directement orientées vers le secteur social qui reste une priorité du gouvernement. Les premiers accords économiques passés avec le Trésor français sont ceux signés le 20 septembre dernier, à Paris. Cette étape s'inscrit dans la réorientation stratégique des aides que nous percevons de l'extérieur et qui ont longtemps été orientées vers le secteur social, le renforcement des capacités dans l'administration ou le recours aux experts techniques, et qui sont désormais massivement injectées dans les infrastructures et le renforcement du secteur privé.

Quelles sont les mesures mises en place par le gouvernement pour renforcer l'attractivité de Madagascar en matière d'investissements directs étrangers (IDE) ?

Plusieurs mesures ont déjà été mises en place comme l' « Economic Development Board of Madagascar », un guichet unique qui promeut les activités économiques nationales et qui facilite l'ouverture des sociétés à Madagascar. Il est possible de créer son entreprise en ligne, en seulement 72 heures [...] Madagascar possède de nombreux atouts pour attirer les investisseurs étrangers. Nous sommes membres de la Southern African Development Community [SADC], du marché commun de l'Afrique orientale et australe [COMESA], de la Commission de l'Océan indien [COI] et de l'Indian Ocean Rim Association [IORA], ce qui nous donne accès à plus de 900 millions de consommateurs. Nous avons signé un Accord de libre-échange tripartie [TFTA, qui réunit la SADC, le COMESA et la Communauté de l'Afrique de l'Est, soit 57% de la population africaine, ndlr].

Par ailleurs, Madagascar est éligible à l'African Growth and Opportunities Act avec les États-Unis et a signé l'Accord de partenariat économique avec l'UE qui permet aux entreprises basées à Madagascar d'exporter sans droit de douane. En 2019, les exportations vers les États-Unis s'élevaient à 513 millions de dollars et à 796 millions de dollars vers l'UE. Cela reflète le dynamisme de nos échanges à l'international. Nous bénéficions par ailleurs d'une main-d'œuvre qualifiée et à faible coût [...]

Aujourd'hui, nous misons sur les partenariats publics-privés pour supporter notre développement et de nombreux projets sont déjà en cours de réalisation dans les secteurs des télécommunications, de l'énergie ou des infrastructures, avec des partenaires étrangers notamment. Enfin, je soulignerai que Madagascar va recevoir une allocation de 332 millions de dollars du fonds monétaire international pour accompagner sa reprise économique. Il s'agit du montant de DTS [droits de tirages spéciaux] le plus élevé jamais accordé, et c'est aussi la preuve de la confiance que nous accordent nos partenaires étrangers...

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

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Commentaires 2
à écrit le 02/10/2021 à 15:27
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Tout ça avec l argent de la France et des Français

le 06/10/2021 à 2:12
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Tout ça n'est que blabla, le fric, pognon, flouze, money part directement dans la poche du président et de ses acolytes. Pendant ce temps le peuple meurt de faim.

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