Journée mondiale de l'Eau : la Covid-19 ou le nouveau révélateur des inégalités hydriques

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(Crédits : PNUD/Giacomo Pirozi)
La pandémie de Covid-19 est venue rappeler les inégalités d'accès à l'eau. En effet, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'UNICEF, près de 2,1 milliards de personnes n'ont toujours pas accès à des services d'alimentation domestique en eau potable. En cette journée mondiale de l'Eau, La Tribune Afrique fait le bilan sur les défis hydriques du continent...

A ce jour, 4,4 milliards de personnes, soit 60 %, de la population mondiale, ne disposent pas de services d'assainissement gérés en toute sécurité. Sur les quelques 2,1 milliards de personnes dépourvues d'accès à des services d'alimentation domestique en eau potable, 844 millions d'entre elles ne bénéficient même pas d'un service élémentaire d'approvisionnement en eau, 263 millions vivent à plus de 30 minutes du premier point d'eau, tandis que 159 millions continuent à boire de l'eau de surface non traitée, puisée dans des cours d'eau ou dans des lacs.

Alors que « garantir l'accès de tous à l'eau et à l'assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau » est le 6e objectif de développement durable (ODD) des Nations unies, plus de 320 millions d'Africains sont encore dépourvus d'un accès à l'eau potable. Le déficit annuel en infrastructures d'eau sur le continent en coûterait près de 5% de PIB à l'Afrique subsaharienne et malgré un certain nombre de progrès accomplis ces dernières années (les plans d'action multilatéraux de la décennie 2005-2015, ont permis à 1,3 milliard de personnes d'accéder à l'eau potable dans les PED), ils sont encore trop lents dans de nombreux pays, pour atteindre l'ODD n°6 d'ici 2030.

En Afrique subsaharienne, 15% de la population seulement bénéficie d'eau et de savon à domicile, contre 76% en Afrique du Nord, à l'heure où le lavage des mains est devenu la meilleure arme contre la pandémie.

La Covid-19 rappelle quelques fondamentaux sanitaires

« 40% de la population en Afrique subsaharienne n'a pas accès à l'eau élémentaire, et 70% n'a pas accès à l'eau à domicile. Parallèlement, 70% de cette population n'a pas accès à l'assainissement de base, c'est-à-dire aux latrines » rappelle Céline Robert, Responsable de la division Eau et assainissement de l'Agence française de développement (AFD). D'après l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l'amélioration de l'approvisionnement en eau, de l'assainissement et de l'hygiène permettrait pourtant de réduire la charge de morbidité mondiale de 4%. A ce jour, l'eau insalubre est encore responsable de la mort de plus de 1,2 million de personnes, selon le Global Burden of Disease Study. « En dehors de la Covid-19, tous les ans, plus de 800.000 personnes meurent de maladies diarrhéiques liées au manque d'eau, d'assainissement et d'hygiène. La pandémie affiche la vulnérabilité sanitaire préexistante des populations » précise la responsable de la division Eau de l'AFD. « Selon le consortium pour les infrastructures en Afrique, les besoins d'investissement en eau et pour l'assainissement sur le continent, s'élèveraient à près de 60 milliards de dollars par an, alors qu'aujourd'hui seulement 13 milliards de dollars seraient mobilisés », rappelle Céline Robert, soulignant l'urgence et le volume des investissements à consentir.

La Covid-19 a néanmoins révélé la réactivité de certains gouvernements africains qui ont rapidement adopté des mesures pour contenir la propagation de la pandémie. « Les populations les moins favorisées ont mené leur politique de fabrication de masques, que ce soit à Dakar ou à Niamey, sans attendre, ni protester parce que les masques n'arrivaient pas assez vite de Chine, contrairement à ce qu'il s'est passé en Europe », remarque Loïc Fauchon, président honoraire du Conseil mondial de l'Eau (dont l'édition 2021 a été reportée à 2022, en raison de la pandémie).

La Covid-19 est aussi venue rappeler quelques fondamentaux sanitaires. « Plusieurs médecins, non seulement en France, mais aussi au Sénégal ou au Maroc, m'ont indiqué que le nombre de gastroentérites avait chuté en raison du renforcement de l'hygiène pendant la pandémie. La Covid-19 nous a rappelé des choses essentielles et très simples », souligne-t-il, non sans préciser que les conséquences économiques restent à venir et que la crise alimentaire menace plusieurs pays d'Afrique.

La Méditerranée aux prises avec le stress hydrique

« Près de 7% de la population mondiale vit autour de la Méditerranée, soit un peu plus de 500 millions de personnes, mais cette région ne dispose que de 3% des ressources en eau », indique Isidro Gonzales, le Secrétaire général adjoint de l'Union pour la Méditerranée (UpM), une organisation intergouvernementale composée de 42 pays (les 27 pays membres de l'Union européenne, les pays de la Méditerranée ainsi que la Mauritanie, la Libye disposant d'un statut de pays observateur) qui travaille notamment sur l'application de traitements pour les eaux usées et l'irrigation, mais aussi sur des projets de désalinisation (en Egypte, en Algérie ou au Maroc notamment). Covid-19 ou pas, « il faut trouver des moyens pour faire face à cette pénurie en eau dont souffre la région méditerranée », alerte-t-il. En tant que hotspot critique du changement climatique, la région méditerranéenne compte déjà plus de 180 millions de personnes considérées comme pauvres en eau. Cette situation pourrait encore se dégrader pour toucher 250 millions de personnes d'ici 2050, estime Isidro Gonzales.

« Pendant la pandémie, la consommation globale en eau a diminué dans les pays du nord, car l'industrie était pratiquement à l'arrêt avec les confinements. En revanche, dans les pays du sud, la consommation a augmenté, ce qui a accentué le problème d'accès à l'eau », explique-t-il. En effet, le lavage des mains dans les ménages a fait bondir la consommation d'eau de 9 à 12 litres par personne et par jour, soit une hausse de 5 % de la demande d'eau à usage domestique.

Enfin, la Covid-19 a dévoilé des inégalités hydriques singulièrement marquées au sein même de la Méditerranée. « La partie nord est 14 fois plus riche que la partie sud de la Méditerranée. Au niveau mondial, il n'y a pas de région où les différences soient si grandes, c'est pourquoi nous misons beaucoup sur l'intégration économique », déclare Isidro Gonzales, qui prône davantage d'intégration régionale.

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