Liberia-France : avec Weah, Macron veut développer le business du sport en Afrique

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Les présidents George Weah et Emmanuel Macron lors la conférence de presse conjointe, le 21 février 2018, au Palais de L'Elysée à Paris.
Les présidents George Weah et Emmanuel Macron lors la conférence de presse conjointe, le 21 février 2018, au Palais de L'Elysée à Paris. (Crédits : Reuters)
Le président libérien a rencontré, hier mercredi 21 février à Paris, son homologue français avec qui il a échangé sur les voies et moyens d’accompagner le développement de son pays. En plus d’un don de 10 millions d’euros, la France s’est engagée à renforcer es investissements notamment privés au Liberia. Pour Emmanuel Macron, l’arrivée de George Weah, ancienne gloire du football, à la tête de son pays, ouvre de nouvelles perspectives au développement du business du sport sur le Continent.

L'élection de George Weah, ballon d'or 1995, à la tête du Liberia a visiblement impulsé une nouvelle idée de développement des opportunités d'affaires à son homologue français, à la recherche de nouveaux créneaux innovants pour refonder la relation France-Afrique.

En visite à Paris du 21 au 23 février, le chef de l'Etat libérien a rencontré Emmanuel Macron ce mercredi à Paris au cours d'un déjeuner à l'Elysée, lequel a vu la participation d'une trentaine de responsables sportifs ainsi que d'autres stars de football. Il y avait à la table des deux chefs d'Etat, entre autres, l'Ivoirien Didier Drogba, le Français Killian MBappé, le président de la CAF, Ahmed Ahmed, ainsi que celui de la FIFA, Gianni Infantino.

Une réception très officielle afin de marquer l'évènement d'une empreinte particulière,  car c'est en France, notamment à l'AS Monaco et au PSG que le nouveau président libérien a connu sa fulgurante ascension sportive. «Je suis un enfant de la France», a même lancé le président libérien lors de la conférence de presse qu'il a conjointement animée avec Emmanuel Macron à l'issue du déjeuner auquel participaient également des représentants de l'AFD, de la banque mondiale et de la BAD et des fédérations françaises de football (FFF) ainsi qu'américaine de basketball (NBA).

Cette fois, il ne s'agit certes pas d'évoquer les souvenirs du passé, mais surtout de parler coopération, notamment sur le plan économique. Venu à Paris, son premier déplacement hors d'Afrique depuis son élection en janvier dernier, le président Weah est surtout en quête de moyens financiers pour faire face aux nombreux défis auxquels son pays, l'un des plus pauvres, fait face. Le pays doit agir d'urgence pour répondre aux attentes socioéconomiques qui ne cessent de s'amplifier, un enjeu pour le chef d'Etat qui a été élu sur la promesse d'un nouvel espoir pour le petit pays de 4 millions d'habitants d'Afrique de l'Ouest.

10 millions d'euros de dons et des investissements à venir

Le président George Weah n'est pas parti de Paris les mains vides. En plus d'un don de 10 millions d'euros annoncés par Macron en faveur du Liberia, le président français s'est engagé à accompagner Monrovia dans «la nouvelle ère» qu'ouvre le mandat du nouveau chef de l'Etat libérien.

«Je sais que les attentes de la population et tout particulièrement de la jeunesse sont fortes, que vous prenez la tête d'un pays qui a vécu plusieurs traumatismes, la guerre, les divisions, les épidémies, mais où une jeunesse attend beaucoup de vous. Nous allons investir dans la formation et l'emploi des jeunes, la transformation au Liberia de ses matières premières, notamment son potentiel agricole, et nous appuierons ces chantiers prometteurs ainsi que les investissements dans les infrastructures de transport», a déclaré Emmanuel Macron

«La France se tiendra à vos côtés», s'est engagé Emmanuel Macron qui n'a pas manqué de rappeler qu'en janvier dernier déjà, le Liberia a été ajouté sur la liste des pays prioritaires de l'aide française au développement en Afrique. «Nous devons intensifier nos relations économiques», a plaidé le locataire de l'Elysée qui a aussi assuré à son homologue libérien que la France entend «booster» ses investissements dans le pays, notamment dans les domaines des infrastructures et de l'agro-business.

Pour ce faire, en plus des projets que mettra en œuvre l'AFD, des investisseurs français se grefferont à la dynamique afin de permettre au pays de se relever des années de guerre civile et d'instabilité politique. Si depuis le tournant des années 2000, la paix semble progressivement revenue dans le pays, les défis socioéconomiques ont explosé ces dernières années, surtout avec la crise sanitaire qu'a connue le pays avec la dernière épidémie d'Ebola de 2014 et dont l'économie libérienne continue d'en payer le prix.

Paris a donc répondu aux doléances de Monrovia qui a besoin de nouveaux appuis pour relever ses défis de développement, surtout que ce n'est pas le potentiel qui manque. «Mon pays est riche en ressources naturelles qui n'ont jamais été mises au service du peuple», a souligné George Weah qui a appelé la France et les investisseurs français à soutenir son pays qui fait notamment face à un déficit criant en matière d'infrastructures en plus des énormes besoins de la population en matière de santé et d'éducation.

Alors que l'Elysée mise sur des pays comme le Liberia pour «refonder son partenariat» avec les pays africains, le président Weah compte sur le soutien de la France pour mettre en œuvre son projet de développement. Durant sa visite, Weah a d'ailleurs rencontré plusieurs patrons d'entreprises françaises du MEDEF avec qui il a échangé sur les opportunités d'investissement dans son pays. Mardi dernier, il a également tenu le même discours devant les étudiants du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) de Paris.

«La présence de la France au Liberia doit être au même niveau qu'en Côte d'Ivoire ou en Guinée, parce que je sais ce que les Français sont capables de faire en termes de développement», a déclaré Weah

Du sport et du business

En plus de la coopération bilatérale, les deux chefs d'Etat ont également évoqué le rôle que peut jouer le sport dans le développement du Continent. Le président Macron a profité de l'occasion pour annoncer d'ailleurs la création d'une «plateforme de transformation par le sport en Afrique». Cette nouvelle initiative sera financée par l'AFD et la BAD. «Nous avons ciblé 15 millions d'euros à ce stade», a détaillé Macron pour qui l'objectif premier est «qu'un maximum d'Etats puisse s'impliquer».

«Au-delà de la relation bilatérale que nous sommes en train de raviver, de l'engagement que nous venons de prendre pour ce qui concerne nos financements bilatéraux, notre accompagnement, de l'engagement qui sera le nôtre en matière économique, d'enseignement supérieur, de développement des infrastructures ; ce que nous avons lancé ensemble compte tenu du parcours et de l'aura du président Weah, c'est cette plateforme nouvelle dans laquelle je crois beaucoup parce qu'elle est l'un des éléments de l'émancipation du continent africain pleine et entière et elle est l'un des éléments qui j'espère permettra la pleine réussite, Monsieur le Président, de votre stratégie et de la confiance que la jeunesse du Liberia en particulier a mise en vous», a déclaré Emmanuel Macron

La nouvelle trouvaille de Macron et dans laquelle il veut embarquer plusieurs pays africains et des partenaires techniques et financiers, c'est donc de faire aussi du sport une nouvelle niche de croissance à travers des investissements dans les infrastructures, ce qui devrait développer le secteur et se traduirait par la création de postes d'emplois pour les jeunes. Une opportunité aussi pour faire des affaires selon le président français qui n'a pas caché son admiration face à ce que certains anciens sportifs font dans le domaine de l'humanitaire, de l'associatif et surtout du business.

C'est de toute évidence George Weah qui est parti pour devenir le promoteur de ce projet de Macron pour le Continent. Le costume était bien taillé pour l'ancienne vedette du ballon rond qui l'a d'ailleurs reconnu sans ambages : «Je suis devenu président du Liberia grâce au sport», a-t-il déclaré. Pour Macron, l'idée c'est que ces réussites de sportifs dans divers domaines notamment économiques fassent des émules en Afrique.

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