Togo : les protagonistes de la crise devant la commission de la CEDEAO

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(Crédits : DR.)
La commission de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, conduite par Jean-Claude Brou, accompagnée d'une délégation des présidents ghanéens et guinéens, était à Lomé ce samedi pour rencontrer la coalition des quatorze partis politiques de l'opposition togolaise et une délégation du parti au pouvoir, Union pour la République. Objectif : faire le point sur la crise politique que traverse le pays depuis août 2017, mais surtout de préparer les futures rencontres avec les deux chefs d'Etats facilitateurs.

«Déontologiquement, lorsqu'il y a un conflit entre deux parties et que l'on veut prendre position, on écoute les deux parties. Non seulement on écoute les deux parties, mais on prend également position en toute objectivité, en toute liberté, sans la présence des deux parties. Cela n'a pas été le cas samedi ... Même pour régler la crise de la Guinée Bissau, on a fait venir l'opposition. Le chef de l'opposition a été consulté et on l'a écouté. Mais on ne l'a pas fait pour nous. Enfin on verra. Nous, nous savons ce que nous voulons. La lutte continue». C'est ainsi que s'exprimait, mi-avril dernier, la coordinatrice de la coalition des quatorze partis de l'opposition togolaise (C14), Brigitte Adjamagbo-Adjamagbo. Elle dénonçait alors ce qu'elle avait appelé un «vice» dans la démarche de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui, suite à son sommet extraordinaire à Lomé, s'était penchée sur le cas togolais. Ce samedi 2 juin, l'organisation sous-régionale ouest-africaine a fini par rectifier son tir.

Jean-Claude Brou et sa commission à Lomé

La commission de la CEDEAO, avec à sa tête, Jean-Claude Brou, et accompagnée d'une délégation des deux facilitateurs de la crise politique du Togo, Nana Akufo-Addo et Alpha Condé, a échangé avec la C14 et une délégation du parti au pouvoir, Union pour la République (UNIR). Au cours de cette rencontre, il a été question de faire le point sur la crise politique qui secoue le pays depuis le 19 août 2017, mais aussi d'évoquer les voies et moyens de sortie de crise.

«L'objectif de ces échanges est de préparer les rencontres futures avec les deux chefs d'Etats facilitateurs. Nous avons surtout noté l'engagement des deux parties à œuvrer et à poursuivre le dialogue en vue d'arriver à un accord sur la situation au Togo», a déclaré Jean-Claude Brou à l'issue des échanges.

«Après avoir écouté l'ensemble des parties, nous allons travailler sur un projet de feuille de route qui sera soumis aux deux chefs d'Etat. Cette feuille de route va servir de base pour les discussions qui auront lieu avec les deux facilitateurs», a-t-il ajouté.


«Les membres des deux délégations nous ont expliqué le contenu du mandat ainsi que la mission qui a été confiée aux deux facilitateurs, afin qu'avec l'appui de la commission de la CEDEAO, ils puissent préparer les propositions de recommandations qui seront examinées lors du prochain sommet de la Cédéao», a pour sa part déclaré le ministre Gilbert Bawara, porte-parole du gouvernement qui a participé aux échanges. Selon lui, la rencontre leur a permis de réaffirmer leur volonté et leur engagement à s'inscrire «pleinement et scrupuleusement» dans le cadre et l'esprit de la décision des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO du 14 avril dernier, qui a donné des indications sur les sujets qui devraient faire l'objet des réformes.

Des manifestations publiques dès le 6 juin

De son côté, sur un ton laconique qu'on lui connait très peu, le chef de file de l'opposition (CFO), Jean-Pierre Fabre, qui a fait le point des discussions face à la presse a laissé entendre que la C14 a rencontré «le groupe des facilitateurs de la CEDEAO pour préparer la prochaine rencontre avec les chefs d'Etat, dans le but de démarrer un nouveau round du dialogue».

«Aucune proposition ne nous a été faite. Nous avons exposé la situation. On a dit ce qu'on pense de la situation actuelle, de la recrudescence de la violence, du refus de mettre en œuvre des mesures d'apaisement, des rafles, etc., on a demandé que ça cesse. En réponse à notre intervention, [ils ont pris] au moins l'engagement de faire cesser les violences», a-t-il poursuivi.

Selon Fabre, les émissaires de la l'organisation sous-régionale les ont écoutés et ont «pris beaucoup de notes». Interrogé les scénarios des jours prochains, le CFO a estimé que la suite est à la discrétion des facilitateurs.

«C'est eux qui vont retenir une date. Vous savez quand même que ce sont des chefs d'Etat ! Ils ne sont pas élus pour diriger le Togo. Ce sont leurs populations qui les ont élus et ils ont leurs agendas. Mais ils vont trouver le temps pour venir, les deux chefs d'Etat, le président Nana Akufo-Addo et le président Alpha Condé, pour venir démarrer les discussions avec nous ... [Nos interlocuteurs] vont faire leur rapport aux deux chefs d'Etat», a-t-il indiqué.

La suite immédiate pour les Togolais semble déjà se dessiner. Le calme apparent risque déjà de céder, alors que l'opposition annonce des manifestations très prochainement.
Après la rencontre, lors de la réunion hebdomadaire du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, membre de la C14, des manifestations publiques de l'opposition ont été annoncées pour les 6,7 et 9 juin prochains.

«Depuis plus d'un mois qu'on n'a plus eu l'occasion de marcher, la coalition vient de remplir toutes les démarches pour la relance des marches pacifiques et publiques. Elles auront lieu les mercredi 6, jeudi 7 et samedi 9 juin 2018 sur toute l'étendue du territoire national», a déclaré Tchatikpi Ouro-Djikpa, conseiller du président du PNP.

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