Entre géopolitique et affaires, quel retour pour la Russie en Afrique  ?

Pour son retour sur le continent, la Russie s'appuie sur trois secteurs économiques qu'elle maîtrise...

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(Crédits : LTA)

Les relations entre la Russie et l'Afrique ont une longue histoire. Le plus grand poète russe, Pouchkine (1799-1837), a des origines africaines : son arrière-grand-père, un « abyssin », fut anobli par Pierre le Grand et devint son ami.

Au temps de l'URSS, le Kremlin voyait l'Afrique comme un champ de bataille géopolitique, y menant une « guerre froide »assez chaude contre l'Ouest et ses alliés. Il soutenait les gouvernements et les mouvements rebelles socialistes, directement ou via ses alliés (notamment cubains). Chacun a en tête le « Che » revenant bien déçu de sa rencontre avec Kabila père et ses guérilleros. De nombreux présidents africains (le Namibien Sam Nujoma, l'Angolais José dos Santos) firent leurs études en Union soviétique, comme des dizaines de milliers de médecins, d'ingénieurs et d'économistes africains.

Après la chute de l'URSS, la Russie se retira quasi-complètement du continent et n'y retourna qu'à la fin des années 2000, au point que la Russie n'est que le vingtième partenaire commercial de l'Afrique(20 milliards USD d'échanges, contre environ 200 pour la Chine en 2019).Le symbole de l'intérêt accru de la Russie pour l'Afrique est le sommet Russie-Afrique qui s'est tenu en grande pompe en 2019 à Sotchi, rassemblant 45dirigeants africains.

Pour son retour sur le continent, la Russie s'appuie sur trois secteurs économiques qu'elle maîtrise bien - les hydrocarbures, le secteur minier et le nucléaire - outre le secteur de la sécurité et de l'armement.

Dans le secteur des hydrocarbures, les entreprises russes sont présentes au Maghreb (Rosneft en Egypte, Gazprom en Algérie et en Lybie) comme en Afrique subsaharienne. Lukoil est la plus active des sociétés russes, étant présente au Ghana, au Cameroun, en RDC et au Nigeria.

Dans le secteur minier et métallurgique, les entreprises russes sont aussi très actives, notamment Rusal dans les bauxites en Guinée, Nordgold dans l'or en Guinée et au Burkina Faso,Vi Holding dans le platine au Zimbabwe, Alrosa dans les diamants en Angola, Renova dans le manganèse en Afrique du Sud, pour n'en citer que quelques-unes.

Le nucléaire est le troisième secteur où la Russie souhaite se développer en Afrique. En 2015, Rosatom a signé un accord pour construire une centrale nucléaire à El-Dabaa, en Egypte. Elle a conclu un accord avec le Rwandaen 2019 pour construire un centre de recherches sur le nucléaire et un petit réacteur. Rosatom a des partenariats avec d'autres pays africains, tels l'Ethiopie, le Nigeria, la Zambie, le Ghana, etc.

Dans ces trois secteurs, la Russie agit via des entreprises publiques (Gazprom, Rosneft, Rosatom, etc.) et des géants privés proches des élites politiques russes (Lukoil, Rusal). Ainsi, les motifs économiques du déploiement de ces entreprises en Afrique et les considérations géopolitiques sont étroitement liés.

Au-delà de ces mastodontes et de ces secteurs clefs, des entreprises russes purement privées se déploient en Afrique, quoique de façon encore embryonnaire. Dans le secteur agricole, la société Bionovatic produit des engrais microbiologiques innovants, pour les marchés du Zimbabwe et d'Afrique Centrale notamment. La Russie, qui figure également parmi les premiers exportateurs mondiaux de blé et de tournesol, se taille une part de marché de choix auprès des minotiers et huiliers d'Afrique du Nord.

Dans le domaine de l'informatique, MyOffice a lancé une offensive commerciale africaine, destinée notamment aux institutions et entreprises étatiques (Cameroun, RDC, Burundi). Il offre une alternative aux Américains (Microsoft), notamment sur le segment des logiciels bureautiques à des prix attractifs. Il souhaite à terme générer 15% de ses revenus sur le continent.

Dans la finance, la banque Renaissance Capital occupe une place de choix. Nommée « banque la plus novatrice des marchés émergents » par The Banker en 2018, elle mène ses affaires sur le continent à travers cinq bureaux (Lagos, Nairobi, Johannesburg, Le Cap, Le Caire). La récente entrée du Centre Russe pour l'Export au capital de la banque panafricaine Afreximbank se fonde quant à elle sur la volonté de soutenir les entreprises russes sur les marchés africains.

Les économies d'Afrique connaissent depuis dix ans une forte croissance, accompagnée d'une intensification de la concurrence. Celle-ci est le fait des acteurs privés africains, de plus en plus compétitifs sur leurs marchés intérieurs et régionaux, ainsi que de « nouveaux venus » (Chine, Inde, Turquie). Dans ce contexte, les entreprises russes, notamment privées, ont une place à prendre. L'histoire ne fait que (re)commencer... reste à voir si les sociétés russes, notamment les PME et les ETI, seront nombreuses au prochain sommet Russie-Afrique de 2022.

(*), (**) Ekaterina Kozlova et Amaury de Féligonde, Okan Partners

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