Election de Macron : les ressorts d’une campagne électorale disruptive !

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(Crédits : LABS-NS/LTA)
Big Data, programme politique co-construit et intelligence émotionnelle, tel est le précieux mélange d'ingrédients à l'origine de la victoire du candidat Macron.

L'Election d'Emmanuel Macron à l'Elysée le 7 mai dernier vient de marquer singulièrement l'histoire de la Vème République française. À l'évidence, sa stratégie de conquête de pouvoir, sa fulgurante ascension et la co-construction de son programme politique portent la marque de l'effet disruptif des technologies de l'information et de la communication (TIC) et surtout une certaine dose d'intelligence émotionnelle.

Ainsi, le Président Macron se révèle être un « Homme de notre temps ! », comme l'a qualifié Laurent Fabius, le président du Conseil constitutionnel, dans son adresse prononcée à l'occasion de l'investiture du nouveau président.

Recours aux Big Data

On le sait dorénavant, les TechPol ou CivicTech, ces Start-up Tech (Liegey-Muller-Pons (LMP), DigitalBox, NationBuilder...) mettent les TIC au service de la conquête du pouvoir en menant une campagne 2.0. Leur utilisation offre aux candidats un ciblage pertinent des électeurs favorisé par la segmentation, c'est-à-dire un découpage de la population en sous-groupes homogènes selon différents critères tels que des données sociodémographiques (âges, chômeurs, retraités, actifs, familles monoparentales, comportements, etc.). Il va s'en dire que la collecte et le traitement des données personnelles (Big Data) sont désormais un outil stratégique pour mener une campagne électorale aboutie. Ce fut déjà le cas notamment aux Etats-Unis lors de la campagne électorale de Barack Obama en 2007. Aussi, à l'instar de la quasi totalité de ses concurrents, le leader d'En Marche n'a pas dérogé à la campagne 2.0. Cependant, à la différence des Etats-Unis, le ciblage individuel est interdit en France.

Il n'en demeure pas moins que la fulgurante ascension politique d'Emmanuel Macron traduit une dextérité dans l'utilisation des TIC et une certaine intelligence de son époque ! Cet objet politique non identifié (OPNI) ne disposait guère d'une base politique traditionnellement fournie par l'appareil des partis politiques mais il a su se servir des TIC comme un véritable outil à cette fin. Ainsi, grâce au  logiciel « 50+1 », développé par la Start-up française LMP, qui croise données socio démographiques recueillies auprès de l'Insee et cartographie électorale établie sur la base de l'historique électoral des bureaux de vote, En Marche a réalisé dans un premier temps une campagne porte à porte auprès d'un échantillon de français bien ciblé par quartiers témoins afin de « (...) comprendre [leurs] attentes et [leurs] espoirs (...) » et «  (...) dresser le diagnostic du pays » [1]. Par ailleurs une application mobile mise au point a facilité les remontées terrain de milliers d'informations, traitées ensuite algorithmiquement par la société Proxem [2]. L'efficacité de cette démarche a permis d'éprouver la pertinence des sujets soumis aux électeurs et le programme politique du candidat s'en est trouvé plus affiné.

Co-construction du programme politique

En rupture avec l'approche centralisatrice des partis politiques traditionnels, la stratégie mise en place par le mouvement En Marche a favorisé une forte implication forte des citoyens et l'émergence d'un programme co-construit. Elle trouve son assise sur l'idée d'une communauté, celle des « marcheurs », qui traduit une approche véritablement collaborative marquée par le recours aux TIC. Elle a permis la rencontre entre le candidat et son électorat, à travers des comités locaux organisés au plus près des citoyens via le site internet du mouvement. Ces comités constituent des cadres de rapprochement de Français de tout horizon politique, de réflexion collective et de contribution des citoyens à l'élaboration du programme politique de leur candidat. Ainsi, ce dernier a pu toucher une plus large audience.

Cette stratégie de construction horizontale ou encore « distribuée » du programme politique à la manière prospective est fondée sur le principe novateur de foresight adapté à l'ère du digital et des Start-up. Assimilée à tort par ses adversaires à une absence de programme politique, elle est tout le contraire de l'approche verticale de conception des programmes politiques des partis traditionnels.

Intelligence émotionnelle

Une autre particularité de cette campagne d'Emmanuel Macron est la dose d'intelligence émotionnelle dont le candidat a fait preuve.

À l'évidence, la grande marche a laissé ce sentiment d'empathie parce qu'elle n'a pas eu pour vocation de convaincre les Français mais plutôt de recueillir leur perception sur l'état du pays. En outre, en ces temps d'angoisse et d'incertitude du lendemain, les questions posées au cours de cette marche touchent au ressenti des citoyens en interrogeant leurs sentiments profonds (craintes, attentes ou encore espoirs) : « Selon vous qu'est ce qui marche en France ? » ou encore « Qu'est qui ne marche pas en France ? ». Une telle démarche crée alors chez eux le sentiment d'avoir un candidat à leur écoute.

Par ailleurs, la bienveillance et la générosité ont également été au cœur de la campagne du candidat Macron. En effet, dans un pays profondément miné par les clivages et oppositions, il a eu un discours rassembleur basé sur la bienveillance qu'il considère « (...) d'abord et avant tout {comme étant} une hygiène démocratique » [3], rejetant ainsi toute logique d'affrontement permanent et de dénigrement. Une telle attitude a semblé d'ailleurs faire écho, peu après son élection, au sein de la classe politique puisque nombre de ses adversaires notamment, ceux des plus farouches, évoquent la nécessité de ne pas être dans une opposition systématique au Président Macron.

Enfin, en cohérence avec sa volonté d'incarner une énergie positive pour la France, le candidat Macron s'est gardé d'ajouter à la peur. Il a plutôt montré avec lucidité de l'intérêt pour la compréhension des causes du mal-être français afin de concourir avec pragmatisme à y répondre en mettant en valeur une France riche de ses talents et de sa diversité. Porteur d'une vision nouvelle, le Président Macron ne fait peut être que traduire le souffle profond d'un pays en quête d'espoir relayé en ces termes par une citoyenne interrogée le jour de son investiture : « l'optimisme comme programme politique, cela me va bien... ».

[1] Site du mouvement en marche

[2] 100.000 conversations remontées et de 25.000 questionnaires complétés.

[3] Discours du 4 février 2017 lors du meeting de Lyon.

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