Ces promesses de Trump qui affecteraient l’Afrique

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(Crédits : Reuters)
Les radars de toutes les régions du monde seront braqués sur les 100 jours qui suivront son investiture le 20 janvier prochain. Toutes les capitales du monde scanneront les actes posés par le 45e président des Etats-Unis. Elles essayeront d’y déceler d’éventuels indices des prochaines réalisations de Donald Trump qui affecteront la marche du monde au moins pour les 4 prochaines années. Et l’Afrique n’échappe pas à la règle.

Lors de la course à la Maison Blanche, le candidat républicain Donald Trump a fait un ensemble de promesses pour « rendre sa grandeur à l'Amérique ». Maintenant qu'il est devenu le 45ème président des Etats-Unis et l'homme qui dirige le pays le plus puissant de la planète, les actes du président Trump auront un retentissement mondial. Vu de ce côté-ci de l'Atlantique, certaines promesses de campagne, si elles venaient à être enclenchées, pourraient affecter directement et durablement l'Afrique et ses 1,2 milliard d'habitants.

Des Africains menacés d'expulsion ou interdits d'entrée

Au lendemain de la fusillade de San Bernardino en décembre 2015, et alors qu'il n'était que candidat à la course à la Maison Blanche, Donald Trump avait promis « l'arrêt total et complet de l'entrée des musulmans aux Etats-Unis ». Face à la barrière de la constitution américaine, le candidat Trump avait dû mettre de l'eau dans son vin pour proposer un durcissement des règles d'entrer pour les musulmans. Si la mesure venait à être appliquée, ce sont quelques 400 à 500 millions d'Africains qui seraient sous la menace de ne pas pouvoir entrer au pays de l'Oncle Sam.

Fidèle à son slogan - « rendre sa grandeur à l'Amérique » -, Donald Trump avait préconisé outre l'expulsion des musulmans et des Mexicains, d'« expulser, les Africains, spécialement les Nigérians ». Prétexte avancé, « ils [ces Nigérians, ndlr] prennent nos emplois, les emplois des honnêtes américains qui travaillent dur ».

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La menace ne concerne pas seulement les ressortissants de la première puissance africaine mais aussi toute la diaspora africaine vivant aux Etats-Unis. Et pour compléter son « arsenal d'expulsion massive », Donald Trump envisageait le refoulement de 11 millions de sans-papiers qui vivent actuellement sur le sol américain dont des Africains issus de plusieurs pays du continent. Les récalcitrants récidivistes qui entreraient aux Etats-Unis après leur bannissement, se verront infliger une peine fédérale de 2 ans de prison. Pour enfoncer le clou, le milliardaire américain se verrait supprimer le « jus soli » (le droit au sol) qui permet d'avoir la nationalité américaine aux personnes nées aux Etats-Unis.

Bombarder les terroristes plutôt que les combattre au sol

Dans sa croisade contre le terrorisme, Donald Trump n'y va pas avec le dos de la cuillère. L'homme qui prendra les rênes de la première puissance militaire du monde n'est pas un va-en-guerre. Mais sa solution pour lutter contre le terrorisme est radicale : bombarder, de façon chirurgicale dans leur repaire, les terroristes et les priver de leurs sources de financement. Pire encore, Donald Trump veut autoriser le recours à la torture mais aussi l'assassinat des familles des candidats au djihad quitte à passer au-delà du « politiquement correct ». Cette proposition, dans l'esprit du 45e président américain ne concerne que l'Irak.

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Mais si la proposition venait à être étendue à toutes les zones où sévissent des terroristes, l'Afrique serait indubitablement touchée. Le continent n'est en effet pas épargné de la menace terroriste notamment avec l'émergence de groupes terroristes comme Boko Haram, Aqmi ou des démembrements après son allégeance à Al Qaïda, ou encore Daesh. Il faut ajouter à cela, la soixantaine de camps, installations portuaires et autres sites militaires américains sur le continent conjugué à l'Africom, le centre de commandement des opérations militaires des États-Unis pour l'Afrique et l'ouverture de la base de drones d'Agadez. Un cocktail explosif en cas de bombardements de zones « terroristes » sur le continent qui ne manqueront pas de faire frissonner au vu du nombre probable de "victimes collatérales".

Annulation de l'accord de Paris sur le climat

Avec l'élection de Donald Trump, l'espoir d'amoindrir les effets du réchauffement climatique en Afrique est-il réduit à néant ? La question se pose et avec acuité. L'actuel président américain ne s'en cache pas, c'est un climato-sceptique invétéré qui pense ouvertement que le changement climatique est un cycle normal de la nature et les causes ne sont en rien d'origine humaine. Aussi, entend-t-il dénoncer l'accord obtenu lors de la COP 21 à Paris et signé par les Etats-Unis.

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Continent le plus touché par le changement climatique, l'Afrique, dans l'urgence d'une action pour sa préservation, pourrait pâtir de cette tonitruante annonce du nouveau locataire du 1600 Pennsylvania Avenue à Washington. En effet, le continent accueille, avec la COP22 de Marrakech au Maroc, pour la 4è fois, une réunion de cette envergure sur le climat. Les pays africains espéraient faire entendre leurs voix sur la question du financement de leur adaptation au changement climatique grâce en autres au déblocage aux 100 milliards de dollars que les pays industrialisés promettent depuis 2009. Un des donateurs les plus en vue était le pays de Donald Trump. Maintenant que le milliardaire est au pouvoir, l'espoir de voir des projets verts être financés en Afrique ne tient plus qu'à un fil.

Des impacts positifs des promesses de Trump sur l'Afrique à signaler

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump pourrait également être perçu comme un changement de paradigme dans les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde. En Afrique, une partie du discours du président Trump a bourdonné chez les acteurs économiques. « Nos intérêts viendront en premier. Mais je serais loyal envers les nations qui voudront faire du chemin avec nous (...) les USA traiteront toutes les nations sur un même pied d'égalité, avec une logique d'intérêts communs », prononcé Donald Trump après sa victoire.

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Le concept d'un échange économique et commercial équitable devrait séduire les Africains, ceux-là même qui accusent les puissances étrangères de pillage des ressources africaines. Les mots du président américain pourraient les rassurer sur l'éventualité de pouvoir commercer avec l'Amérique tout en y tirant leur épingle du jeu. Le nouveau président qui se dit contre la mondialisation de l'économie ouvrira peut-être la voie aux pays africains de développer leur propre modèle sans pression et sans calquer sur le modèle américain.

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D'un autre côté, même si les présidents africains n'ont réagi jusque-là que façon laconique sans véritable commentaires, certains autocrates ou prolongateurs de mandats ont dû pousser un ouf de soulagement. Donald Trump a indiqué vouloir adopter une politique étrangère non-interventionniste. Pour lui, c'est l'Amérique d'abord, les autres pays devront faire preuve d'ingéniosité pour gérer leurs affaires internes.

Au oreilles de certains autocrates du continent comme le Burundais Pierre Nkurunziza, l'Ougandais Yoweri Museveni qui se sont empressés de saluer cette victoire, l'élection de Trump sonne comme la fin de l'ingérence américaine ou plutôt de la politique des "yeux fermés" sur leur gestion avec une poigne de titan. D'autres présidents sous la menace de la rue comme Joseph Kabila en RDC se verront ainsi débarrasser des injonctions américaines, souvent perçues comme de l'ingérence. Les opposants comme Etienne Tshisekedi (RDC) ou encore Jean Ping (Gabon) qui misaient sur les démocrates pour faire pression sur le pouvoir comme sous l'administration Obama, n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.

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Le "doctrine Trump" sur le plan politique signifie que lors d'élections sur le continent notamment celles qui se profilent pour la fin de cette année ou le début de la prochaine, l'on ne mesurera plus la crédibilité électorale sur la balance d'une condamnation ou d'un soutien de Washington. Un état des choses qui pousseront les rues africaines, jeunes en tête à prendre leur destin en main pour la mise en place de nouveaux systèmes de gouvernance. Au niveau international, l'appel du pied de Trump à une équité américaine dans sa politique étrangère pourrait profiter à l'Afrique pour mieux faire entendre sa voix à l'ONU notamment au sein du club très sélect du Conseil de sécurité. Au-delà du symbole, un vent nouveau s'apprête à traverser l'Atlantique pour venir souffler sur les relations entre les Etats-Unis et l'Afrique !

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