Dérèglement du Climat en Afrique : les épées de Damoclès suspendues

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Colonnes de fumée provenant des industries (Le Cap en Afrique du Sud )
Colonnes de fumée provenant des industries (Le Cap en Afrique du Sud ) (Crédits : Reuters)
Sa voix est la moins entendue, pourtant plus que les autres parties du monde, elle subit le réchauffement climatique sans être forcément la source principale. Avec la tenue à Marrakech de la Cop22, l'Afrique tentera de se placer au centre des enjeux. Un pressing au forceps qui cache en fait une urgence d'agir. Florilège des dangers qui menacent ou menaceront le continent.

« Adaptation, Agriculture, Afrique ». Voilà le triptyque des priorités du Maroc pour la Cop 22 qui s'est ouverte ce lundi 07 novembre à Marrakech, ville touristique dans le centre de ce pays d'Afrique du Nord. Le pays hôte veut faire de ce rendez-vous planétaire, la « Cop de l'action ». Le mot est lancé. C'est en effet d'actions que le monde a besoin au-delà de rencontres au sommet, des effets d'annonces, des grands discours et des photos pour l'histoire.

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Après l'entrée en vigueur, le 4 novembre dernier, de l'accord conclu en décembre 2015 lors de la Cop 21 à Paris, les Etats se réunissent à Marrakech pour discuter des voies et moyens de mettre en œuvre l'ambition de limiter à 2 degrés, le réchauffement global de la planète. Mais le temps presse surtout pour l'Afrique, continent le plus exposé au réchauffement climatique alors qu'elle produit à peine 4% des émissions de gaz à effet de serre. Sans attendre de limitation du réchauffement par la bonne volonté et la conciliation entre les 196 pays, l'Afrique subit les effets de la dégradation du climat et dans plusieurs secteurs.

La température augmente, la faim aussi

C'est d'abord, la sécurité alimentaire des Africains, donc leur survie, qui est menacée. Et pour cause, les experts du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) alertent qu'une augmentation de l'ordre de 2 degrés au niveau mondiale ferait monter le thermomètre de 3 degrés en Afrique. Il s'en suivrait un stress hydrique causant une perte de 10% du rendement agricole notamment en ce qui concerne les céréales au niveau de l'Afrique subsaharienne d'ici 2050. Et pire encore, un réchauffement au-delà de la barre des 2 degrés écumerait la production agricole de 15 à 20%. L'insécurité alimentaire des Africains s'en trouverait alors considérablement exacerbée à l'heure où 240 millions de personnes souffrent de la faim sur le continent et que l'on s'attend à une flambée des prix compris entre 12% en 2030 et jusqu'à 70% à l'horizon 2080. On ne sera pas loin des émeutes de la faim dans plusieurs pays africains au milieu des années 2000 ou de manifestations de masse comme au Mozambique en 2010, et les coséquences politiques seraient aussi graves que le dérèglement du climat planétaire.

Des guerres autour de l'eau

Autre effet de ce réchauffement global et continental, le stress hydrique, la raréfaction de l'eau, rendra le liquide bleu encore plus précieux. L'eau des rivières, des étangs et des précipitations vont reculer de 10% sur tout le contient dès 2020, selon la Banque mondiale. Il faut combiner à cette donnée, une étude publiée dans la prestigieuse revue Science qui indiquait en septembre dernier que, l'augmentation de la température en Afrique subsaharienne depuis les années 1980, aura accru de 11%, le risque de conflit. On imagine déjà que les premières causes de guerre entre les pays frontaliers qui partagent une source d'eau (Nil, Fleuve Congo, Fleuve Niger, Zambèze...) auront pour origine lointaine la rareté de l'eau, corollaire du réchauffement climatique.

Les maladies gagnent du terrain, les catastrophes s'enhardissent

Le réchauffement climatique fera aussi le lit d'une multiplication des insectes comme les mouches et les moustiques transmetteurs de maladies que l'on pensait éradiquer sous peu. En fait, le réchauffement cause un dérèglement des saisons ce qui pourrait entraîner des précipitations à des périodes où elles n'avaient pas l'habitude de se produire ou encore de longs étés. Des maladies comme le paludisme, la dengue, la maladie du sommeil commenceront alors à se développer « hors-saison ». D'un autre côté, ce dérèglement climatique amplifie et continuera à amplifier des catastrophes naturelles comme les inondations, des typhons, des cyclones ou de longues sécheresses. Des scénarios catastrophes qui ont fait prédire à l'ONU, que d'ici 2050, le monde compterait 250 millions de réfugiés climatiques dont une bonne partie viendrait du continent.

Biodiversité menacée

Le réchauffement climatique entraine dans son sillage, une fonte des glaces donc une montée du niveau des mers et des océans. Celle-ci entrainerait à coup sûr, une érosion sur les 38 pays africains côtiers. Plus encore, des îles africaines comme Sao-Tomé-Et-Principe, Cap-Vert (archipel de 10 îles), l'Ile-Maurice et les Seychelles, les Comores et même Madagascar sont menacées d'être rayées de la carte. A cela s'ajoute, que l'émission continue des gaz à effet de serre menace la biodiversité de la faune et de la flore terrestres et sous-marines de l'Afrique. Certaines espèces d'animaux (bétail inclus) pourraient définitivement disparaître de la surface du continent d'ici quelques années.

Lire aussi : Finance climatique : il est urgent d'agir !

Lueur d'espoir, et lueur seulement

 Au milieu de ce tableau noir, l'espoir renaît. Une solution pour une réduction de la température globale sur Terre permettrait de réduire le risque pour le continent. Réduire seulement, sans toutefois éliminer cette menace qui pèse comme une épée de Damoclès sur l'Afrique. Le continent est face au dilemme de vouloir se lancer dans une industrialisation galopante pour sortir sa population de la pauvreté ou de se mettre au vert et laisser dans la pauvreté sa population de 1,2 milliard d'humains qui ne cesse de croître. Le salut viendrait d'un transfert de technologies des pays industrialisés ce qui permettrait de réorganiser plusieurs domaines vitaux pour les Africains (agriculture, énergies, santé...). Pour l'heure, les projets africains de reconversion au vert butent sur la lancinante question du financement. Les pays industrialisés s'y sont engagés sans réussir à mettre les moyens qu'il fallait. Le salut pourrait venir de là. Encore faut-il que la priorité soit de... sauver la Terre toute entière et pas seulement un continent

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Commentaires
a écrit le 08/11/2016 à 11:15 :
Merci pour cet article. Partout le néolibéralisme, partout la misère et la mort.

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