Mali : l'industrie aurifère face au défi sécuritaire

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(Crédits : Reuters)
Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, le boom aurifère attise la convoitise des groupes armés qui sèment la terreur dans la région. Troisième producteur africain de l’or, le Mali tente de sécuriser ses sites, de maintenir la dynamique du secteur pour rassurer et attirer les investisseurs dans ce secteur fleuron de l'économie nationale.

Pris dans un tourbillon de violence, le Mali a connu une nouvelle attaque meurtrière dans la nuit du 13 février perpétrée dans le village d'Ogossagou, au centre du pays où 160 personnes avaient été massacrées en mars 2019. Depuis la multiplication des groupes armés et la partition du pays en 2012, les violences inter-communautaires et les attaques jihadistes contre les civiles et les forces armées ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Rien qu'au cours de l'année 2019, près de 500 civils ont été tués dans le centre du pays selon l'ONG Human Rights Watch. Au-delà du Mali, c'est toute la région du Sahel incluant le Niger et la Burkina Faso qui est confrontée au défi sécuritaire. Cette insécurité s"étend naturellement aux exploitations minières implantées dans la région.

Mali mines or

Ruée vers l'or

Le 6 novembre, une attaque terroriste au Burkina Faso contre des bus transportant des travailleurs de la mine de Boungou, appartenant à la compagnie aurifère canadienne Semafo a fait 38 morts et près de 60 blessés. Tout comme le Burkina Faso, au Mali les miniers doivent aussi faire face aux menaces liées à la prolifération des attaques perpétrées par des groupes armés. Dans le Sahel, « des groupes armés s'emparent depuis 2016 de sites d'orpaillage dans des zones où l'Etat est faible ou absent », a fait savoir l'ONG International Crisis Group. Leur convoitise est attisée par le boom du secteur aurifère artisanal depuis la découverte, en 2012, d'un filon saharien allant du Soudan jusqu'en Mauritanie. Face à la menace, les différents pays s'organisent. Le Mali, troisième producteur d'or en Afrique, a développé une stratégie pour maintenir, non sans difficultés, l'attractivité du secteur poumon de l'économie nationale.

Le Mali moins touché que ses voisins

Pour le pays d'Afrique de l'Ouest, les chiffres officiels affichent 13 mines industrielles actives, 11 000 salariés, 60,8 tonnes d'or, soit 2,14 millions onces produites en 2018. Ces volumes représentent 75 % des recettes d'exportation, 25 % du budget de l'État et 8 % du PIB. Une production significative, mais en deçà des capacités du pays plombé par les défis sécuritaires. Dans le Sud, les sites aurifères fonctionnent normalement alors que dans le Nord, le climat d'insécurité a considérablement réduit l'attractivité des exploitations minières pour les compagnies aurifères. Plusieurs projets et investissements potentiels dans le secteur, entamé avant le début de la crise en 20212, ont été mis à l'arrêt.

Pour le cas du Mali, le colonel-major Abdoulaye Idrissa Maïga, directeur national adjoint de l'administration pénitentiaire et de l'éducation surveillée du Mali, interrogé par La Tribune Afrique, minimise l'impact :

« Dans les zones minières, la plupart des attaques sont perpétrées par des bandits et pas de terroristes au sens propre du terme. Ils essaient de dépouiller les populations de leurs biens. C'est un phénomène sérieusement pris en compte par les forces armées et de sécurité du Mali qui traquent ces malfrats ».

La spirale de violence est ainsi entretenue par une explosion de la criminalité de droit commun perpétrée par des bandes armées. Le Mali est toutefois moins touché par des attaques sur ses installations minières, comparé à son voisin burkinabé. « Le secteur minier malien n'est pas confronté aux braquages et attentats comme cela se fait au Burkina Faso et consort, même s'il y existe toujours un problème d'insécurité résiduel qui se présente d'un moment à l'autre. Mais on ne saurait dire que les mines maliennes sont devenues des cibles potentielles », nous confie le colonel major Abdoulaye Idrissa Maiga, en ajoutant qu'au Mali, « toutes les forces armées sont aujourd'hui engagées pour la sécurité et la stabilité du pays ».

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