Le « smart » pour relever le défi de la mobilité urbaine

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(Crédits : Shutterstock)
D’ici 2100, l’Afrique comptera autant d’habitants que l’Asie, soit 4.4 milliards de personnes ou l’équivalent de 40 % de la population mondiale dont une majorité de néo-citadins que les villes africaines devront être en mesure de supporter. Pour ce faire, acteurs privés, pouvoirs publics et société civile se mobilisent pour repenser la mobilité urbaine à travers des solutions smart et durables.

D'Innovation City au Rwanda à Hope City au Ghana, en passant par Sèmé City au Bénin, la Silicon Savannah kényane ou la smart city égyptienne: on ne compte plus les projets de smart cities sur le continent, pensés à l'origine pour désengorger des villes asphyxiées par des embouteillages interminables et des pics de pollution quasi permanents. Aussi, la circulation dans les villes africaines est devenue en quelques années une priorité, tant en termes de santé publique que de productivité.

Repenser la mobilité urbaine est par ailleurs, devenue indissociable de l'environnement sur un continent responsable de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et singulièrement impacté par le réchauffement climatique. Cet indicateur-clé menace d'amputer le PIB du continent de 2 % à 4% d'ici 2040. Or, le constat est alarmant, car, selon le rapport annuel sur l'action climatique mondiale du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), l'écart est « catastrophique » entre les promesses nationales prises dans le cadre de l'Accord de Paris pour limiter les émissions de GES, et les réductions nécessaires pour maintenir le réchauffement en dessous de 2°C. En l'état actuel des choses, la température devrait grimper de +3 °C à « l'horizon 2071-2100 », menaçant l'Afrique d'une désertification accélérée qui, d'après la Banque africaine de développement (BAD), serait dans l'incapacité de produire plus de 13% de ses besoins alimentaires d'ici à 2050. Le défi urbain est donc intrinsèquement lié aux enjeux climatiques.

Des millions d'euros s'évaporent dans les embouteillages

En termes de productivité, le constat est préoccupant. Dans une ville comme Nairobi, circuler relève parfois d'un véritable parcours du combattant et ces difficultés en coûteraient plus de 1 milliard de dollars de productivité par an à Nairobi, selon l'Autorité des transports de la région métropolitaine de la capitale kényane. A l'ouest du continent, le coût lié aux «problèmes de circulation représentent près de 400 millions d'euros de perte par an», d'après Romain Kouakou, directeur général des Transports terrestres et de la circulation de Côte d'Ivoire.

Cette situation s'explique largement par l'augmentation de la classe moyenne ivoirienne qui s'est accompagnée du triplement du nombre de voitures, sur les vingt dernières années. Simultanément, le trafic routier n'a pas été suivi d'aménagements urbains adaptés.

Le réseau d'Abidjan est donc aujourd'hui saturé. A Accra, surnommée la ville du « go slow », les problèmes de circulation feraient perdre chaque année, 8,2 % de PIB au Ghana, selon une étude réalisée par le professeur Jonathan Annan de l'Université Kwame Nkrumah en 2017. Un constat qui se décline pratiquement dans chaque métropole africaine. Enfin, pour répondre au désengorgement urbain, les solutions émergent de toutes parts, soutenues par les autorités publiques et par les bailleurs internationaux. Talibi, Dakar Trafic au Sénégal, Maxokada à Lagos ou encore Ma3Route à Nairobi, on ne compte plus les applications mobiles qui proposent désormais des informations sur le trafic routier en temps réel.

Des solutions smart et durables pour désengorger les villes

La Côte d'Ivoire est devenue le 1er pays africain à opter pour des autobus alimentés au gaz naturel, garantissant un faible impact environnemental. Un accord tripartite a été conclu en juillet dernier, entre Amadou Kone, ministre des Transports de Côte d'Ivoire, Meité Bouaké, directeur général de la SOTRA et Sylvain Blaise, président des activités mondiales d'Iveco Bus, qui permettra à ce pays d'Afrique de l'Ouest, de se doter d'une flotte d'autobus de 750 unités. Par ailleurs, Abidjan s'est engagée dans une profonde transformation de son réseau de transports publics urbains en faveur d'un réseau BHNS (Bus à haut niveau de services) rendu possible grâce au partenaire français, Iveco Bus. Une option qui apparaît comme une solution pérenne sur un territoire riche en gaz naturel. Ces véhicules vont permettre de réduire les coûts de fonctionnement, mais aussi le bruit (-50 %) et l'impact environnemental (les émissions d'oxyde d'azote sont réduites 30%).

Plusieurs pays ont également choisi d'adopter des options multimodales pour stimuler l'usage des transports en commun, comme le Maroc ou le Sénégal. A Alger ou à Dakar, la RATP Smart Systems, a développé un système de billetterie pour un transport public interopérable et multimodal, qui permettra aux usagers d'utiliser un seul billet, quelle que soit la trajectoire de leur parcours.

L'urbanisation du continent fait l'objet d'un soutien appuyé des bailleurs internationaux, pourvu que la solution soit « durable ». L'initiative « Mobilise Your City », lancée en 2015 réunit par exemple, plus de 100 villes autour de la mobilité durable dans les pays en développement, répondant au 11e objectif de développement durable des Nations unies (ODD) afin de faire des villes « des lieux ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». En 2018, l'Agence française de développement (AFD) a d'ailleurs investi globalement quelque 1,9 milliard d'euros dans la transition urbaine et la mobilité.

La solution écologique d'Uber au Kenya

En Afrique anglophone, la géolocalisation s'est rapidement imposée et le phénomène n'a pas échappé au géant Uber. L'entreprise américaine a répondu à certains écueils des réseaux de transports publics parfois insuffisants comme à Johannesburg où elle s'est développée de façon exponentielle depuis 2015.

A Nairobi, le groupe a développé une initiative nouvelle, celle d'un « Uber écologique » appelé « Nopia Ride » et dont la particularité repose sur sa flotte composée à 100 % de véhicules électriques. Les chauffeurs dispensés d'essence voient leur salaire significativement impacté et gagneraient entre 30 % et 50 % de plus que les conducteurs d'Uber ou de Taxify. Cette solution se répercute également sur les tarifs des courses pour les passagers. A l'horizon 2021, le Kenya devrait disposer d'une flotte de 1 500 véhicules électriques et la solution pourrait être déclinée dans d'autres régions africaines.

Si le colosse du VTC américain qui compte 36 000 chauffeurs en Afrique subsaharienne s'est rapidement imposé à l'est et au sud du continent, elle n'a pas immédiatement rencontré le même succès en Afrique de l'Ouest (exception faite pour le Ghana et le Nigeria). Néanmoins, avec le rachat pour 3,1 milliards de dollars de son concurrent VTC Emirati, Careem au Maroc, Uber avance ses pions au Maghreb et envisage désormais de s'étendre dans les régions francophones alentour.

En parallèle, des initiatives locales se développent comme Wait-moi, l'application créée par Roméo Xavier Tapi, qui connecte les chauffeurs et les passagers Camerounais, selon la même formule ou encore Little au Kenya, qui compte plus de 1 million d'utilisateurs et 10 000 chauffeurs actifs. Toutefois, en Afrique, comme dans le reste du monde, la vague d'uberisation s'est accompagnée de vagues de protestations parfois violentes d'Accra à Lagos en passant par Johannesburg ou Casablanca. En 2016 à Nairobi, les conducteurs avaient fait les frais de l'ire des chauffeurs de taxi traditionnels, accusés de concurrence déloyale. La fièvre semble depuis retombée.

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