Education en Afrique : face à l’urgence, l’appui bienvenu du secteur privé

La Covid-19 est la dernière crise en date que doivent affronter des nations africaines qui s'en seraient bien passées. Entre la chute du cours des matières premières qui affecte les économies du continent depuis 2015, l'insécurité grandissante liée à la menace terroriste, ou encore les conséquences du réchauffement climatique sur les populations, les défis qui se posent aux Africains sont désormais immenses.

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(Crédits : DR.)

Ainsi, le président français Emmanuel Macron ne s'y trompe pas quand il réclame, en compagnie d'autres dirigeants européens et africains, un New deal pour des économies africaines qui auront besoin de 285 milliards de dollars pour surmonter la crise du Covid-19. Si le choc sanitaire est à ce jour mieux maîtrisé en Afrique qu'ailleurs, il pourrait cependant y être « plus durable, profond et déstabilisateur pour l'ensemble de la planète », affirment ainsi ces dirigeants, parmi lesquels, en plus d'Emmanuel Macron, le président ivoirien Alassane Ouattara ou le président tunisien Kaïs Saïed.

En effet, le coronavirus devrait rogner sur les recettes déjà minces des Etats et donc pénaliser certains investissements publics pourtant vitaux. L'éducation pourrait faire les frais des coupes drastiques qui vont s'imposer à nos Etats. La menace est tel que différentes voix s'élèvent pour appeler à préserver ces dépenses à leurs niveaux actuels. Ainsi, Carine Kaneza Nantulya de l'ONG Human Rights Watch n'hésite pas à demander de sanctuariser les investissements dans le secteur éducatif : « Des millions d'enfants ont été exclus ou ont pris du retard dans leur apprentissage pendant la pandémie, et l'impact économique a contraint beaucoup d'entre eux à entreprendre des travaux souvent dangereux et épuisants, les obligeant à abandonner l'école » justifie-t-elle.

À l'analyse, l'école africaine se retrouve aujourd'hui prise dans un étau. D'un côté, elle doit apporter ses lumières à une population de jeunes plus nombreuse que partout ailleurs dans le monde. Ils sont plus de 30 millions de jeunes à ne pas aller à l'école sur le continent. En outre, le système éducatif doit fournir une éducation plus poussée, puisque l'enjeu, aujourd'hui, n'est plus simplement d'apprendre à lire et à écrire. Le défi est désormais de permettre aux apprenants de passer au moins le cap des études secondaires. D'après l'Unesco, « Si tous les adultes achevaient le secondaire, le taux de pauvreté dans le monde diminuerait de moitié ». Pour l'Afrique, qui abrite à la fois le plus grand nombre de jeunes non-scolarisés au monde et la plus grande partie des pauvres de la planète, ceci sonne comme une injonction. Comment relever tous ces défis avec des moyens toujours plus réduits ? Comment accomplir ce qui paraît être une mission impossible ?

Dans le brouillard des doutes et des incertitudes dans lequel les nations africaines s'efforcent d'avancer, il est des initiatives qui aident à garder l'espoir. Face à l'ampleur de la tâche, le secteur privé se substitue parfois au public. Au Bénin, le projet Class-19 fournit des cours aux apprenants sur des supports numériques. Ces cours, filmés et diffusés sur DVD, ont permis aux élèves de garder le niveau et d'affronter les épreuves, alors même que les écoles avaient temporairement fermé leurs portes. En Côte d'Ivoire, on soulignera les actions de la SIMDCI fondée par Sidi Mohamed Kagnassi et spécialisée dans le BTP. Cette entreprise privée a construit 10 000 classes au primaire et 100 classes au secondaire. La société de Sidi Mohamed Kagnassi s'est en outre attelée à la modernisation de 5 universités du pays, notamment celle de Félix Houphouët-Boigny à Cocody. En tout, 110 milliards de francs CFA ont été investis.

Toujours dans le domaine universitaire, le fonds panafricain ECP a lancé fin 2019 un holding dédié à l'éducation. Avec le soutien d'agences européennes de développement comme Proparco, filiale de l'Agence française de développement tournée vers le secteur privé, il s'agit de créer une plateforme d'universités qui pourrait former près de 43 000 étudiants d'ici 2024, sur plusieurs pays.

Plus récemment, Investisseurs et Partenaires (I&P) a annoncé en février 2021 un partenariat avec la Mastercard Foundation : un fonds d'accès à l'éducation identifie et accompagne les entreprises du secteur de l'éducation et de la formation qui n'ont pas encore accès au financement d'un fonds d'investissement. Ce fonds d'accès à l'éducation devrait à terme atteindre 95 000 bénéficiaires, et permettre de réduire la fracture numérique qui est aussi un frein à l'éducation en Afrique.

De telles initiatives démontrent qu'il est possible de se confronter au défi de l'éducation des populations africaines, malgré le sous-financement des Etats et la pression démographique. Dans ce combat, aucun renfort ne sera de trop. Les Etats doivent désormais s'allier à la fois au secteur privé et aux fondations philanthropiques. Cette alliance devra se traduire par une conjugaison des efforts, dirigés par des stratégies claires et pertinentes et une diligence dans l'exécution de ces orientations. À cette condition, seulement, l'hydre de l'ignorance pourra être vaincue et permettre aux populations africaines de jouir d'une éducation de qualité et de tirer parti d'une jeunesse bien formée et à même de relever les défis de notre siècle.

(*)  Entrepreneur sénégalais, fondateur de Leicam Teaways, une entreprise qu'il développe aujourd'hui en Afrique et en Europe.

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