L’entrepreneuriat féminin, nouveau moteur de la révolution digitale en Méditerranée

Emerging Mediterranean sélectionnera le 6 septembre ses 5 lauréats 2021. Ce programme a pour objectif de faire émerger une nouvelle génération de leaders technologiques à forts impacts sociétaux et environnementaux sur la Rive Sud de la Méditerranée, à y promouvoir la « Tech For Good » au service des populations, mais aussi à permettre de placer l'entrepreneuriat féminin au cœur de la révolution entrepreneuriale et digitale en Méditerranée.

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(Crédits : LTA)

Car fait extrêmement positif, les femmes sont de plus en plus nombreuses, au Maghreb, à se lancer dans l'entrepreneuriat. Les deux premiers cycles du programme Emerging Mediterranean le confirment. Avec des chiffres concrets qui illustre un basculement profond : sur plus de 300 candidatures reçues en un mois pour intégrer le programme d'accélération Emerging Mediterranean, près d'un tiers ont émané de femmes mauritaniennes, libyennes, marocaines, tunisiennes et libyennes. Soit une progression de +34% par rapport à l'édition 2020. Mieux : en 2021, sur les 10 startups méditerranéennes finalistes, 8 ont à leur tête des entrepreneuses de talent !

Le visage de la femme entrepreneure méditerranéenne

Nombreuses sont les femmes de la Rive Sud de la Méditerranée qui ont la volonté de s'engager dans l'entrepreneuriat, que ce soit de manière informelle pour surmonter le challenge du chômage chronique et faire vivre leur famille, mais aussi, et de plus en plus, par choix en créant une structure formalisée.

Quel que soit le pays du Maghreb concerné, se retrouvent des caractéristiques fortes, dessinant les contours d'un visage de la femme méditerranéenne : créativité, sensibilité, capacité d'adaptation, flexibilité, mais aussi malheureusement un manque d'assurance qui peut faire qu'elles n'iront pas eu bout de leur démarche.

Car dans cette région du monde, les obstacles sont légion. Un réel travail de sensibilisation est à faire pour démocratiser l'entrepreneuriat des femmes. Comment donc transformer le regard sur l'entrepreneuriat féminin pour que les femmes deviennent le nouveau moteur de la révolution digitale en Méditerranée ? Comment faire en sorte que les femmes s'imposent de manière plus croissante ?

Des initiatives locales pour inspirer et encourager les femmes entrepreneures méditerranéennes

Les femmes méditerranéennes sont de véritables talents. Dès 2020, parmi les 5 précédents lauréats du programme Emerging Mediterranean, figurait trois startups portées par des femmes : DAADOO VDP, startup mauritanienne qui transforme les déchets plastiques en matériaux de construction, MyTindy, startup marocaine qui promeut l'entrepreneuriat marocain et africain en ligne ou encore Kyto-Prod, startup tunisienne qui développe une molécule naturelle innovante pour produire des superaliments qui a déjà effectué deux levées de fonds et signé un partenariat avec une entreprise congolaise. Mais les exemples ailleurs sont tout aussi nombreux et remarquables. Et l'émergence de ces grands talents est notamment favorisée par des initiatives nationales.

En Mauritanie, la Jeune Chambre de Commerce accompagne beaucoup de femmes entrepreneures et effectue un réel travail de sensibilisation auprès des jeunes mauritaniennes pour leur donner l'envie de s'engager. Ces dernières années, on observe des tendances positives au travers des compétitions localement organisées. C'est notamment le cas avec le Marathon de l'Entrepreneur. Cette compétition phare en Mauritanie, organisée en partenariat avec la Banque Mondiale, a développé une stratégie beaucoup plus sensible au genre pour attirer de plus en plus de candidatures féminines et les maintenir dans la course jusqu'au terme de ses compétitions. En 2019, 60% de femmes qui ont candidaté sont ainsi arrivées au stade final de la compétition. Pour obtenir ce chiffre, il a fallu ajuster le programme et être beaucoup plus attentif, car pour les précédentes éditions, malgré un intérêt fort de la part des femmes entrepreneures, celles-ci finissaient par abandonner. Les organisateurs ont donc effectué un travail d'enquête terrain pour comprendre pourquoi et y remédier. Ce travail se confirme également auprès des autres acteurs de l'écosystème mauritaniens tels que les bailleurs de fonds. Il ne pourra devenir pérenne qu'avec la mutualisation des efforts de tous.

Au Maroc également, une vague de fond se forme. Beaucoup de femmes sont à la tête de fonds d'investissement, d'associations d'accompagnement. Il y a une réelle solidarité entre elles pour accompagner de plus en plus de femmes à entreprendre. Car celles-ci sont encore trop peu à se lancer : en moyenne, 10 % des entreprises fondées chaque année le sont par des femmes. Dans ce pays, le Technopark joue un rôle structurant pour accompagner les entrepreneurs et entrepreneures. En près de 20 ans, ce grand acteur de la Tech marocaine observe que la tendance de l'entrepreneuriat féminin s'améliore. Parmi les startups fondées grâce au Technopark, 15% le sont par des femmes. L'établissement a décidé de mener une campagne auprès des universités et écoles d'ingénieurs pour sensibiliser les jeunes filles qui sont le plus souvent majors de leur promo, participent à des BootCamp, mais pour qui le taux de conversion vers l'entrepreneuriat reste faible. En parallèle, il organise des actions dédiées aux femmes : coaching, mentorat, financement. De manière plus globale, au Maroc, pour ces femmes entrepreneures, l'accompagnement reste un maillon essentiel, mais il y a une réelle nécessité de les challenger et les booster, de rompre l'isolement, de leur donner toutes les chances pour qu'elles soient actives et forces de proposition et de création de valeur pour leur pays. Le Networking est également très important et des associations se créent, par des femmes pour des femmes, en ce sens : Association des Femmes Chefs d'Entreprises du Maroc, WIMEN (promotion des femmes aux postes de direction), Impact LAB (accompagnement des femmes dans des zones enclavées), etc.

La Tunisie, quant à elle, présente une situation très positive, même meilleure que pour certains pays européens. 25% des startups labellisées Startup Act sont des startups portées par des femmes et 3 startups sur 7 y sont co-fondées par des femmes. Le pays travaille activement depuis plusieurs mois pour développer une proposition de valeur spécifique aux femmes. Pour cela, régulièrement la situation est analysée afin de vérifier qu'elle se développe dans le sens voulu par le Startup Act. Celui-ci inclut d'ailleurs le partage d'histoire de femmes entrepreneures, de rôle-models pour inspirer et encourager les autres. Un travail est également fait pour que les femmes entrepreneures soient visibles auprès des investisseurs afin qu'elles ne passent pas à côté d'opportunités.

En Algérie, des incubateurs et espaces de coworking commencent à se former. Dans ce pays, être une femme entrepreneure peut être un point fort en fonction des secteurs auxquels elles s'adressent. Les activités liées au Care (éducation, santé, social) sont ainsi mieux acceptées. Il reste encore un travail à faire pour construire l'écosystème et sensibiliser à l'entrepreneuriat féminin.

Enfin, la Libye a mis en place un programme en 2018 pour accompagner les femmes entrepreneures et leur permettre d'accéder à des solutions de financement. Dans ce pays, les femmes ont beaucoup de grandes idées innovantes pour résoudre les problèmes subis. Mais pour leur permettre de grandir et être pérenne, le défi est de réussir à répondre à leurs besoins essentiels dans un environnement politique instable.

Six mesures pour favoriser l'inclusion des femmes dans l'entrepreneuriat digital méditerranéen.

De nombreuses initiatives sont déjà en marche pour accompagner les talents féminins maghrébins à se révéler. La Fondation des Femmes de l'Euro-Méditerranée en est une excellente illustration. Autre exemple, le Forum Génération Égalité qui a rassemblé plus de 100 associations nationales et internationales féministes, a appelé, en juillet dernier, à la mobilisation de tous pour les droits universels des femmes.

Toutes ces actions sont indispensables. En effet, l'inclusion des femmes dans l'entrepreneuriat digital méditerranéen ne pourra se faire que dans une démarche globale de changement de société.

Car mettre les femmes au cœur de la révolution Tech au Maghreb ne se fera aussi que par le déploiement d'un panel d'actions aux problématiques identifiées :

▪        Changer le regard des hommes sur l'entrepreneuriat féminin

L'Education est un levier pour démultiplier le nombre de femmes entrepreneures. Beaucoup de choses sont d'ores et déjà mises en place pour permettre aux jeunes filles et jeunes femmes d'avoir plus confiance en elles, mais, à l'inverse, peu est fait pour amener à ce que les jeunes garçons et jeunes hommes les considèrent comme leurs égaux. Cela se remarque à une échelle plus grande puisque les sociétés du Maghreb ne sont pas toutes enclines à voir apparaître un boom de femmes qui agissent. Les gouvernements, acteurs internationaux et les écosystèmes ont un véritable rôle à jouer pour évoluer leur société et faire tomber certaines traditions (mariages jeunes, etc.) qui nuisent à l'épanouissement de la femme en tant qu'individu égal à l'homme.

▪        Le networking

Comme déjà évoqué, le networking est indispensable pour les femmes. Là encore, il y a un état d'esprit à changer, car cela n'est pas naturel pour les femmes. Elles ne doivent pas hésiter à adhérer à des réseaux et associations.

▪        Storytelling, inspiration et rôle-models

Il faut également davantage mettre en lumière les portraits de ces femmes entrepreneures aussi bien auprès des écoles que des universités. En outre, Les grands programmes tels que l'américain Tech Women pour le leadership des femmes dans la Tech, devraient être dupliquées à l'échelle de la Méditerranée où nous retrouvons beaucoup de rôle-models, de femmes résilientes, créatives, mais qui ne sont pas suffisamment mises en valeur auprès de leurs pairs.

▪        Changer le regard paternaliste des investisseurs et combattre le stéréotype du Care

Aujourd'hui, majoritairement, les investisseurs sont des hommes et à ce jour, seuls 2% des fonds sont captés par des femmes. Plus ces derniers auront une vision d'égalité, plus les startups portées par des femmes retiendront leur intérêt. Bon nombre d'entre eux catégorisent d'ailleurs la femme entrepreneuse dans l'industrie du Care (social, éducation, santé, famille, etc.) et donc peu génératrice de profits. Or, cette vision est très conservatrice. De plus en plus de femmes créent des startups très innovantes et créatrices de valeurs.

▪        Créer une nouvelle génération de startups co-managées par des femmes

Car il devient urgent d'encourager, pour chaque startup, une mixité dans la direction de celle-ci :cela permettrait de créer une nouvelle génération d'entreprises avec suffisamment de femmes à leur tête.

▪        Plus d'efforts de la part des états

Pour favoriser l'entrepreneuriat féminin, les Etats devraient mettre en place des mesures fiscales ou de protection sociale permettant aux femmes de lancer et faire grandir leur entreprise dans un cadre stable.

(*) Entrepreneure sociale et experte en entrepreneuriat féminin pour la biodiversité.

(**) Samir Abdelkrim, fondateur d'Emerging Mediterranean et de StartupBRICS.

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