Non, en Afrique (s) il n’y a pas ceux « d’avant » et ceux « d’après »  !

Profitant de ce nouvel espace issu de la crise, nous voyons les mondes communicants tenter de créer la rupture entre ce qu'ils appellent ou sous-entendent d'un monde « d'avant » et les tenants de ce qui serait le « nouveau visage » de la relation Afrique France.

3 mn

(Crédits : PF)

Profitant de ce nouvel espace issu de la crise, nous voyons les mondes communicants tenter de créer la rupture entre ce qu'ils appellent ou sous-entendent d'un monde « d'avant » et les tenants de ce qui serait le « nouveau visage » de la relation Afrique France. N'oublions pas il y a quatre ans, cette inversion qui se voulait généreuse pour parler d'Afrique / France -et plus jamais de France / Afrique. Honnie, vilipendée voire détestée, portant un immense héritage d'où seule une sourde douleur flotte aux mémoires tronquées, cette racine commune nous lie profondément dans des héritages culturels et de passions partagées.

Plutôt que de privilégier le lien continu, l'intelligence de l'évolution et permettre à chacun de trouver sa place dans une histoire parfois douloureuse, les esprits s'échauffent pour stigmatiser, instruire des procès éphémères et condamner au ban des médias ceux qui encore osent porter sans déshonneur la richesse des liens solides de nos deux continents. Cette marche au lendemain en rupture est un concept baigné de revanches et teinté même parfois de haine - au bain de l'ignorance.

Les Afrique(s) ont grandi et se sont affranchies, c'est heureux, car ce continent représente une part de devenir de l'humanité qui sans nul doute va prendre toute sa lumière dans le siècle à venir. J'entends les cyniques, les bougonneurs et les « afro pessimistes » (quelle expression imbécile !) inventorier toutes les faiblesses et les vicissitudes en mosaïque détaillée, sans vouloir ouvrir les yeux sur les leviers factuels que sont une jeunesse sans pareil, une capacité d'innovation et de création et un formidable appétit de « vivre mieux », mais aussi une autonomisation croissante et l'accélération de la place de la société civile dans les mécanismes de gouvernance.

L'Occident cède aux modes -rien de nouveau-, mais il n'y a bien que nous à ainsi vouloir diviser et opposer les « anciens » et les « nouveaux », forcément plus adaptés et à même de comprendre le présent et préparer l'avenir. Ce n'est même pas une affaire de génération, mais plutôt de sélection de qui dit vrai et qui dit faible.

Je ne crois pas à ces fables, ces déformations issues d'une salade sémantique qui voudrait renvoyer les uns contre les autres plutôt que les uns qui transmettent aux autres. La crise nous renvoie ces images de ceux qui gardent leurs anciens quand d'autres les regroupent et les isolent. Ne cédons pas à des aventuriers narcisses qui voudraient, pour tuer « l'avant » se faire ambassadeurs d'un demain obscur et à leur seul avantage. Cessons de vouloir fabriquer une rupture du temps, d'avant, d'avec, d'après. Le temps est continu et seule notre formidable capacité d'adaptation nous permet de glisser en long sur la musique ininterrompue du temps qui passe, du jazz à la symphonie, du blues au flamenco, du rap au makossa. En voulant opposer et sectionner ceux qui « savent » de ceux qui « sont » ou « ont été », on laisse entrer une forme de barbarie et de désunion dont les seuls effets seront l'appauvrissement du futur de nos enfants et l'exclusion douce, mais certaine. La relation de nos deux continents est nourrie de multiples acteurs, organismes professionnels, confessionnels, associations en tous genres et institutions centenaires, organismes caritatifs et sociétés privées, think tanks et bailleurs de fonds multiples, investisseurs, entrepreneurs et start-upers... La liste est riche et si longue.

Alors cessons d'opposer, prenons un souffle pour accepter l'immense richesse et cherchons plutôt à trouver les moyens d'actions communes, de projets concertés qui dessinent notre avenir. Ensemble.

(*) Président du think tank (Re)sources, ancien président Afrique du Medef International.

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